‹ Les Délateurs, ou, Trois années du 19e siècleChapitre 9 sur 47 · PREMIÈRE PARTIE. i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. i

« Les serpents que pour eux gardent les Euménides.

« Tel qu'élancé des cieux, le fils de Jupiter,

« Au flanc de la Gorgone enfonce un noble fer ;

« Frappe une autre Méduse, et dans ton vol sublime ,

« Cours, armé de sa tête, épouvanter le crime;

« Et bientôt tu verras, repousses de ce bord,

« Vers leurs antres glacés fuir les enfants du nord. »•

EUe dit : les reflets de l'onde qui s'épure

Ont retracé d'Iris l'éclatante ceinture ;

Les vagues ont cessé d'agiter les roseaux ;

La Nymphe disparaît sous le crystal des eaux ,

Et, plaignant du destin la rigueur inhumaine,

Repousse de l'abyrae, et vers le bord ramène

Un père infortuné , son fils baigné de pleurs

Le cherchait sur la rive; ô comble de douleurs! Il le voit , il accourt , un moment il espère , Maudit les délateurs , et meurt près de son père. Monstres ! que de Français vous n'osez regarder , Qui tous auraient un père à vous redemander.

Et qui pourra jamais compter tant de victimes ? Signaler tant d'erreurs, dévoiler tant de crimes ? Que de fronts à courber sous un juste niveau. D'insensés dont l'orgueil trouble encor le cerveau ,

i6 LES DÉLATEURS.

De charlatans d'honneur , d'insolents sycophantes , De sots impertinents , de sottes triomphantes ! Que de grands hommes nains , d'importants avortons , D'un sang dégénéré languissants rejetons ! Que de sujets de pleurs ! que de sujets de rire î Que de gloire à venger ! que de honte à décrire ! Mais une voix me dit, prompte à me rassurer : La patrie et l'honneur te sauront inspirer; Et, daignant de leurs vœux te rendre l'interprète, Comme ils font des héros, pourront faire un poète. Tu vaincras un péril hardiment affronté ; Vole dans la carrière, ardent, libre, indompté : Tel s'élance un lion; tel. le coursier numide Sur la pointe des dards fond d'un élan rapide, Et, franchissant le fer dont il est menacé. Foule, d'un pied vainqueur, l'Ibère terrassé. Tombe ainsi sous ton bras la discorde immolée ! Comme on se bat sans ordre, au fort de la mêlée. Ne suis enfin de loi que ton juste courroux : Abats tout ennemi , dès qu'il s'offre à tes coups : Ne crains pas qu'en tes chants un accent pindarique Se mêle aux sons aigus du sifflet satirique : Certain de rencontrer des sots dans tous les rangs, Prends, selon tes portraits, des pinceaux différents;

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