‹ Les Délires de Zoopathie interneChapitre 19 sur 35 · LEE · texte numérisé non relu

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lui dit des choses désagréables, à l'oreille gauche on lui dit des paroles de consolation et de défense. On lui dit notamment à l'oreille gauche, qu'elle doit faire de la politique et que Carnot lui-même la défendra contre les traîtres. On la tourmente aussi en lui faisant passer devant les yeux des têtes de mort ou des membres de morts; on lui fait passer sous le nez, des odeurs de soufre, et les aliments qu'elle mange ont goût de pourriture. On lui cerne la gorge et la bouche. Il y a des serpents qui remplissent sa tête, . qui voyagent dans son corps, qui irritent ses organes génitaux, qui lui Ôtent la pensée et l'empêchent de parler. Ce sont certains «€ Duf... » qui la torturent de la sorte, parce qu’étant en 1888, concierge rue d'Assas, elle a eu pour amant, l'employé de ces Duf... Ces derniers ont mis la justice au courant de sa mauvaise conduite et depuis 1890, des individus de la police l’espionnent, la regardent, pendant que les Duf... se livrent sur elle à toutes sortes de tortures. Nous croyons que toutes ces idées de persécution partent de cette première conception que les Duf... l'ont dénoncée à la police pour sa mauvaise conduite; les conceptions délirantes ne sont pas, il est vrai, réunies en vertu d’une logique bien serrée, elles arrivent un peu au hasard, mais n'oublions pas qu'elles sont sous la dépendance d'hallucinations multiples, variées, d'origine alcoolique et qu'en outre l'alcoolisme a déterminé chez elle un léger affaiblissement intellectuel en particulier pour la mémoire; aussi elle ne se rappelle pas son âge et répond en hésitant 47 ou 49 ans. Elle ne sait ni la date de sa naissance, ni le quantième du mois. La parole n'est pas modifiée, l'écriture est celle d’une femme illettrée, elle est en outre légèrement tremblante, ce qui tient à de petites oscillations de ses mains. La sensibilité cutanée est égale des deux côtés. Il n'existe pas de rétrécissement du champ visuel. Pas d’anesthésie des conjonctives, ni de l'épiglotte. Les pupilles moyennement dilatées sont égales, et les deux reflexes (lumineux et accomodateur sont conservés Les artères radiales et temporales sont dures et sinueuses.

Pas de souffle au cœur, qui ne présente pas d’arythmie. Aucun signe de dégénérescence physique. Dans les antécédents hérédi-

taires, on trouve une sœur qui a eu la chorée à 3 ans et à 16 ans. Nous avons vu que dans ses antécédents personnels, on ne relèvn aucun signe de dégénérescence.

Observation XXV. — A. Paré, Œuvres (Edition. Malgaigne) 1841, T. I. p. 100.

Exemples des maladies faites par imaginations fantastiques. \

Un autre disoit qu'il avoit des grenouilles dans le ventre, et estoit impossible de luy pouvoir oster ceste opinion. Enfin il y eut -vn medecin qui luy promit luy faire ietter, par le moyen d’un clystere, lesdites grenouilles hors de son ventre. Ayant pris le elystere, ainsi qu'il le rendoit, par derriere de sa chaise percée il fist couler cinq ou six petites grenouilles, lesquelles n'ayant accoustumé vivre en tels marets, commencerent à sautiller par la place. Le malade par opinion fut bien ioyeux de voir lesdites grenouilles, et perdit ecste folle fantaisie.

Observation XXVI. -- Ann. méd. psych. 7° éd. T. IX p. 290.

Note sur un cas intéressant d’affections abdominales par le D'S. À Campsezz (Journal of mental Science, juillet 1886.)

La 3° aliénée avait des hallucinations du goût et de l’odorat. Elle sentait et percevait la saveur du sang. Elle présentait notamment une conception délirante caractéristique. Elle croyait avoir des rats dans l'estomac et se plaignait de leurs morsures. Ce n’est que peu de jours après sa mort qu'on découvrit par la palpation une tumeur à la région épigastrique. Elle avait en effet un squirrhe du pylore. (

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Observation XXVII. — Ann. méd. psych. T7 S. T. 15. Communication de M. BARET, médecin de la marine.

