PREMIÈRE PARTIE
Donc on ne peut aimer l'héritier de Henri. Vous êtes convaincu , sur cette simple marque , D'en vouloir, tout au moins, au sceptre du monarque. A quels affronts alors n'étes-vous pas soumis, Si , terrible aux méchants autant qu'aux ennemis , Un chef, guerrier loyal, n'oppose une barrière Aux braves dont la dent vous déchire en arrière. Encor, s'il n'admet point leur rapport contre moi, Crieront-ils sur-le-champ qu'il est traître à son roi : Car toujours pour le roi leur tendresse est extrême : Jusqu'au prochain péril ils l'aimeront de même. Qu'il brille enfin le jour, où fier de la chérir, Il faudra pour la France et combattre et mourir! Qu'un belliqueux rappel se fasse alors entendre; Qu'à laver ses affronts le trône ose prétendre; Et nous verrons, au feu, quels sont les plus pressés, Des dénonciateurs ou bien des dénoncés !
Ainsi dans tous les rangs , l'infâme calomnie Poursuit la probité, les vertus, le génie; L'honneur et le savoir deviennent superflus ; Des talents d'un commis on ne s'informe plus : C'est par l'opinion qu'on juge du mérite ; Pour elle on vous proscrit, même on vous déshérite.
10 LÇIS DÉLATEURS.
Aimer trop son pays, c'est n'être bon à rien!
Un sot est propre à tout, pourvu qai\ pense bien. Bien penser fut jadis , adorer sa patrie , Lui consacrer ses soins , ses vœux , son industrie , Sa fortune, son sang: aujourd'hui, bien penser, Près de certaines gens, ce n'est que dénoncer.
Paris vit trop régner cette rage cruelle. Mais quoi! n'est-ce qu'au sein de la ville immortelle Que la délation, source de tant d'horreurs, Brisa tous les liens , divisa tous les cœurs ? Nos vices ont gagné les plus lointains rivages ; Des cités aux hameaux s'étendent leurs ravages. A tel excès enfin nous les sûmes porter, ^
Que nos derniers neveux n'y pourront ajouter. Dans sa propre innocence on n'a plus de refuge; Le même homme souvent vous accuse et vous juge. Envoyé par le roi pour le faire bénir , Un préfet désunit ceux qu'il devrait unir; -
Subalterne despote, au fond de sa province,
11 proscrit les vertus qui font aimer le prince. Tandis qu'à ses bontés donnant un nçble cours, Le roi promet l'oubli dans ses touchants discours , Des méchants vont prêcher des fureurs éternelles .