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IT. — L'ADMINISTRATION ET LES DÉLÉGUÉS

Les délégations économiques et financières n'ayant, aux termes du décret du 7 mai 1924, qu'une compétence limitée, et un rôle exclusivement consultatif, le contenu de leur ordre du jour et l'effet de leur vote dépendent presque uniquement du bon vouloir des autorités locales. GE

En se tenant à la lettre du texte organique, l’assemblée locale pouvait avoir un rôle très effacé. Le chef de la colonie n’est obligé de la consulter que dans un certain nombre de cas sans avoir à tenir compte des avis exprimés ou des vœux émis, ceci pour éviter les discussions stériles. Trop souvent, hélas, les assemblées coloniales ont été un prétexte à de sourdes luttes entre le gouvernement local et les représentants de la population, chacun essayant de ruiner le crédit de l’autre. 24 |

Fort heureusement, à Madagascar, dès le début, une collaboration étroite, loyale, s'est établie entre l'administration et les délégués.

Le Gouverneur Général Olivier, dans son discours d'inauguration de la première session des délégations, avait indiqué quels devaient être à son avis les rapports entre l'administration et les administrés (1).

« J’escompte le plus grand bien de cette part que la population entière de la Grande Ile va désormais prendre à la gestion des affaires publiques. Nous allons aujourd’hui nous mettre au travail en commun ; vous trouverez en moi, à tous ceux qui appartiennent à mon administration et qui connaissent ma volonté, une collaboration exempte de toute arrière-pensée, loyale, confiante, cordiale. Pour obtenir votre adhésion à nos projets, vous ne serez à aucun moment l’objet de manœuvres enveloppantes ou insidieuses. Dites-vous bien, pénétrez-vous de cette idée au seuil de vos travaux qui ne sont pas

(1) J.0.M. du % octobre 1924, p. 810 et suivantes.

deux blocs, deux adversaires qui vont se trouver face à face, les délégations d’une part, et d'autre part l'administration, le « Fanjakana » comme disent les Malgaches, ce pouvoir anonyme, mystérieux et redoutable aussi bien, dit-on, pour les bons que pour les méchants. Soyez au contraire convaincus que nous poursuivons très exactement le même but, la mise en valeur et le développement matériel et moral de la colonie, et que c'est en toute sincérité, en toute sympathie que pour atteindre ce but va se poursuivre avec vous l’action administrative ».

Ces dispositions ne devaient pas se modifier par la suite. Les différents Gouverneurs Généraux, titulaires ou intérimaires, qui ont été en relation avec les délégations, ont mis leur point d'honneur à tenir compte des opinions émises par l’assemblée, retirant même si la chose était possible leurs projets lorsque ceux-ci avaient été l’objet d’un avis défavorable, en tout cas les modifiant presque toujours dans le sens indiqué par les délégués. Grâce encore aux autorités locales, l'activité des délégations économiques et financières ne s’est pas limitée strictement aux questions prévues par le décret du 7 mai 1924. Les chefs de l’administration ont compris dans le programme de leurs sessions le plus grand nombre possible de matières, qu'elles touchent de près ou de loin aux finances ou à la vie économique de la colonie. C’est ainsi que l’assemblée a été consultée à plusieurs reprises sur la réorganisation administrative.

De même, au cours de l’examen des budgets, les délégués peuvent en fait exprimer leurs desiderata, même sur les questions qu’elles n’ont pas à discuter.

Voici d’ailleurs ce que disait le Gouverneur Général Cayla lors de sa première prise de contact avec les délégations en 1930 (2). ÿ

« S'il appartient au gouvernement local de prendre fermement ses responsabilités, il est de l'intérêt du pays que toute mesure importante soit précédée d’un examen aussi large que possible des problèmes qui l’ont suggéré.

« Aussi, ne vous étonnez pas d'être appelés à exprimer votre opinion sur des questions qui ne ressortissent pas obligatoirement à votre assemblée. En les soumettant à votre appréciation, j'ai la conviction de faire bon usage de la faculté qui m'est laissée de vous consulter en toute matière, et loin de voir dans cette consultation un

2) J.0.M. du 18 octobre 1930, p. 927.

amoindrissement de l'autorité gouvernementale, j'y trouve le moyen de donner plus de poids aux décisions qui seraient prises ».

En 1934 il spécifiait encore dans son discours de clôture à la section française des délégations (3)

‘« L'administration locale, loin de limiter sa collaboration avec “vous aux consultations prévues par les textes qui déterminent vos attributions, s’efforcera toujours de vous associer à l’étude de toutes les mesures importantes, dans les divers domaines de l’activité publique.

« Elle s’efforcera de maintenir entre nous un réel esprit d'équipe, seul capable de donner toute leur valeur aux textes organiques qui régissent nos rapports ». à

Cette bienveillance des plus hautes autorités administratives ne pouvait que faciliter la tâche aux délégations.

Aperçu sur l’œuvre des délégations

L'œuvre accomplie à Madagascar depuis douze ans par l’administration locale, en plein accord avec les délégations, est très importante. Sans vouloir minimiser, pour les besoins de la cause, les résultats obtenus par les successeurs du Général Galliéni, on doit constater que de 1905 à 1924 le développement de la colonie n’avait progressé qu’assez lentement. Madagascar était en retard sur des possessions contemporaines comme l’Indo-Chine ou la Tunisie, ou même d'acquisition récente comme le Maroc.

Après le départ de Galliéni il avait fallu sans doute ralentir la cadence de la mise en valeur pour permettre la consolidation des premiers résultats acquis. Il était prudent, du reste, d'attendre que les ressources de la colonie se développent avant d'engager de nouvelles dépenses. Malheureusement la guerre éclata au moment où on aurait pu, sans risque, reprendre résolument la marche en avant. D'autre part, certains facteurs tels que le manque de main-d'œuvre, l'éloignement, non seulement de la métropole, mais encore des grandes routes maritimes, génèrent le développement de la colonie.

Dans les années qui suivirent la fin des hostilités, Madagascar bénéficia de la vague de prospérité qui stimula l’économie mondiale. La colonie put écouler ses produits dans les meilleures conditions.

Prenant possession de ses fonctions au moment où les ressources

(3) J.0.M. du 22 octobre 1934, p. 972.

de la colonie s’accroissaient régulièrement d’année en année, le Gouverneur général Olivier établit un programme d'améliorations économiques, sociales et administratives (travaux publics, équipement, outillage économique, protection sanitaire, démographie, régionalisme, etc., etc...) qui fut adopté par les délégations, et qui était destiné à hâter la mise en valeur de la colonie, à élever le niveau de vie de l’indigène. Ces mesures devaient permettre à Madagascar de faire figure de colonie moderne et modèle. Les dépenses qu'elles nécessitaient étaient élevées, cependant le Chef de la Colonie crut pouvoir faire confiance à l’avenir. Le profit immédiat et lointain qu’en tirerait la colonie permettrait de reconstituer le capital investi à bref délai. La crise vint malheureusement dérouter ces prévisions un peu

trop optimistes. Rien ne fut changé dans le programme qui n'était

encore qu'ébauché. Sa réalisation en était plus difficile, mais 1l fournissait des moyens d’atténuer les effets de la dépression économique. À force d'énergie, M. Cayla, qui prit la succession de M. Olivier en 1930 dans des circonstances délicates, paraît avoir tiré la colonie de ce mauvais pas.

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