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LA DÉMONOMANIE

Comment se présente donc la démonomanie? Les possédés, avons-nous dit, sont des malades convaineus d’avoir l’intérieur du corps oceupé par un ou plusieurs démons.

« Chez eux la moindre douleur est attribuée à un être malfaisant; les bruits les plus naturels qui peuvent se produire dans les organes, tels que borborygmes, craquements des articulations, etc., sont interprétés par eux comme des manifestations de la présence du diable dans leur corps. Mais on peut distinguer plusieurs degrés de la possession : le malade a parfois la conviction intime que toute sa personnalité physique et morale est sous la dépendance complète du démon. Alors tout ce que disent les possédés, tout ce qu'ils font, tout ce qu'ils pensent est l’œuvre de l’esprit malin qui s’est substitué à leur volonté et à leur intelligence. S'ils se laissent aller à proférer des injures grossières, s'ils commettent des actes désordon:nés, s'ils blasphèment, c’est, disent-ils, parce qu'ils ÿ sont forcés, entraînés malgré eux par le diable ou les diablesqui les habitent et se sont rendus maîtres de leur personne... les malades sont ordinairement privés de som-

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meil, ils ont peu où pas d’appétit : aussi leur corps est amaigri, la figure émaciée, le teint jauni, les yeux caves et cernés, l’haleine fétide, la peau sèche... La physionomie réflétant les préoccupations intérieures exprime l'inquiétude et l'anxiété, le front est plissé, le regard soupçconneux..... En outre, ces malades recherchent la solitude, ne prennent aucun soin de leur personne, sont incapablés de s'occuper. D'’ordinaire, ils se traînent dans un. coin, les yeux baissés, poussant de profonds soupirs et donnant parfois les marques extérieures du plus profond désespoir...» « On observe aussi très fréquemment des moments de paroxysme allant jusqu’à la fureur maniaque, les malades, soit que leurs tourments reviennent plus vifs, soit que les hallucinations de l’ouïe augmentent leur

terreur, soit pour tout autre cause, entrent en fureur,

profèrent des blasphèmes contre Dieu, les saints, les prêtres.

« Presque tous à quelque catégorie qu'ils appartiennent sont analgésiques : quand on les pince, quand on les pique avec une épingle ou avec une aiguille, quand on les électrise ou quand on les soumet à l'épreuve de la brûlure, ils n'éprouvent aucune douleur ouils ne perçoivent celleei que faiblement (Ritti). »

La possession démoniaque ne s’observe donc à peu près que chez certains hypochondriaques et chez des hystériques. « Comme les hypochondriaques en général, dit Macario, ils (les possédés) ont des douleurs dans la poitrine, dans la tête; jusqu'ici rien d’extraordinaire, mais

ils en dénaturent l’origine, ils les attribuent à une cause,

chimérique, aux démons, là est la folie ».

Mais c’est surtout dans l’hystérie ‘que l’idée de possession démoniaque se produit le plus fréquemment, au point qu’on a fait de cette association de l'affection convulsive avec la démonopathie une forme spéciale : l’hystérodémonopathie.

Les crises convulsives de la grande hystérie imprégnée de l’idée démoniaque sont ces accès paroxystiques spéciaux et nettement caractérisés ‘qu'ont décrits de façon si magistrale Charcot et P. Richet, pendant lesquels les malades vocifèrent, blasphèment dans un état de terrible agitation, persuadés que le démon parle par leur bouche. C’est surtout cette variété de démonomanie qui s’est autrefois présentée et qui se présente aujourd'hui encore sous la forme épidémique.

Les hypochondriaques eux-mêmes peuvent atteindre | des moments de paroxysme, soit que leurs tourments deviennent plus vifs, soit que les hallucinations augmentent leurs souffrances soit pour tout autre cause.

Pour Calmeil, la démonopathie est annoncée par la haine de Dieu, par l'impossibilité de prier ou d'entendre prier, par l’insomnie..., par des sensations viscérales qui sont attribuées à la présence du diable ou de plusieurs démons dans les entrailles, dans les cavités viscérales, par le besoin de crier de hurler... par l'excitation de l’appareil génital..…., etc.

Nous présentons maintenant les zoopathies internes dans les observations qui vont suivre.

Observation II. - ERrNesr Dupré et Léoporn Lévr.