Sur un délire névropathique avec dédoublement de la personnalité observé au Japon, le Kitsüne-tsüki, ou possession par les renards. |

On observe au Japon une curieuse affection mentale accompagnée d'hallucinations intenses et de dédoublement de la personnalité. Elle est connue sous le nom de kitsüne-tsûki « possession par les renards », frappe surtout les femmes et les jeunes filles, principalement celles des basses classes de la Société japonaise.

Il faut dire d'abord, pour l'intelligence de ce qui va suivre, qu'au Japon les renards (kitsüne), les blaireaux (tanüki) et les chats (neko), mais surtout les premiers, sont l’objet d’une crainte superstitieuse de la part d’une grande partie de la population. La eroyance populaire leur attribue le pouvoir de prendre la forme féminine pour jouer aux pauvres humains toutes sortes de tours pendables.

Les contes et les légendes brodés sur ce thème forment avec les histoires de revenants, le fonds de la littérature populaire japonaise.

Ces idées superstitieuses ont leur berceau en Chine d’où elles paraissent avoir pénétré au Japon vers le x1° siècle de notre ére. Elles y sont encore vivaces à la fin du xix° siècle. Pas plus tard que l’année dernière on racontait couramment l'histoire d’un renard, tout à fait au courant des progrès de la civilisation moderne, qui avait pris l’apparence du chemin de fer de la ligne de Yokohama à Tokio, et s’'amusait pour effrayer les mécaniciens à courir au-devant des trains; au moment où la collision allait se produire il s’évanouissait : une fois pourtant, il ne fut pas assez leste, mais, Ô stupeur, ilny eut aucun choc, et lorsque le train fut passé on ne trouva, sur les rails, que le cadavre mutilé d’un renard.

Non contents d’usurpér la forme humaine, les renards choisissent parfois le corps. d’une personne vivante pour en faire leur

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demeure. C’est ici que la superstition confine à la folie; la crédulité excessive des esprits faibles engendre les troubles psychiques : renards ou démons, c’est la même étiologie que pour les possédés du Moyen âge. Suivant l'opinion publique, c'est parfois par les orifices naturels, par le mamelon, mais le plus souvent par l'extrémité sous-unguéale des phalangettes que le renard pénètre dans le corps de l'individu qu'il a choisi. Une fois dans la place, il y vit de sa vie propre, complètement indépendant de son hôte.

Il en résulte un véritable dédoublement de la personnalité, une double conscience. Le possédé. entend et comprend tout ce que dit et pense le renard. Parfois même, hôte et locataire se querellent violemment : le renard parle alors d’une voix étrange et toutà-fait différente de la voix naturelle de la malade.

Les femmes presque seules et surtout celles de la basse classe, sont atteintes de ce délire; les conditions prédisposantes sont : une intelligence bornée; un esprit superstitieux; les affections délirantes et particulièrement la fièvre typhoïde. Une condition absolument nécessaire est la connaissance pour la malade de cas de possession et la croyance ferme à la possibilité de tels accidents.

Je résume ci-dessous, d’après le D' Baelz, de l'Université impériale du Japon, une observation typique de kitsüne-tsûki.

« Je fus une fois appelé, dit cet auteur, près d’une jeune fille atteinte de fièvre typhoide. Elle guérit. Mais pendant sa convalescence, elle entendit des femmes causer entre elles d’une autre femme qui avait un renard et qui ferait sans doute tout son possible pour le passer à quelqu'un d'autre et en être débarrassée. A ce moment même, elle éprouva une sensation étrange, le renard venait de prendre possession d'elle. Tous ses efforts pour s’en débarrasser furent inutiles. « Il vient! il vient! cria-t-elle ». Et alors, d’une voix étrange, sèche, fêlée, le renard de répondre par sa propre bouche et de railler son hôtesse infortunée.

