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ceinte d’un crocodile, qui lui avait été introduit par le coit. Elle sent son crocodile se promener partout dans son corps. Il setient d'ordinaire dans le ventre, où il manifeste sa présence en-lui causant des douleurs, des torsions, des piqûres; mais parfois, il remonte dans le dos, les épaules et la racine des bras ou descend vers les fesses. Il n'existe pour la malade qu'un seul moyen de l’apaiser et de le faire rester tranquille : c’est de lui donner à manger. Chaque fois que la malade mange, le crocodile dévore les aliments et se calme; à peine a-t-il fini de manger, qu’il recommence à la torturer; aussi, pour obtenir du repos, mange-t-elle à chaque instant. L'existence de ce crocodile ne saurait être mise en doute: elle a reconnu dans les fèces les excréments rendus par le crocodile ! Les matières qui, d'après la malade, sont rendues par ellemême, sont constituées par des boules dures, arrondies, très petites (scybales) ; les déjections du crocodile sont constituées par des glaires abondantes, tantôt recouvrant les matières de la malade, tantôt isolées; parfois aussi il rend de grandes peaux, des morceaux de viande mal digérés. Il existe chez cette malade, petite et amaigrie, une entérocolite muco-membraneuse intense.
La malade présente tous les stigmates de l’hystérie : boule, z0nes hystérogènes sus et sous-mammaires et ovariennes, rétrécissement du champ visuel, hypoesthésie droite.
Nous essayons de faire comprendre à la malade la situation ; en
rain ; nous sémblons alors rentrer dans son délire et lui prescrivons un traitement contre l’entérocolite, en le déclarant dirigé contre le crocodile.
Un moisaprès, la malade nous revient très améliorée. Les glaires ont diminué, les fausses membranes presque disparu; les douleurs sont aussi très atténuées et les irradiations sont moins fréquentes ; la malade est convaincue que son crocodile est sérieusement blessé, mais il n’est encore pas mort:
Avec une nouvelle poussée aiguë de l’entérocolite, la malade se désespère, « le crocodile latravaille davantage; quand les aliments ne Jui plaisent pas, il se retourne comme un hérisson, elle sent ses
LÉVY, à
LT
piquants qui remontent dans la poitrine (œsophage), vers l’aisselle droite; parfois il court dans la jambe».
Un traitement et un régime sévère améliorent momentanément la situation, mais devant la persistance des symptômes de l’entérocolite, la malade désespère d'arriver à se débarrasser de son
crocodile.
Observation V. — En collaboration avec M. Ras, interne du service de M. le D' RicHeLor.
Me D..., cultivatrice, 57 ans, entre dans le service de M. le D' Richelot à l’hôpital Cochin, le 5 mai 1906. Elle se plaint d’avoir dans l'abdomen un animal, depuis quarante ans.
En effet, le 28 juin 1866, la malade alors âgée de 17 ans, était occupée à faner dans un pré : prise d’une soif extrême, elle ne trouva à boire que dans un filet d’eau qui coulait au fond d’un fossé habituellement plein d’eau courante, et à ce moment à peu près à sec. Elle but une gorgée dans le creux de sa main. C’est à ce moment qu’elle rapporte l'ingestion de l'animal parasite ou plutôt de l'œuf qui dutle produire. La malade n’a vu aucune bête, l’eau était très claire, mais on y trouve dit-elle des «espèces delézards » (salamandres) qui arrivent à atteindre environ 20 centimètres. Il ÿ aaussi des couleuvres. Dès le lendemain matin, « ça lui coupait l'estomac », douleur ou barre épigastrique se produisant après les repas, disparaissant après quelques heures pour reparaître dès le repas suivant. La malade consulta un médecin qui lui fit mettre un cataplasme sur le côté gauche. Le mal était la et gros comme le poing. Ce côté était très faible probablement rongé par la bête, qui s’est révélée depuis et quand la malade appuyait il sortait des gargouillements de son corps, la bête suivait les glou-glous pour descendre dans le côté gauche du ventre. Des frôlements étaient ressentis dans l'abdomen comme s’il s'agissait d’une couleuvre : mais la malade n’a jamais rendu de peaux dans ses matières, ni de glaires.
