PRE TUE
mentles serpents, les couleuvres, et aussi les bêtes aquatiques et nous chercherons les motifs de cette fréquence lorsque nous étudierons les causes des délires zoopathiques.
Une question se pose maintenant. Par où pénètrent ces animaux ?
Là encore nous sommes en présence d’explications plus ou moins absurdes, mais il nous est bien difficile de dire si les explications les moins absurdes proviennent des cerveaux les moins malades. .
Nous avons noté précédemment que la généralité de nos possédés n'avaient jamais vu d’animal pénétrer dans leur corps, que pour beaucoup l'introduction s'était effectuée pendant le sommeil. En fait la plupart de nos aliénés se trouvent en présence d’un fait qu'ils n'éprouvent pas le besoin d’expliquer, ou bien l’explication la plus absurde contente ces cerveaux débiles.
Le vagin est une porte d'entrée singulière pour un crocodile (Obs. IV); il est vrai que lPanimal avait pénétré par le coït et bien petit. Dans ce cas la notion d’entrée par le vagin qui ne tire pas son existence d’une sensation contemporaine du délire ou peut-être même d'aucune sensation à son origine dans les préoccupations d'ordre génital si fréquemment associées, comme nous le verrons, aux idées de possession, en général.
: En fait il n'est pas d'orifice si petit par où le parasite ne puisse pénétrer : le mamelon, l'anus, l’urèthre, l'oreille, les narines servent de porte d'entrée. Cependant c'est la bouche qui est la route la plus fréquentée et ce fait trouve, son explication non dans la possibilité très relative d’un
pareil fait en ce qui concerne certains animaux tout au moins, mais peut-être dans la prédominanee des sensations émanées du tube digestif dans la genèse de ces délires de possession zoopathique.
Si tels sont brièvement analysés les délires de zoopathie, il nous est facile maintenant de les comparer aux délires de possession démoniaque.
Le délire de possession zoopathique est dansses grandès lignes exactement superposable au délire de possession démoniaque. C'est à la base, la même idée de pénétration corporelle, les mêmes sensations de toutes sortes faussementinterprétées, la même réaction intellectuelle en présence de sensations anormales. Et pour préciser l’analogie, « l’action dudiable sur l’existence, sur les principaux viscères de l’abdomen, comme lindique Calmeil, s'annonce par des tourments profonds, par des sensations étranges, et telles que celles qui pourraient frésulter, ce semble, du contact des orbes d’un reptile, de la continuité d’un pincement, d’une morsure interne, de l'application d’une griffe, d’un fer incandescent, d’une succession de déplacements ». Ne sont-ce pas là. les sensations décrites à chaque instant par les zoopathes ?
D'ailleurs, nous n’irons pas jusqu'à dire que la possession zoopathique est née de la possession démoniaque, puisqu'il existe encore des cas rares, il est vrai, mais indéniables de possession démoniaque, mais nous croyons que la possession zoopathique est bien la forme moderne de la possession ‘démoniaque d'observation si courante autrefois, et qui semble maintenant s'être réfugiée dans
les asiles de certaines provinces les plus arriérées, telles
SU
que la Bretagne ou la Vendée. « Dans le milieu parisien, dit M. Séglas, il n’en est pas ainsi; si peu instruit que soit le malade, son délire ne se traduit guère par des idées démoniaques. Si l'on peut en rechercher encore quelques cas, ils ne sont jamais très purs au point de vue de la formule précise de l’idée délirante ».
Quoi qu’il en soit, nos modernes possédés sont bien préparés, si l’on peut dire, à la possession zoopathique. En effet, la littérature de la sorcellerie renferme des cas innombrables dans lesquels le démon coexiste en un même corps avec différentes bêtes. Plus nombreux encore sont lès cas où le démon a revêtu la forme animale, Ambroise Paré lui-même nous apprend que « Les démons se forment tout subit en ce qui leur plaist et souvent on les voist se transformer en beste comme serpens, crapaux, chatshuants, huppes, corbeaux, boucs, asnes, chiens, chats, loups, taureaux el autres, voire is prennent des corps humains vifs ou morls, les mantent, tourmentent et empeschent leurs œuvres naturelles... ils hurlent la nuit et font bruit comme S'ils estoient enchainez ».