Délire hypocondriaque de zoopathie interne, chez un débile tabétique, hystérique et gastropathe.

Louis M..., chiffonnier, entre le 27 juin 1903 dans le service du docteur Dupré à l'Hôtel-Dieu annexe, salle Saint-Pierre, FL 1 he

Il s’est présenté à la Polyclinique H. de Rothschild, demandant à être examiné aux rayons X. Il se sent en effet l'abdomen habité par un animal, dont il voudrait être débarrassé.

Cette bête, qu'il suppose être un tœnia, il a essayé de la chasser avec du kousso. Il se présente souvent à la garde-robe dans l'intention de l’expulser.

Il porte constamment sur lui de quoi endormir la bête, au cas où elle monterait du côté du cœur. C’est qu’en effet son mal a débuté en 1888 par des points douloureux dans la région précordiale ; puis il a descendu, a occupé successivement les deux hypocondres et vient parfois jusqu’à la région hypogastrique. Pour endormir l’animal, il se sert d’eau de mélisse, ou boit un verre de vin. Au contraire, il soutient que le lait gonfle l'animal, qui pèse alors davantage sur son estomac. Quand il se couche, souvent la bête passe en arrière au niveau des reins. Elle détermine de ce fait des troubles de la circulation qui se traduisent par la formation de boules au niveau des muscles du mollet et de la cuisse {crampes musculaires). Il attribue d’autres méfaits à l'animal. I] est gêné dans.sa marche : souvent il tombe soit en avant, soit en arrière. C’est la bête qui le pousse dans ce sens. Quelquefois il ressent de la gêne à uriner. Il ne peut pisser qu'étant accroupi. La bête s’est déplacée. Elle a changé également de position quand, après des efforts de miction, il urine presque involontairement. C’est encore à elle qu'est due l’incontinence nocturne d'urine qui survient de temps en temps. Elle est enfin responsable de l'agénésie dont est atteint le malade, En somme, elle se place de façon à empêcher tous ses actes. Parfois il la sent partir de la fosse

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iiaque gauche, gagner l’épigastre, suivre l'œsophage en l'étouffant, ou en l’étranglant (boule hystérique).

Tous les phénomènes morbides que présente le sujet sont plus ou moins anciens, et il les fait remonter à une période d’instruction de treize jours qu’il fit à Lisieux en 1888.

Jusque-là il avait eu peu de maladies : la rougeole étant enfant, le favus plus tard, et dans sa jeunesse, la blennorrhagie. Il nie la syphilis, dont il ne présente d’ailleurs aucune manifestation. Mais sa maîtresse, dit-il, a été soignée à l'hôpital de Lourcine pour la vérole,

Il n’a été à l’école que jusqu’à 10 ans; et bien qu'ultérieurement il ait suivi l’école du soir, il sait à peine lire et écrire, est incapable d'effectuer une soustraction. Il répond aux questions d’un air un peu niais, mais paraît avoir une bonne mémoire. L’interrogatoire permet de conclure à une débilité mentale manifeste, chez un sujet qui est d’ailleurs nettement microcéphale. ÿ

Son hérédité est chargée au point de vue névropsychopatique. Son pére, mort du choléra, avait eu une fortune de plus de deux cent mille francs qu'il dissipa dans de ruineuses entreprises d’aérostation. Il descendit peu à peu dans l'échelle sociale et finit par devenir chiffonnier, ce qui est l’état actuel de son fils. Sa mére, débile, ne sachant ni lire, ni écrire, reconnaissant à peine l'heure aux pendules, était sujette à de grande crises d’hystérie. Un de ses frères fut soigné pendant dix ans par Charcot, pour des accidents hystériques.

L'analyse clinique permet de rattacher les nombreux symptômes offerts par le malade à divers états morbides.

Le malade est tout d’abord, ainsi que nous l’avons dit, un débile. [est atteint de fabes à la période d’incoordination motrice : signe d'Argyll avec inégalité pupillaire, abolition des réflexes tendineux, rotulien et achilléen, ainsi que des réflexes crémastérien et anal; douleurs fulgurantes dans les membres supérieurs et inférieurs, troubles vésicaux, agénésie. Signe de Romberg, démarche tabétique, troubles trophiques dentaires.

Il présente de plus des signes manifestes de névropathie etd hys-

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