Me D..., qui fut soignée pour une gastralgie quelconque ne songeait pas, à cette époque, à l'existence d’un être vivant dans son tube digestif. Elle reproche rétrospectivement au médecin d'alors . de lui avoir donné de « bonnes choses », propres à faire éclore son parasite, plutôt que des poisons pour le tuer.
Ce n'est que dix ans après que la malade reconnut l'existence de l'animal avec les caractères déjà indiqués. Elle est arrivée naturellement à cette conception, en faisant remuer elle-même la bête avec les mains. Si les médecins ne se rendaient pas à ses arguments, les voisines l’ancraient dans sa croyance; d’ailleurs elles étaient les premières à croire à l'existence de la bête, puisqu'elles la prenaient elles-mêmes dans leurs doigts.
Pendant ces dix années, la malade est constamment souffrante, souvent confinée au lit; dans un état de faiblesse excessive, l’empêchant même de porter sa main à sa bouche. Jamais de perte de connaissance. À ce moment, en dehors de tout état de grossesse, la malade avait des troubles du goût qu’elle compare à des « envies de femme grosse », envies qu’elle n'eut pas lorsqu'elle fut enceinte, car pendant ce temps sa santé parut très améliorée, elle accoucha à 24 ans, à terme, d’une fille bien portante qu’elle allaita sans incident. La malade a pris tous les authelmintiques connus, extrait de fougèré mâle, kousso, écorce de racine de grenadier etc., mais seules les cigarettes de camphre faisaient passer la bête de la poitrine où elle remontait quand on lui donnait quelque chose de bon, comme du lait, jusque dans le ventre où elle gênait moins. La malade a essayé de prendre de l'alcool, parce que « l'alcool tue le vers » mais cela supprimait ses digestions. De plus lorsqu'on faisait mal à la bête elle remontait vers la gorge. Néanmoins il n’y avait pas sensation nette de boule.
Symptômes des derniers temps. — L'animal se réveille à deux heures du matin, et par ses mouvements réveille la malade : celle-ci perçoit la respiration de l'animal sous forme de battements qu’elle ressent jusqu'au bout des doigts. Ces battements sont un peu plus rapides que ceux de la pendule d’une horloge (la malade parle d’une horloge de campagne à grand balancier). L'animal n’a pas
pre
le ventre « mollet », il est de consistance ferme sur toute sa longueur, et on peut l'endormir avec des perles d’éther. La malade mange beaucoup, mais ne peut prendre ni sucre, ni café, ni fruits, ni laitage, car l'animal en est friand et se précipite dessus. Pas de troubles génitaux. Pas de maladie intercurrente.
Nervosité extrême, sensation de clou au vertex, céphalalgies fréquentes, pas de symptômes d’hystérie. Ces troubles s’accentuant et l'animal lui causant des étourdissements, la malade a consulté M. Richelot en lui demandant de l’opérer.
On pratique sous chloroforme une incision sur la peau de labdomen pour simuler la laparotomie : un « lézard des palmiers » préalablement acheté chez un naturaliste est présenté à la malade. Or, lorsqu'on lui montre la bête pour la première fois, ce qui l’étonna c’est de lui voir les pattes. En effet, la malade ne les sentait pas ; & ce sont des pattes en velours », dit-elle.
Après l'opération, la malade a perçu comme un battement, un souffle dans le ventre surtout au moment de son réveil. Et devant la persistance de ces sensations elle pense, comme on le lui a dit depuis longtemps déjà, qu'elle pourrait bien avoir en elle plusieurs catégories d'animaux. « Etdéjàelles’écrie qu'ila dà rester quelque chose : ça la ÿjène de plus en plus depuis l'opération. Maintenant la malade est très atteinte moralement et ne sait plus à quel saint se vouer, les idées noires qu’elle avait depuis quarante ans, vont la reprendre. Au moment où la malade nous causait, la bête se répandait en elle, lui soulevait la tête, lui creusait la racine des yeux et lui descendait sur le nez ».
Observation VI (inédite). — Obligeamment communiquée par M. Lemaire.
Déliré de zoopathie interne.
En 1902 se présenta à la consultation gynécologique du D' Gérard-Marchant, à l'hôpital Boucicaut, une femme de 45 à 50 ans, accompagnée de son mariet de sa fille.