« Cet état de choses dura trois semaines, au bout desquelles on se décida à aller chercher un prêtre bouddhiste de la secte de Nichiren. Il interpella violemment le renard, qui, toujours par la

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bouche de la jeune fille, répondit et conclut enfin : — « Je suis fatigué d'elle, je ne demande pas mieux que de m’en aller Que me donnerez-vous pour cela »?

Le prêtre demanda ce qu’il voulait, Le renard tou- Jours par la même voie, certains gâteaux et certains fruits, qui devaient être placés tel jour, à quatre heures de l’après-midi dans un lieu qu'il désigna. La jeune fille avait conscience des paroles qu'elle prononçait, mais elle était incapable d'en dire d'autres. Les objets indiqués furent portés à l'endroit désigné, et le renard quitta la jeune fille sans autres difficultés ».

Observation XXVIII. — dem.

Personnellement, j'ai pu observer un cas de kitsüne-tsûki, sur une jeune accouchée relevée depuis peu. Son enfant était mort quelques heures après sa naissance, tué affirmait-elle, par le renard. Essai rapide d’hypnotisme et de saggestion : échec.

Observation XXIX. — Orivier, Annales médico-chirurg. du Centre, n° 3, 1906.

Un cas d’obsession hallucinatoire à forme de perversion sexuelle

(Bestialité).

A. H. Mlle X..., appartient à une famille de nerveux. Son père et sa mère sont bien portants ; mais une tante maternelle est épileptique, et un grand oncle paternel serait, paraît-il, mort dans un asile. Elle est la dernière née de cinq enfants tous normaux, elle exceptée.

A. P. Mlle X..., âgée aujourd'hui de 28 ans, fermiére, est une femme de taille moyenne, maigre, au teint peu coloré. Elle n'offre ni anomalie de structure, ni stigmate physique de dégénérescence. Les diverses fonctions s’accomplissent bien. Elle ne se plaint que d’une certaine tendance à la constipation,

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Pas de trouble de la sensibilité objective. Nous ne relevons rien du côté des sens spéciaux, si ce n’est du rétrécissement du champ visuel en haut eten dehors pour chacun des yeux.

Motricité normale. Réflexes intacts sauf le pharyngien qui est aboli.

L'examen particulier des organes génitaux ne nous donne aucune indication intéressante. L’hymen est toutefois rompu et permet l’accès facile du vagin au doigt ou au spéculum.

Intelligente Mlle X..., a appris avec quelque aisance. Elle a reçu une instruction primaire, et par la suite elle s’est adonnée avec plaisir à la lecture, ce qui lui a permis d'acquérir une supériorité marquée sur ses frères et sœurs.

De caractère timide, réservé, elle a toujours aimé vivre isolée, chez elle, loin de la compagnie des jeunes gens et des jeunes filles de son âge. Elle s’est abstenue de prendre part à leurs ébats et de fréquenter les bals. Jamais elle n’a entretenu la moindre amourette, ni fourni le plus léger prétexte à des privautés quelconques. Un jour cependant, dit-elle, un individu se serait permis à son égard des gestes provocants et cela à son corps défendant.

Mais si elle est peu expansive, en revanche elle est d’une nature très émotive et réagit parfois plus vivement à certaines impressions qui se prolongent en elle. Elle raconte que très jeune, elle a été initiée aux mystères des sexes dans des circonstances qui ont laissé en elle un souvenir vivace. À plusieurs reprises en effet, dans sa propre maison, elle eut l’occasion de voir des vaches saillies par des taureaux.

Mais un autre événement plus brutal vint préciser encore dans son espritlanature desrapports sexuels. Elle avait huit ans environ, assure-t-elle, lorsque son frère, sonaîné de quatre ans, se livra un jour sur elle à des tentatives de coït. Il lui en coûte de faire cet aveu qu’elle nous confie après bien des hésitations ; et elle ajoute aussitôt pour se laver de tout soupçon possible, que jamais elle n’a eu de relations sexuelles avec des hommes, voire même avec des animaux, Elle ne s’est permis qu’une seule fois des pratiques solitaires —il y a quatre ou cinq ans— après la lecture d’un livre,

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prêté par une voisine, où il n’était question que « de matrice, de vulve, de vagin et verge ». Et d’ailleurs ajoute t-elle, elle n’a pas éprouvé le moindre plaisir.

