‹ Les Délégations Économiques & Financières de MadagascarChapitre 97 sur 112 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Au cours de leurs différentes sessions, les membres des délégations économiques et financières, qu’ils appartiennent à la section française ou à la section indigène, se sont toujours occupés très activement des questions relatives à l’enseignement. L'assemblée ne s’est pas contentée d'approuver les initiatives de l’administration. En ce qui concerne l’organisation de l’enseignement primaire supérieur européen et l’enseignement technique européen et indigène, par ses avis ou par ses vœux, c’est elle qui a orienté l’action de la direction de l’enseignement.

A côté de l’enseignement officiel, il faut noter la place très importante tenue par les écoles privées religieuses. Avant l'annexion, c’étaient uniquement les missions catholiques françaises et protestantes (anglaises et norvégiennes) qui avaient en mains la direction des écoles. Comme l’enseignement libre n’est pas sous la dépendance immédiate de l’administration, mais seulement contrôlée par elle, nous n’y ferons qu'’allusion.

L'action des délégations ne s’est pas limitée à l’enseignement primaire, secondaire ou professionnel, elles ont même préconisé la création d’un enseignement supérieur. En effet, à la session de 1935, les délégués français ont émis le vœu qu’une école de droit soit créée à Madagascar.

Toutefois l'effort des délégations s’est porté surtout sur l’organisation de l’enseignement primaire supérieur européen. La section française des délégations a estimé que les trois quarts des enfants européens de la grande Ile ont intérêt à suivre un enseignement qui, avant tout, puisse les armer pour l'avenir en leur permettant de gagner ieur vie. Elle a exprimé le désir que l’enseignement primaire supérieur soit réorganisé et orienté pratiquement vers le commerce, l’in-

dustrie et l’agriculture. En 1919 la conférence économique, et en 1920 le congrès avaient déjà émis des vœux en ce sens.

L'enseignement secondaire fonetionne depuis 1908. Il existe deux lycées à Tananarive, actuellement fréquentés par un millier d'élèves et dans lesquels les jeunes indigènes peuvent être admis.

I1 n'appartient évidemment pas aux délégations de demander des modifications du programme des études. Elle ont pu cependant suggérer certaines améliorations dans l’organisation matérielle.

En 1921 l'administration créa au lycée Galliéni un enseignement primaire supérieur mais purement théorique destiné en fait aux élèves qui ne pouvaient avec fruit suivre l’enseignement secondaire ; ce système ne donna aucun résultat. La section d'enseignement primaire supérieur fut supprimée en 1921.

En 19283, 1924, 1926, les délégations provisoires puis définitives demandèrent que l’enseignement primaire supérieur soit rétabli.

En 1927, le directeur de l’enseignement présenta aux délégations un projet comprenant des études secondaires techniques, préparatoires aux carrières industrielles, commerciales et agricoles. L'assemblée donna un avis favorable mais plusieurs membres de la sèction française firent remarquer qu’un enseignement purement pratique eût été préférable. Ces critiques apparurent par la suite très justifiées.

En effet, un arrêté du 8 mars 1928 créa au Lycée Galliéni une section secondaire technique, mais au bout de deux ans les cours cessè-

rent, sans doute parce que cet enseignement paraissait s'adresser éussi à ceux qui n'étaient pas capables de poursuivre leurs études secondaires.

En 1928, 1929, 1930, les délégations émirent un vœu tendant à ce que :

1°) Dans tous les centres suffisamment importants il soit construit des écoles primaires et élémentaires.

2°) Dans certains centres très importants, Tananarive, Majunga, Diégo-Suarez, Fianarantsoa, soient organisés des cours complémentaires, adaptés aux besoins de la colonie, et comportant notamment des cours d’agriculture théoriques et pratiques.

3°) Soit créée une école pratique de commerce, d'industrie, d'agriculture. :

À la session de 1935 le directeur de l’enseignement exposa un projet

de réforme de l’enseignement primaire supérieur conforme aux vœux des délégations.

La question de l’enseignement n'a pas moins d'importance pour les indigènes. Les répercussions de la politique suivie par le colonisateur en cette matière sont graves. Il faut à la fois instruire et éduquer l’indigène, le faire évoluer sans en faire un déraciné.

Aussi s’est-on décidé partout à donner à l’enseignement indigène une base pratique pour assurer la formation professionnelle en même temps que l'instruction proprement dite.

Madagascar, au point de vue de l’enseignement, a une situation enviable. Elle paraît répondre si exactement à son objet qu'un ancien gouverneur de l’Ile Maurice, Sir Hesket Bell n’a pas hésité à proposer notre possession comme modèle aux colonies britanniques.

En 1934, le nombre des enfants indigènes fréquentant les écoles officielles était d'environ 128.000, celui des écoles privées 65.000, ce qui fait un total de 193.000 pour un ensemble de 690.000 enfants d’âge scolaire. |

Une telle proportion (plus du quart) n’est atteinte par aucune colonie. Les Malgaches témoignent, il est vrai, d’un engouement remarquable pour les études. D’autre part l’organisation de l’enseignement a été facilitée du fait que les Européens ont toujours eu en main la direction de l’enseignement, même avant l’annexion.

- Avant de voir en détail l’œuvre de l’assemblée locale en matière d'enseignement nous citerons quelques chiffres :

Page 1