Une malade d’'Esquirol (4° observation de l’art «Démonomanie » du dict. des Sc. Médic. 1814) « est depuis un million d'années la femme du grand diable : elle s'entend avec lui, il couche avec elle et ne cesse de lui dire qu'il est le père de ses enfants ; elle a des douleurs utérines. Son corps est un grand sac fait de la peau du diable, et plein de crapauds, de serpents etd’autres bêtes immondes qui sont des diables,.
Une autre malade (2° obs, d'Esquirol) a l'abdomen dur,
volumineux, elle y porte toujours la main; elle assure
sept PES
qu'elle a dans l'utérus le malin esprit sous la forme d’un serpent, qui ne la quitte ni nuit ni jour, quoi qu’elle n'ait point les organes de la génération faits comme les femmes ».
Une autre (5° obs. d’'Esquirol) est dévorée par deux démons qui se sont établis dans ses deux hanches, et quiressortent par ses oreilles. Les diables lui ont fait plusieurs marques sur le corps ; son cœur est tous les jours déplacé; elle ne mourra jamais, quoique les diables lui disent d'aller se noyer. Elle a vu les deux diables qui la possèdent, l’un est jaune et blanc, l’autre est noir ; ce sont des chats ». Boguet dans son Discours des sorciers (1603-1610) rapporte le cas de la possédée démonolâtre, Rolande Duvernois, qui, exorcisée, confessa avoir vu le diable. se présenter au sabbat sous la forme d’un gros chat noir que tous les assistants baisaient au derrière.
Boguet nous raconte sincèrement que l’un des démons sortit par la bouche en forme d’une /imace toute noire ;un autre démon qui restaitsous forme de chat rendit muette la possédée, trois jours entiers.
En 1609, Madeleine de Mandol, religieuse de Sainte-Ursule, à Aix, se reconnait possédée par de nombreux démons. Tantôt elle sent le diable sous Ja forme d’un crapaud, qui la vient saisir au gosier ; tantôt elle l'entend dans son corps qui lui dit : si tu parles, je t'étrangle.Cette affaire se termina d’ailleurs par la condamnation du curé Gaufridi.
Notons encore le caractère répugnant des animaux du Sabbat qui sont justement ceux que nous retrouvons Île plus fréquemment dans les cas de zoopathie interne.
C’est au Sabbat, nous dit l'inquisiteur Delancre (Tableau
Pa go
de l’inconstance des mauvais anges, 1673) que les enfants sont bergers et gardent une bergerie de crapauds et que le diable préside l'assemblée sous la forme d’un bouc puant et barbu. C’est encore au Sabbat où l’on voit de grandes chaudières pleines de crapauds, de vipères, mélangés aux cœurs d'enfants non baptisés, aux chairs de pendus et autres charognes... Bien mieux, un témoin a vu le Sabbat présidé par le grand diable Maître Léonard qui en sa présence s’est transformé en renard ; le témoin a vu environ soixante sorciers qui dansaient, sans habits, dos à dos, trainant un grand chat attaché à la queue de leur chemise. Une autre a vu des sorciers écorcher des crapauds à belles dents et les piler pour en faire du poison; les grandes sorcières portent sur leur épaule gauche un démon qui a la forme d’un crapaud armé de deux cornes. Jeanne Bellot, âgée de vingt-quatre ans est allée au Sabbatet y a vu certains se promener en leur propre forme, d'autres transformés en chiens, en chats, ânes, chevaux, pourceaux et autres animaux.
Jeannette Abadie a vu des sorciers se rassembler dans le cimetière de Saint-Jean-de-Luz et procéder a un baptême de crapauds. Ces reptiles étaient habillés de velours noir ou de velours rouge; ils avaient une sonnette au cou, une autre à la patte. En sa présence, un démon s’est métamorphosé en un vermisseau(l).
