‹ Les Délateurs, ou, Trois années du 19e siècleChapitre 8 sur 47 · PREMIÈRE PARTIE. i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. i

« Quel monstre, vers ces murs, accourt au bruit des armes ?

« Le moindre citoyen , saisi d'un juste effroi ,

« Avant que de parler regarde autour de soi !

« On renferme en son cœur le secret qui l'oppresse ;

« L'ami craint son ami , l'amant craint sa maîtresse !

« Des frères ont cessé de se croire parents;

< Un Français veut des rois , l'autre veut des tyrans ;

« Par excès de ferveur au divorce amenée,

« Telle épouse a rompu le plus saint hyménée :

« Tel brave est épargné par le dieu des combats ,

« Au milieu de la paix il trouve le trépas ;

« De ces mêmes jardins, où la publique ivresse

« Éclatait par des jeux et des chants d'alégresse ,

«■ On entend retentir les cris et les sanglots

« D'un fils qui cherche un père entraîné par les flots.

« Et ce n'est point assez qu'en leurs grottes profondes

« La discorde ait troublé le calme de mes ondes ;

« Du pain de nos guerriers le Sarmate est nourri;

« Vois l'airain menacer le palais de Henri ;

« Vois fléchir sous le joug la patrie éplorée ;

« Et par vingt rois amis la France dévorée,

« La France, dont le front superbe, audacieux,

« Ceint d'immortels lauriers , se perdait dans les cieux ! »

A cet affi'eux tableau, je frémissais de rage.

Déjà mon bras s'armait prêt à venger l'outrage,

« Suspends, me dit la nymphe, un dangereux courroux;

« Sur les vices du temps porte tes premiers coups.

« La fureur des partis , que poursuivent tes rimes ,

« A la délation n'a pas borné ses crimes :

« Quelle horrible clarté naquit de nos revers !

« Plus qu'il n'eut de héros ce siècle a des pervers.

« Du colosse abattu dont le sang fume encore,

« La chute a déchaîné les fléaux de Pandore.

« Le glaive encore en main , sous le joug étranger .

i< D'infâmes déserteurs ont couru se ranger :

« Tous de leur intérêt ont fait leur dieu suprême ;

« On a vendu l'état , on s'est vendu soi-même.

« Que d'ingrats , par l'espoir d'en ravir un lambeau ,

« Ont déchiré la France , et creusé son tombeau !

« Saisis, pour les frapper, pour éclairer leur trace,

« Le fouet de Juvénal et la lampe d*Horace :

« Démasque de nos maux le perfide artisan ;

« Fustige des vainqueurs le lâche courtisan :

« Ose, dans les transports du courroux qui t'embrase,

« Du mont cher aux neuf sœurs faire un nouveau Caucase,

« Où de sang et d'orgueil les méchants enivrés,

« Comme à l'aigle vengeur à tes vers soient livrés.

< Montre-leur, attachés au cœur des parricides ,

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