‹ Les Délires de Zoopathie interneChapitre 15 sur 35 · RES RE · texte numérisé non relu

RES RE

nation en voit accroître le nombre d’une manière effrayante ; elle en à maintenant, depuis les pieds jusqu’à la tête. Quiconque ose la contredire et entreprend charitablement de lui démontrer son erreur profonde, reçoit de sa part les plus rudes apostrophes et les plus violentes menaces; alors aussi elle s’abandonne à son désespoir.

La méthode précédente de traitement, répétée une troisième fois sans succès, me paraissant insuffisante, je propose à la malade une opération infaillible qui consisterait à lui ouvrir l'estomac pour en retirer tous ses insectes sans qu'il puisse en échapper un seul. Elle accepte cette proposition avec la plus grande joie et n’aspire plus qu'après le moment, où elle pourra être débarrassée à tout jamais de ces maudites araignées. Dès lors, souvent elle appelle à grands cris le terme de ses souffrances, toujours elle parle de sa guérison avec un confiant espoir. Au jour convenu, tout est disposé pour que l'opération soit faite avec une certaine solennité, de manière à frapper l'imagination de la malade. Le 9 août, en présence de MM. Margueron, administrateur de l'Hospice général, Baillarger, médecin de la Salpétrière, Petithon, professeur de chimie et de physique au collège royal, Caritte, élève interne du service, etc., je pratique une légère incision dans la région dorsale. Aussitôt la malade sent bien dit-elle, que l’on retire des araignées par la plaie; plusieurs de celles qui avaient été prises ad hoc sont lâchées sur son dos et courent dans son lit; elle est heureuse de voir un tel résultat. Quelques heures de soulagement suivent cette extraction simulée, mais il faut y revenir le lendemain, ainsi que les jours suivants. A cet effet, de petites incisions étaient pratiquées alternativement à l'épigastre et dans le dos. Une fièvre intermittente se déclare ; le sulfate de quinine est administré; on continue l’usage des antispasmodiques.

Lucie est toujours fort agitée; elle éprouve des douleurs insupportables dans tout le corps, demande instamment qu'on lui fende le ventre, qu'on lui ouvre largement l'estomac pour trouver le nid. Un jour, elle quitte son lit furtivement, s'échappe en chemise de l’infirmerie, me poursuit jusqu'à la porte de sortie, et me supplie

AA

de recommencer l'opération. Dans la même journée, pendant les

vêpres, elle parvient à tromper la surveillance la plus active, se

jette par une fenêtre qui n'était pas encore grillée : après une

chute de 2 mètres de haut sur le sable, elle n'eut heureusement

que de légères contusions. Une autre fois elle fut surprise, pen-

dant la nuit, à faire des tentatives de strangulations avec un mou-

choir, au pied de son lit. Il fallait pourtant en finir avec la mé-

thode curative employée, car l'opération jusque là était loin

d'avoir guéri la malade. Cependant les incisions pratiquées en

avant et en arrière étaient nombreuses, et, à son compte, ilny

avait pas moins de 200 araignées sorties par les plaies. Après une

longue séance, je lui annonce que définitivement, elle n’a plus

rien dans l'estomac; les jours suivants, les alternatives de calme

et d’agitation me font successivement craindre et espérer; toutefois, je suis forcé d’avoir recours à deux nouvelles incisions, au cathétérisme œsophagien, ainsi qu'aux purgatifs, pour lui démon-

trer qu’elle est enfin débarrassée des insectes qui la faisaient si

horriblement souffrir. Le 9 septembre, la malade attribuait encore

à leur présence plusieurs phénomènes physiologiques, tels que

mouvements d'élévation et d’abaissement du larynx, les battements

des carotides, de l'aorte abdominale, etc; mais elle ne tarde pas à

se laisser convaincre que tout cela se passe chez elle comme chez

les autres personnes. Vers cette époque, il survient de la fièvre

avec céphalalgie et bourdonnements d'oreille, mais le 18 septembretous les symptômes ont disparu, et à dater de ce jour Lucie M... jouit du calme de plus parfait. Gaie, expansive, reconnaissante,

elle nous prodigue mille remerciements pour les soins que nous lui avons donnés. Placée à la cuisine le 2 octobre, pendant sa

convalescence, elle s'emploie avec attention aux divers travaux qui

lui sont confiés.

Pensant à sa chère famille, elle n'avait plus que le désir de retourner au milieu des siens pour les aider de son travail, lorsqu'un étranger lui apprend maladroitement la mort de son mari. Toutefois, ce fâcheux événement ne dérange en rien ses facultés intellectuelles. Sensible et aimante, elle pleure et pleurera long-

AR Ve

temps, dit-elle, cette perte d’un être auquel elle était attachée pour la vie; mais elle cherchera à s'en consoler avec ses enfants qui la chérissent, et qu’elle élève avec le plus grand dévouement.

Rappelée chez elle par quelques affaires d'intérêt, Louise M... sort le 25 octobre en état de guérison confirmée. Elle dut à la générosité de Messieurs les membres du Conseil d'administration de pouvoir satisfaire sans inquiétude, pendant quelque temps aux dépenses nécessitées par ses premiers besoins.

Ses arrangements de famille terminés, Lucie M... vint se fixer à Tours avec deux de ses enfants, ouvriers maçons. L'hiver fut extrêmement rigoureux, les travaux furent longtemps suspendus ; malheureusement elle eut à souffrir du froid et de la faim. Or ces causes habituellement si délétères, jointes au chagrin de Lucie, déterminèrent une récidive. Les palpitations avaient reparu de nouveau, et offraient une grande intensité. Cette fois la malade ne fut pas traitée suivant sa croyance. Malgré les évacuations sanguines, les épices, les purgatifs et les bains, l'agitation et les idées de suicide se manifestèrent avec une extrême violence; dans ses accès de fureur, elle demandait un fusil, pour se faire sauter la tête. L’isolement, les affusions, les douches, les narcotiques et les réductifs sur le tube intestinal ont amené à la longue une convalescence depuis laquelle Louise M..., sans domicile, dénuée de ‘ressources, éloignée de ses enfants, a continué à travailler dans

l'établissement.

Observation XIII. — Rapportée par M. Kéravaz. L'Encéphale, n° 1, 1906, d’après W. Ossipow, Obozrénié psichiatrit X, 1905.

Délire de possession par les reptiles.

[1 s’agit d’une femme de 32 ans, sachant lire et écrire, adonnée à la lecture des livres saints, auxquels elle croit aveuglément sans ‘être en mesure de distinguer la valeur des textes, fanatiquement

acquise aux croyances populaires, aux légendes des diables, in-

Page 1