PARTICULARITÉS DES ZOOPATHIES INTERNES
Parmi ces observations, les unes concernent de véritables cas de possession, c’est-à-dire des états mentaux dans lesquels l’idée de possession est le fond même du tableau pathologique, englobant dans la même systématisation
délirante tous les troubles moteurs, sensitifs et fonction-
nels que peut présenter le malade. Les autres se rapportent à des délires où l’idée de possession n'apparaît que mêlée à un grand nombre d’autres idées pathologiques, où elle n’est qu’un élément accessoire, un épisode noyé le plus souvent au milieu de troubles psychiques d’un autre ordre.
Etudions les véritables délires de possession.
Constamment nous voyons en scène des débiles intellectuels. Et même dans les cas concernant de simples idées de possession entrant dans un complexus délirant, lorsqu'il s’agit d’une faiblesse intellectuelle acquise, il semble bien que les faits observés ne témoignent pas d’un niveau mental habituel bien élevé.
Bien plus, dans les dégénérescences acquises comme
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la paralysie générale, l’idée de possession paraît pousser sur un terrain profondément raviné, elle est toujours l'indice d’une déchéance intellectuelle £des plus accentuées.
Dans certaines circonstances peut-être, la croyance à la possibilité de la possession ne témoigne pas, croyons-nous, d’une extrême débilité. Il existe, en effet, des gens qui, pour n’être pas des scientifiques, sont considérés comme sensés et qui croient à la possibilité du développement dans l’estomac de vers avalés avec les fruits, avec la salade, par exemple ; bien plus, la vulgarisation scientifique, qui leur apprend l’existence d'infections organiques par les hydatides, la trichine, le tœnia, ne doit-elle pas être considérée comme une cause d'atténuation à l’absurdité primordiale de l’idée ?
Il peut être intéressant de rappeler à ce sujet l’observation d’Ossipow (Obs. XIV) concernant un cas de possession reptilienne où le délire battit son plein après l'expulsion d’un tœnia dont la présence avait été dûment constatée.
Souvent même la croyance absurde a pour point de départ apparent l’expulsion d’un parasite. D'ailleurs, la famille, l'entourage composé généralement de débiles eux-mêmes est loin d’opposer une résistance quelconque à ces déviations de l'intelligence et s’empresse de participer au délire, de l’enjoliver, de l’accroitre. 4
Les «délires à plusieurs » ne sont pas rares, l’observaüon VI en fournit un bel exemple. Nous dirons même qu'ils constituent la règle ; les débiles étant généralement
en rapport avec des gens de même qualité intellectuelle
Te
qu'eux-mêmes, imposent leur conviction à l’entourage émotionnable et jouent le rôle d’agents actifs du délire. La famille n'est pas toujours détrompée par l’internement du possédé et accuse le médecin de précipiter son malade dans la folie par le contact permanent des aliénés,
Cette inter-psychologie familiale est d’ailleurs la règle et se retrouve à propos de diverses maladies mentales.
À la campagne d’ailleurs, il est d'idée courante que l’on peut devenir possédé en buvant de l’eau des mares, des ruisseaux.
S’appliquer à ne pas avaler de bêtes est une préoccupation villageoise. Nos possédés-zoopathes sont toujours des gens de la campagne ou ayant vêcu à la campagne et nous pénétrons ainsi en pleine psychologie agreste et médiévale.
C’est donc un point acquis que les délires de possession animale reconnaissent un fonds de débilité mentale généralement accentuée et se présentent chez un paysan, augmentant, ainsi uné préoccupation constante des cam-: pagnes.
Tout ce monde a conservé la mentalité du moyen-âge et représente les spécimens d’une humanité assez fruste.
Poursuivant l'examen des particularités de ces délires, nous constatons que bien souvent, on trouve une période d'incubation entre le fait révélateur de la zoopathie aux yeux du possédé et la perception des raisons qui motivent sa croyance. Ainsi V... (Obs. XVII), persécuté, perçoit depuis longtemps des sensations bizarres dans la tête ; une revue lui tombe sous les yeux, traitantdu Ver rongeur de l’Ecriture Sainte ; plus de doute, c’est de ce ver qu'il
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s’agit; l'identification alors est brusque, elle se fait avec une absurde facilité. Il s’agit d’ailleurs d’un persécuté chez qui s’ébauchent des idées de grandeur.
La malade de M. Mirallié (Obs. IV) quise croit possédée parun crocodile, a attendu fortlongtemps avant de s’avouer sa possession. Il a fallu qu’arrivât le terme de sa fausse grossesse pour qu’elle sentit le besoin d’échafauder son raisonnement; ses sensations anormales ont persisté au delà du terme; c’est qu’elle recèle un crocodile dans son abdomen et c’est justement d’un crocodile qu’il s’agit, parce qu’elle s’est rappelé l’histoire d’une vieille femme qui accoucha autrefois d’un semblable saurien.
Ce n’est qu’à cinquante-trois ans que M G... (Obs. ITT) trouve l'explication de malaises qui l’inquiétèrent depuis son jeune âge.
La malade de l’obs. V ne s’est sentie possédée que dix ans après la cause apparente de son délire.
La malade de Pobs. XIT a laissé aussi passer un temps appréciable entre ses malaises et l’apparition de son
délire.
La même remarque s'applique à la malade de M. Angiolillo (Obs. XXII).
Exception apparente pour la paysanne de Bonnet (Obs. VIN) qui, buvant un jour à une fontaine aperçut ou crut apercevoir une patte de grenouille appliquée à l'intérieur du tuyau, son délire prit corps au même instant. Encore faut-il nous demander si cette femme ne souffrait pas depuis longtemps de troubles qu’une hallucination systématisa spontanément.
Le mégalomane d’Auzouy (Obs, XX) fut longtemps mé-
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lancolique, il ressentit mille malaises avant d'édifier son délire de possession. |
Le mélancolique de Krafft-Ebing (Obs. XXII), n’a systématisé ses sensations dans le sens de la possession, qu'environ six mois après son entrée à l'asile.
Résumons-nous : l'existence à peu près constante d’une période d’incubation du délire zoopathique semble acquise; les cas où la systématisation animale se fait d'emblée sont rares. Il existe doncune période pendantlaquelle le malade se tâte, s’examine, s’analyse.
Dans bien des cas de véritable possession, on retrouve le signe révélateur au cerveau du possédé, une sorte de signal-symptôme qui donne à l’aliéné la brusque explication des troubles ressentis. M"° G. (Obs. III) a rendu des peaux, ce ne pouvaient étre que des peaux de couleuvre.
Une fausse grossesse persistant au delà du terme normal était pour la malade de M. Mirallié une explication suffisante. |
La malade de l’obs. XII se rappela tout à coup avoir bu à une fontaine dont la surface était parcourue par trois « araignées ».
Le malade a donc une sensation décisive ou bien recherche dans son passé la cause de ses sensations maladives et la trouve brusquement.
Une autre remarque à faire est que, dans les vrais délires de possession animale, le zoopathe ne voit pas la bête parasite.
Ces délires sont exempts d’hallucinations visuelles.