Elle venait, disait-elle, parce que son corps était habité par un
serpent. Elle à vu plusieurs chirurgiens et plusieurs médecins qui n'ont ni voulu la croire ni voulu l’opérer.
La malade, son mari et sa fille sont convaincus de l'existence de cette bête dont personne ne peuts’expliquer la présence.
La malade montre son abdomen comme siège principal de la bête, mais l'animal non content de se cantonner dans le ventre enserre le tronc de la malade, lui comprime également les reins et les cuisses.
Le fait suivant contribue singulièrement à augmenter la croyance de la malade. En effet, au niveau de la face antérieure des cuisses et au niveau des biceps des deux bras se produisent par moment, spontanément ou sous l'influence des attouchements, des contractions fasciculaires des muscles, contractions rappelant ce que l’on voit dans certaines tumeurs fantômes au niveau des muscles droits de l'abdomen.
Naturellement on ne trouve rien à l'examen del’abdomen, mais on constate : 1° un rein droit flottant; 2° une adipose considérable du ventre qui pend flasque et mou; 3° un relâchement intense des muscles droits de l'abdomen qui, lorsqu'on met la malade dans la position genu-pectorale, forme un bloc de convexité regardant du côté de la table d'opération; 4° un peu de chute de l'utérus.
De plus, il y a des stigmates de neurasthénie et d'hypochondrie. On a peine à convaincre le mari et la fille de leur erreur. Ils paragent pleinement la croyance de la malade.
M. Gérard-Marchant se refuse à l'intervention et conseille l'internement dans une maison spéciale, Il donne un certificat médical dans ce but.
Observation VII. — Sepulchretum de Boxer. De la mélancolie et de l’hypocondrie (trad. du latin), t. I, obs. 35.
Tumeur squirrheuse’ trouvée dans le ventre d'un mélancolique, qui croyait y porter une grenouille vivante.
J'ai vu un paysan, qui déclara à plusieurs médecins réunis en
ro
consultation, qu'il avait dans le ventre une grenouille vivante. Au premier abord nons soupçonnâmes cet homme un mélancolique : néanmoins, il y avait dans ses affirmations, une telle précision de détails, que nous n’avions aucun motif bien sérieux d’en suspecter la réalité. |
Il était, disait-il, en proie à cette affection depuis un an. Il craignait d’avoir avalé, avec de l’eau, de la semence de grenouille; très souvent il entendait le croassement et le grincement de la grenouille qui existait dans son ventre. Naguère, après avoir bu du vin cuit, il avait évacué des excréments tout à fait semblables à de la semence de grenouille et parsemés d'yeux noirs. Quand il avait bu de l’eau, la grenouille se mettait à nager dansle ventre, et c'était alors qu’il en était le plus incommodé; mais elle se trouvait singulièrement affaiblie, sous l'influence des décoctions d’ail dont il usait fréquemment. Quand il vomissait la grenouille remontait jusqu'à la gorge, mais ne pouvait être rejetée au dehors, à cause de sa grosseur : pour le même motif, d’après les constantes affirmations de notre malade, il lui arrivait très souvent de saisin et de retenir avec ses mains, du dehors, cet animal, dans la région du ventre. Cependant, disait-il, cela ne l’empêchait pas de dormir, d’avoir de l’appétit, d'accomplir normalement les autres fonctions, sauf qu’il paraissait s’amaigrir un peu.
Telle était donc la déclaration de notre paysan, homme d’ailleurs avisé et n'ayant rien d'un tempérament mélancolique: elle rendit les médecins perplexes, à juste titre. On essaya quelques remédes, comme, par exemple, une espèce de « diaturbith » avec de la rhubarbe et du mercure doux, on administra aussi des antimounes. Des grenouilles furent placées à dessein dans les excréments du malade pour le tromper. On prescrivit, pour amener l’abstersion et l'évacuation, des médicaments acides, essayés par nous sur des vers, où des eaux artificielles de Rhétie. Mais tout cela ne produisit aucun résultat. Le
Au cours de la seconde année, à la date où j'écris (1673), je constate la mort de cet homme, complètement émacié. Son cadavre a été autopsié par un illustre savant, D. Raimond Maria de Pistor.