Elle reconnaît cependant, s'être éprise vers l’âge de 14 à 15ans, d’une grande affection pour le chien d’une voisine qui lui témoignait en retour une fidélité sans borne. I] l'accompagnait toujours, dans ses promenades, et elle le récompensait en l’entourant de soins multiples, sans qu’une pensée perverse ait présidé à aucun moment ses assiduités. :

Elle se reproche toutefois, honteuse et confuse, d’avoir cédéun jour à une impulsion irrésistible qui la poussa à saisir la verge du chien de ses propres mains. Mais rien de tout cela ne pouvait justifier à ses yeux, les na RER méchantes de ses voisines qui interprétèrent faussement la nature de cette innocente amitié. Aussi éprouva-t-elle un très violent chagrin; et depuis lors elle ne peut se soustraire à l’idée douloureusement obsédante de Jin prochements sexuels avec un animal. ‘

Cette idée acquiert même parfois une telle intensité, elle l’envahit à ce point tout entière qu’elle finit par s'objectiver sous forme de paroxysmes hallucinatoires .

« Elle voit alors, dit-elle, en propres termes, une verge de laureau, raidie, rouge, longue comme un porteplume s’avancer vers elle, mais elle ne distingue que la verge seule et pas le taureau. En même temps une angoisse pénible s'empare d’elle; elle essaye de repousser cette image qui lui fait horreur. Toutefois ses résistances ne tardent pas à être vaincues, elle esl pénétrée profondément par cet organe qu'elle ressent parfois même jusque dans la bouche. À ce moment aussi, sa matrice s’entr'ouvre, elle devient chaude; une sensation plus aiguë agréable et un sentiment de répulsion s'imposent à elle à la fois. Puis après, s'être débattue quelques instants, le calme renaît. Ces troubles se produisent surtout la nuit quand elle est au lit, plus rarement le jour quand elle vaque à ses occupations. Îls peuvent se renouveler quatre ou cinq fois dans les vingt-quatre heures. Il lui arrive encore, par moments, de se sentir fouettée dans le dos par la verge du taureau ».

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Elle se rend très bien compte du caractère pathologique des préoccupations qui l’assaillent et elle est d'autant plus malheureuse de ne pouvoir s’y arracher. Elle considère son existence comme désormais brisée. Il y a quelques années elle avait songé àse marier, moins pour satisfaire à ses désirs génésiques que pour se conformer aux habitudes; car l’homme sexuellement ne l’attire pas. Mais devant la persistance de ses obsessions, elle a renoncé pour toujours à ce projet dans la crainte de devenir odieuse à celui qui serait son mari. En fait elle n’a jamais pratiqué le mal, mais elle s’accuse de l’avoir accompli en idée. Si elle ne craignait pas de faire de la peine à sa famille, si elle était courageuse, son devoir, dit-elle, l’obligerait à se suicider. Cependant elle voudrait bien guérir, et elle se montre prête à Suivre tous traitements capables de la soulager. Elle a déjà à Paris et ailleurs consulté plusieurs médecins; elle commence aujourd’hui à être découragée de l’inefficacité des soins qu’on lui a donnés, elle met en nous ses dernières espérances. Sous l'influence de l'isolement, d’occupations nouvelles, d’une vie régulière, grâce à la thérapeutique de l'enveloppement humide et des laxatifs huileux, l’état physique et mental de Mlle X..., a paru s'améliorer, et cédant à son désir pressant, on la laissait sortir au bout de cinq Semaines. Mais cette amélioration était plus apparente que réelle, car le surlendemain de son départ, elle tentait de se suicider en absorbant un demi litre d’eau-de-vie. Elle regrette maintenant, paraît-il, d’avoir eu recours à cette extrémité et se montre plus confiante en ellemême.

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