‹ Les Délateurs, ou, Trois années du 19e siècleChapitre 42 sur 47 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Ne te souvient-il plus de certain déporté....?

— Les périls sont fréquents au chemin de la gloire : Sans affronter la mort , court-on à la victoire ?

A qui donc cet écrit peut-il être importun ? Sur des milliers de sots je n'en désigne aucun.

— Entends ce vieux marquis soutien du vieux système : , « Qui fronde ses agents fronde le roi lui-même. »

— Un bon roi peut avoir un ministre odieux ; Souvent un prêtre infâme égorge au nom des dieux.

— Tu veux briser les lys ! — Je veux sauver leur tige De l'orage où l'expose un esprit de vertige.

— Tu voudrais sous tes coups voir les rois succomber.

— Est-ce en les éclairant qu'on les fera tomber ?

— Tu veux... — Et bien je veux, puisqu'ilfaut t'en instruire,

Ranimer les clartés que tu prétends détruire ;

Que , formé d'un rayon de la divinité ,

Tout homme, quel qu'il soit, sente sa dignité;

Que la charte soit reine , et qu'un roi la maintienne ;

Que ma part dans nos droits soit égale à la tienne.

Je veux que l'on repousse avec la même horreur ^

Les attentats de Nîme, et ceux de la terreur.

Je veux aux vérités qu'enseigne la nature

Immoler toute absurde ou dévote imposture

Qui tend à démontrer qu'un marquis ou qu'un roi

Sortit de son limon autrement fait que moi. Quand la marche des temps est par lui dévoilée , Je veux qu'on n'ose plus enfermer Galilée ; Qu'un Français n'ose plus, parricide orateur, Mandataire du peuple, être son délateur; Qu'on n'ose plus, poussant des clameurs mensongères. Provoquer le retour des hordes étrangères : Qu'un homme naisse et meure avec sa liberté ; Qu'il soit sujet des rois , non leur propriété. Pour ramper sous un homme un homme doit-il naître ; Je veux un roi pour chef; je veux Dieu seul pour maître; Et qu'au moins la raison trace de sages lois , Puisque du hasard seul on attend les bons rois. — N'importe; contre toi tous les sots vont s'inscrire. • — Eh bien ! dans leur fureur , que pourront-ils écrire ? . — Ils diront que tes vers sont froids et doucereux. — Je les ferai sanglants en m'exerçant contre eux ! Il est vrai qu'en un temps à nos armes prospère J'ai chanté des lauriers.... bénis par le saint-père ! Quel preux portait alors la bannière des lys ? Quand les Césars tombaient sous l'aigle d'Austerlitz , Quel Français n'eût suivi le char qui , dans sa course , Entraîna tous les rois du midi jusqu'à l'ourse ? Les cris de la victoire ont, du sacré vallon ,

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