RES ES Fu
Une tumeur squirrheuse, grosse comme un œuf de poule, toute sillonnée de veines variqueuses, a été trouvée adhérente à côté.du pylore du ventre: elle menaçait de tourner peu à peu à l’ulcère cancéreux.
C'était là la grenouille que le paysan croyait tant de fois saisir avec ses mains, et que tant de fois lorsque son ventre était secoué de vomissements, il se figurait sentir remonter jusqu’à sa gorge.
Le cas méritait d'être signalé. Si je l’ai cité volontiers, ce n’est pas que je veuille ranger ce paysan parmi les véritables mélancoliques ; c'est pour montrer combien de fois des causes cachées et ignorées de nous, alimentent les maladies mystérieuses et tiennent en suspens, d’une manière étonnante, le jugement des médecins
prudents.
Observation VIII. — Obs. 40. (Sepulchretum de BôKKer), f} Chez une mélancolique, du côté des hypocondres, on a trouvé les glandes du mésentère et de Tl'épiploon, squirrheuses et indurées, ainsi qu'une tumeur squirrheuse chez le même individu... etc.
Une paysanne s’imaginait, jusqu'à sa mort, qu'elle portait dans son ventre, depuis quatre mois, trois grenouilles vivantes. Voici quelle fut l’origine de cette fausse imagination. Cette femme but un jour à une fontaine dont l’eau s'écoulait par un tuyau. Quand elle fut rassasiée de boire, elle éloigna sa bouche du tuyau et elle aperçut alors une patte de grenouille appliquée à l’intérieur de celui-ci. À la suite de quoi, elle prétendit avoir avalé trois grenouilles {c'est le nombre qui a été rapporté). Elle s’efforçait de persuader au vulgaire, par les bruits et les fluctuations de son ventre, que ces animaux y couraient ça et là et y .coassaient en quelque sorte, comme il arrive d'ordinaire quand leur corps était à jeun. En outre, les assistants et, qui plus est, le chirurgien, croyaient toucher, à la partie supérieure de l’abdomen, comme trois têtes de grenouilles. Enfin devenue hydropique, la
malade mourut pieusement, et quoique certainement très éloignée d'être mélancolique, on ne put jamais avant sa mort, la faire renoncer à sa fausse imagination.
L'abdomen ayant été ouvert et le péritoine incisé, une eau semblable à celle des hydropiques s’écoula avec abondance.
A la suite de cet écoulement, presque toutes les parties du bas ventre retombèrent affaissées, en laissant voir trois excroissances proéminentes : c'étaient celles-ci que la morte, de concert avec le
vulgaire, prenait pour des têtes de grenouille. Quant aux glandes
de l’épiploon, nous les trouvâmes squirrheuses et indurées. Enfin, se greffant sur ces glandes, on voyait une tumeur de l’épiploon, tout entière squirrheuse, très analogue à la tumeur dont A. T. fait mention dans ses Thérap.…, sauf que la nôtre pesait deux livres et trois onces seulement, et celle-là, au contraire, cinquante six livres. Je crois donc que cette dernière était une tumeur de l'épiploon tout entier, et que la nôtre est tout au moins une tumeur partielle de ce même organe : car nous y avons encore trouvé des parcelles d’épiploon. Quant aux glandes plus grosses du mésentère, on peut, semble-t-il affirmer, qu’elles étaient devenues squirrheuses et indurées avec quelques-unes de l’épiploon, parce que la partie inférieure de la tumeur,-qui paraissait se terminer au centre du mésentère, n'aurait pu sans déchirure se détacher des vertèbres des lombes.
Observation IX.— Becurerew, Centralblatt für Nervenheilkunde und Psychiatrie, novembre 1900 (traduite de l’allemand)
Délire de possession par les reptiles.
