ÉTUDE CRITIQUE DE L'INSTITUTION DES DÉLÉGUÉS OUVRIERS
L'institution des délégués ouvriers à été très critiquée, aussi bien d’ailleurs par les organisations patronales, que par les organisations ouvrières.
Les unes et les autres ont peur de perdre une grande part de leur autorité.
Les patrons voient dans les délégués ouvriers, des agents syndicaux qui s’occupent beaucoup plus de la direction et de la gestion de l’entreprise que de la protection ouvrière ; ils les considèrent comme des agitateurs qui s'efforcent de répandre dans les ateliers l'esprit d’hostilité et de haïne envers le patronat.
Les syndicats ouvriers craignent que les délégués méconnaissent leur autorité et leur expérience et se transforment en instrument au service des employeurs ; ils redoutent que cette institution paralyse leur action et les rende inutiles aux yeux des ouvriers.
Nous allons étudier l’opinion des patrons et des ouvriers sur l'institution des délégués ouvriers.
SECTION I Opinion des patrons.
Les chefs des entreprises où des délégations ouvrières élues ont fonctionné ou fonctionnent encore, ont formulé les apprécia-
tions les plus contradictoires sur ces délégations et sur les résultats de leur fonctionnement t.
I. Parmi les patrons qui se sont déclarés opposés aux délégations se trouvent un certain nombre de chefs de petites ou de moyennes entreprises.
Ces employeurs font valoir que l'institution est inutile dans les établissements où le personnel est peu nombreux et où les travailleurs peuvent, par suite, s'adresser sans difficultés directement au patron. ;
Le degré d'opposition des patrons est d’ailleurs en sens inverse de lPimportance numérique du personnel occupé. Irréduetible dans les petits établissements (50 ouvriers et moins) l’opposition est assez forte dans les établissements moyens (de 50 à 100 ouvriers) ; elle s’atténue à mesure que les établissements sont plus importants (au-dessus de 100 ouvriers ou employés).
Des chefs d’établissements plus importants ont déclaré d'autre part, préférer aux délégations permanentes élues, soit les délégations temporaires désignées par les ouvriers pour soumettre à la direction une question déterminée, soit les délégations composées d'ouvriers désignés par leur syndicat, soit enfin les relations directes avec le syndicat ouvrier ou les rapports entre les organisations patronale et ouvrière. Certains industriels estiment que les délégations élues font double emploi avec les syndicats ouvriers.
Les industriels qui ont accepté de recevoir fréquemment les délégués membres de syndicat ouvrier, disent que ceux-ei sont beaucoup plus aptes à discuter les questions de tous ordres que les délégués élus par les ouvriers. Ils estiment que les résultats
1. V. Ministère du Travail. Règlement amiable des conflits collectifs du travail, p. 77. V. A. de Canisy. Revue des Deux Mondes, 15 oct. 1936, p. 891. V. aussi Pic, Revue politique et parlementaire, sept. 1936, p. 403.