‹ Les Délires de Zoopathie interneChapitre 11 sur 35 · DEN · texte numérisé non relu

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térie. Il ressent parfois la boule hystérique qui part de la fosse iliaque gauche, remonte peu à peu sur la ligne médiane, le serre à l’estomac, l’étouffe, puis l’étrangle. Il existe dans la fosse iliaque une zone hystérogène à la pression.

Aucun stigmate permanent du côté de la peau ou des organes des sens. [rritabilité psychique, rire et pleurs faciles, instabilité émotive.

Les symptômes d’alcoolisme se retrouvent chez lui, mais peu marqués. Îl boit en moyenne un litre de vin par jour, et ne supporte ni absinthe, ni eau-de-vie. Il a eu l’an dernier quelques cauchemars qui ne se sont pas reproduits. Léger tremblement des mains. Crampes nocturnes fréquentes. La pression des muscles du mollet n’est pas douloureuse. ne

Bien que le malade ait été couvreur de 18 à 27 ans, il ne présente point d'intoxication saturnine. De la paralysie générale on ne constale aucun signe ni physique, ni psychique.

L'état des viscères abdominaux méritait toute l’attention. Le ventre est souple, facile à palper. La paroi est peu résistante. Quand le malade est debout, il y a tendance à la chute des organes du côté gauche. Pas d’éventration ni de hernie.

L’estomac est hyperesthésique. Dès que le malade a absorbé quelque aliment, en particulier du lait, il accuse des sensations de pesanteur ou de distension, qui s’accompagnent parfois de tremblement des membres et de la face, de tachypnée à 32 R. par minute. Le malade est pris alors d’aérophagie. Sous prétexte de rendre des gaz, il avale de l'air. Les rots sont bruyants et éclatent en séries d’une durée parfois de cinq minutesà un quart d'heure. Le malade dit que l’animal descend alors dans son ventre, et voit dans ces déplacements la cause de ces gaz. L’estomac est le siège d’un clapotage perçu par le malade lui-même, à trois travers de doigt au-dessous de l'ombilic. Ce clapotage correspond, pour Je malade, aux grouillements de la bête.

On sent à la palpation de cæœcum contractile, l’origine du côlon ascendant et parfois le côlon descendant en état de spasme. Mais le malade n’accuse pas de constipation habituelle, Il va à la garde-

robe une à deux fois par jour. Les matières n’offrent pas de sécheresse marquée. Des glaires ont été émis, en petite quantité, sans jamais contenir de fausses membranes. Le malade n’a jamais eu de vomissements.

Le foie ne dépasse pas le rebord des fausses côtes, et mesure,

comme matité absolue, 7 centimètres sur la ligne mamelonnaire.

Rate normale. Pas de lésions pulmonaires. Le cœur et l’aorte

sont sains. Rien dans les urines.

En résumé, le malade présente une association de syndromes, ‘qu’on peut grouper dans l’énumération suivante : débilité mentale dégénérative, hystérie, tabes avec ataxie; alcoolisme léger; gas-

trite chronique avec dilatation et intolérance de l'estomac, aérophagie, entéro-colite glaireuse. Délire. hypocondriaque, à forme de zoopathie interne.

Observation IIE {inédite). — Du service de M. le D' Durré, due à l'obligeance de M. LEMmaAIRE (interne du service).

Me G... âgée de 59 ans, mariée, n’a jamais eu d'enfants, ni de fausses-couches. Elle sait à peine lire et ne sait pas écrire. Elle est malade depuis l’âge de 17 ans. Elle prétend avoir toujours été forte, mais a toujours senti un malaise dans l'estomac. Ménopause à 54 ans. Cette malade vient à la consultation se croyant habitée par une couleuvre. Elle est d’ailleurs d’un pays où il y en a beaucoup. Cette idée de Zoopathie interne remonte à quelques années. La malade a été convaincue de l'existence de sacouleuvrequandellea eu 53 ans. Elle alla trouver M. le D'Poirier à Lariboisière pour se faire enlever sa bête, elle est donc arrivée à la phase chirurgicale de son délire. Pour donner à l'observation un caractère plus original, nous laisserons la parole à la malade en reproduisant presque intégralement son récit. L'observation qui va suivre est la compilation de trois entrevues. La malade raconte volontiers son histoire en accompagnant son récit de gestes multiples et d’une mimique assez expressive. Aussi bien son histoire n’est qu’un long

monologue qu'entrecoupent ça et là des questions posées à la malade afin de la ramener au fait et de préciser certains points de détail.

« C'est, dit la malade, en se présentant à M. Dupré, une couleuvre que j'ai dans le corps. Je l’avais sentie pour la première fois il y a six ans parce que la bête n'avait pas assez à manger. Mais il y a longtemps que je l'ai; je l'ai avalée quand j'avais 17 ans. C’était pendant la moisson, un jour à 10 heures du matin, il faisait très chaud et j'ai bu à même d’un étang. Je l’ai avalée parce qu’elle était toute petite et parce que j'ai bu les yeux fermés afin d'éviter des roseaux qui me venaient dans la figure et que j'ai écartés. Après avoir bu cette eau j'ai eu des malaises et des vomissements. C'est de là que vient mon mal, mais je ne l'ai pas su de suite. Vers l’âge de 20 ans, j'étais très forte, mais j'avais toujours des malaises, j'étais tourmentée dans moi et cela me faisait des tiraillements dans la nuque et dans le dos. Je mangeais bien, je digéreais bien et j'allais bien à la selle.

Je me sentais bien jusqu’à 30 ans à part ces petits malaises, mais j'étais agitée la puit, j'avais des cauchemars, je tombais dans des précipices, j'étais dans des déserts. Le matin je vomissais souvent quelque chose de très amer. Vers 50 ans j'étais toujours tourmentée dans moi (la malade montre son ventre et son estomac), j'avais des malaises et j'étais constipée. J'étais très ennuyée et je me disais : qu'est-ce que je peux bien avoir là-dedans ?

Il y a six ans, à la suite de fatigues et de surmenage, au moment de mon retour d’âge, la bête ne s’est pas sentie bien et s’est portée sur l'estomac. J'ai senti « un tourbillon » ; c'était elle qui des. cendait de ma colonne vertébrale et se mettait dans mon estomac « Elle a fait un raffut de tous les diables. » Quand elle s’est placée dans mon ventre, j'ai rendu quelques filets de sang, mais je ne savais pas encore ce que j'avais; c'est après cela que j'ai rendu des peaux et c'est ce qui m'a fait comprendre que j'avais avalé cette bête, et que je me suis rappelé que j'avais bu de l'eau. J'en ai parlé à des voisins et ils ont été comme moi ; d’abord ils n'ont pas cru. Quand je leur ai dit, ils ont ri, mais ils ont cru quand

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