Un paysan âgé de 30 ans environ, de taille moyenne, maigre, nerveux, était venu me trouver pour me supplier de le délivrer d’un serpent qu’il portait dans son estomac. Les larmes aux yeux il me raconta que le serpent rongeait ses intestins depuis quelques mois; il était entré pendant son sommeil dans le foin, en plein
le
champ. Il avait senti très nettement le corps glacé du serpent se glisser dans sa gorge, mais il avait été incapable d'empêcher l’entrée de l'animal. Depuis, le serpent ne quitte plus son corps, ronge continuellement ses intestins et fait son désespoir. Notre paysan ressent à tout moment la présence et les mouvements du reptile et ses tortures sont souvent insupportables. Ce malade -était tellement convaincu de la présence d’un serpent dans l’intérieur de son corps qu'on avait beau lui donner toutes les raisons possibles pour le persuader de l'impossibilité d’un pareil fait, il ne voulait pas en démordre. Aucune autre idée maladive, aucune autre hallucination chez notre malade. L'examen somatique fut négatif. La recherche des antécédents familiaux ne donna aucun résultat, le malade ne pouvant d’ailleurs donner les renseignements nécessaires.
Observation X (idem)
Une femme qui avait couché dans les foins crut tout à coup avoir bu du lait froid. Mais bientôt elle constata qu'un serpent s'était glissé dans son estomac pendant son sommeil. Cette femme sentait quelque chose brüler dans ses intestins et la soif extraordinaire dont elle souffrait ne se laissait apaiser que par de l’eau prise en grande quantité.
De temps en temps les sensations s’amplifiaient, la malade près du désespoir suppliait son entourage de la délivrer du serpent.
Observation XI (idem)
Le troisième cas concerne un paysan. Celui-ci prétendait aussi qu'un serpent avait pénétré dans sa gorge pendant son sommeil. Il se réveilla tout épouvanté au moment de l'avaler, mais il ne put voir que la queue qui se glissa aussitôt dans son estomac. à
Depuis, le malade prétend que le serpent reste dans son estomac en lui faisant souffrir d’atroces douleurs. De plus il entend
son sifflement et d’autres personnes auraient été témoin de ce fait. Dans ce cas l’autosuggestion basée sur des rêves a produit de véritables hallucinations,.
Observation XII. — CHaArCELLAY, Ann. méd. psych. 1° S. T.2.
Monomanie hypochondriqaue. Douleurs attribuées à l'existence d'araignées dans l'estomac. Plusieurs opérations successives faites dans le but apparent d'extraire les araignées. Guérison.
Lucie M. âgée de 50 ans, habitant une ville où elle est née, à dix lieux de Tours, entre le 11 février 1840, dans la division des aliénés de l’hospice général. Taille moyenne, constitution assez robuste, tempérament nerveux lymphatique, cheveux châtains, yeux bruns, légèrement dirigés parfois l’un et l’autre en dedans et enhaut, visage ovale, physionomie vive, mobile et empreinte d’une certaine. finesse.
Cette malade ne connaît pas d’aliénés dans sa famille : cependant, je lis dans mon répertoire général des aliénés reçus depuis 1816, qu'une femme du même nom et presque du même pays, a été admise comme folle en 1817 à l'hospice de Tours. Elle y est morte en 1819. Louise M., est née de parents dont les’ facultés intellectuelles parurent n'avoir jamais été dérangées. Son père est mort à l’âge de 69 ans, d’une tumeur blanche tibio-tarsienne, compliquée de fistules, qui avait duré trente ans; sa mère, femme de journée, est morte hydropique, à l’âge de 68 ans. Les époux M., avaient eu neuf enfants : six ont succombé à des affections accidentelles. Sa sœur et son frère, survivants, jouissent d’une bonne santé. Ici se retrouve l'exemple d’un de ces nombreux préjugés, répandus dans le monde au sujet des taches sanguines de la peau, connues sous le nom de nœvus. Sa mère, dit-elle, avait toujours beaucoup d'envies, lorsqu'elle était enceinte. Aussi tous ses enfants, elle seule exceptée, furent-ils marqués de quelque signe particulier. L’un avait dans le dos un fromage, c’est-à-dire, uné tache
sanguine qui en rappelait la forme; l’autre avait un foie à la jambe ; celui-ci une giroflée derrière le cou ; celui-ci une andouille placée transversalement sur les yeux ; chez un autre on reconnaissait le sacrifice d'Abraham!!!
Lucie M. se portait très bien dans sa jeunesse ; toutefois, à l’âge de 14 ans, lorsqu'elle commença à se former, elle eut les pâles couleurs ; et, un an après, ce ne fut qu'avec assez de difficultés que les menstrues parurent aux périodes accoutumées. A cette époque, elle était domestique, et fut forcée de retourner chez elle, où sa santé s’est promptement rétablie, assure-t-elle, grâce à une pratique populaire qui ne peut trouver accès qu’auprès de la crédulité la plus simple, et qui consiste à faire prendre aux jeunes filles dysménorrhéïques un breuvage vineux dans lequel on mêle quelques gouttes de sang cataménial recueilli dans des conditions physiologiques tout à- fait régulières.
Mariée à 22 ans, Lucie M., a eu deux fausses-couches et huit enfants, dont cinq sont vivants, et jouissent d’une santé parfaite. Les trois autres sont morts en bas âge, de maladies aiguës (rougeole, pneumonie, coqueluche). Pendant sa deuxième grossesse, Lucie M., à eu de violents maux de tête, et des vertiges accompagnés de délire. Ces symptômes ont été calmés par une saignée ; mais ils n’ont entièrement disparu qu'à l’époque de l’accouchement. L'enfant qui est né alors est mort à six ans, d’une fluxion de poitrine. Notre malade est sur son retour d'âge depuis vingt mois. Dans les premiers jours de décembre 1839, elle est prise de malaise général, de picotements à l’estomac, des battements dans tout le corps, avec incidents nerveux qui engagent son médecin à la faire entrer à l'hôpital. En cherchant à se rendre compte de ce qu’elle éprouvait, en réfléchissant à la cause de son affection, tout à coup la malade se rappelle qu'étant à moïssonner vers le milieu du mois d’août précédent, elle a bu de l’eau à une fontaine dont la surface était parcourue par trois araignées. Alors elle s'explique facilement ses douleurs, et nul doute qu’elle n’ait avalé les trois araignées qu’elle a vues dans cette circonstance. Dès ce moment aussi son imagination se frappe, son esprit se trouble,
CAE
l'agitation la plus grande s'empare d'elle, et c'est dans cet état qu’elle nous est arrivée, le 11 février 1840.
Douée d'une grande sensibilité et d’une intelligence pénétrante, Lucie raconte d’une manière claire et précise, qu'elle éprouve des fourmillements, des démangeaisons partout, des picotements à la gorge, à l'estomac et dans le ventre; des battements dans la tête, la poitrine et les membres. Elle a des bourdonnements d'oreilles, des éblouissements, des rêves bizarres, de l’insomnie, ses raisonnements sont bien suivis et ses réponses aussi promptes que
justes. Mais lorsqu'elle s’abandonne aux aberrations de son délire, elle s’anime, s’exalte, et alors ce ne sont plus seulement des araignées, qui la dévorent intérieurement c’est le diable; ce sont des serpents, des bêtes de toute sorte qui la rongent et la déchirent. Les fonctions, du reste; se font régulièrement, si ce n’est que le cœur offre une légère hypertrophie, une ynpulsion et bruit de souffle au premier temps, qui est sourd et prolongé; la matité précordiale est à peine plus étendue qu’à l’état sain; les pulsations artérielles sont assez dures.
Plusieurs préparations calmantes et divers purgatifs sont inutilement administrés. En proie aux plus cruelles hallueinations, cette malheureuse monomane se tourmente sans cesse, et désespère de ne pouvoir jamais guérir. Néanmoins, tout en combattant l'affection du cœur avec la digitale, je parviens à lui faire comprendre que je puis tuer ses hôtes importuns, après quoi il sera facile de les expulser avec un purgatif,
À cette époque les aliénés étaient encore dans leur ancien local et aucun appareil de douches n'existait alors dans l'établissement. Le 2 mars, après avoir pris 0,20 centigrammes de gomme-gutte, la malade a plusieurs selles, dans lesquelles la sœur surveillante glisse adroïtement trois araignées que Lucie découvre elle-même au milieu de ses déjections alvines. Mais elle objecte que ce sont des mères, qu'elles ont laissé des petits, qu'elle les sent remuer et S’'agiter dans son ventre, quatre jours plus tard le même moyen employé de nouveau a le même résultat. La malade assure que ses araignées se multiplient sans cesse; tous les jours son imagi-