. Delancre, à propos de l'épidémie du Labourd au xvrr° siècle, parle d’une jeune fille à l'œil louche et hagard marqué d’un caractère que l’on compare à une patte de cra-
paud, marque faite par une corne du diable, Enfin, pour
(1) CALMEIL,
citer un cas plus récent, Dagonet rapporte l'observation d'un démonomaniaque dans le ventre duquel le démon avait élu domicile sous la forme d’un gros serpent. Ce ma- ‘lade qui présentait à l’autopsie trois vers lombries de plus “de vingt centimètres de long dans son estomac avait en outre deux ulcérations Serpigineuses.
= Par analogie lointaine avec la zoopathie interne pure, ces démons né sont vus que très rarement avant d'entrer dans les corps; parfois ‘on les à aperçus sous les appa- ‘rentes d’une vague fumée noire,mais ces cas eux-mêmes sont excessivement rares, même lorsqu'il s’agit de cas ‘de possession hystérique où des hallucinations visuelles pourraient exister.
Mais par où pénètrent cés démons: «ils s’insinuent dans l'organisme, nous apprend Calmeil, par les orifices naturels, au moment où l’on ouvre la bouche pour respirer,
“pour prendre les substances alimentaires, pour satisfaire aux autres besoins qui nous sont imposés par la nature: » ‘Voila encore un caractère qui rapproche la possession animale de la possession démoniaque. «Une personne sans ‘défiance est séduite par des apparences trompeuses et avale un esprit malin en croyant mordre dans une laitue ‘quitente sa gourmandise. Une fille refuse de prendre un repas à la suite d’une contrariété insignifiante ; importunée par les instances de ses proches, elle s’écrie: .« Vous me contraignez à prendre ces aliments; si je Les Avälé ce sera au nom du diable. » A peine ces paroles ‘sont-elles prononcées, qu'elle croit sentir dans le mor- -éèau qui tombe à ses lèvres Beelzébuth sous la forme .d'uné Mouche; tout de suite l’on s'aperçoit à certains
Or Re
signes que cette fille ressentait les symptômes de la possession. Un exorciste fameux, croyant vexer un diable, lui dit ironiquement que s’il se décidait à sortir du corps qui lui servait d'asile, il pourrait trouver une place dans ses propres entrailles. Le soir même, ce prêtre fut pris de coliques affreuses, et accusa la présence du diable dans ses intestins. » Nousretrouvons donc encore ici ce caractère de possession instantanée que nous avions noté dans la possession zoopathique.
Où siègent les démons? C’est dans le ventre, l'utérus. et quelquefois dans la tête qu'ils élisent leur domicile, et c'est encore là le siège le plus ordinaire des possessions zoopathiques. | La possession démoniaque se présente à plusieurs degrés, tantôt le démon possesseur ne cause qu’une gêne légère, quelques malaises, quelques douleurs, tantôt il se rend insupportable par les tourments qu’il fait subir, ne laissant au possédé aucun moment de repos, tantôt il emprunte par instants l’intellectualité de son hôte et se sert de sa bouche pour s’exprimer.
Un des auteurs du « Maillet des Sorcières » rapporte le cas d’un prêtre à qui le diable faisait allonger la langue hors de la bouche; et comme on lui demandait s'ilne pouvait pas s’empêcherde le faire : cela est impossible repondait-il, il est le maître de tous mes membres, de tous mes organes; il faut que je parle et que je hurle quand il veut, et j'entends les. paroles qu'il prononce avec ma langue. Or nous n'avons pas rencontré chez nos zoopathes ‘de semblables hallucinations psycho-motrices verbales, D'autres fois le démon s’est substitué complètement à la
personnalité äu possédé qui est devenu le démon luimème. Dans ce cas, il ne s’agit plus à proprement parler d’un délire de possession mais d’un délire de transformation corporelle.
Bien souvent le diable a pris la forme d’une bête et nous nous trouvons alors en présence des lycantropies si fréquentes au xvi° siècle et épidémiques dans le Jura. Or nos zoopathes ne présentent pas la possession à des degrés semblables, mais tantôt la présence d’un animal en leur corps ne produit que des troubles réactionnels peu -appréciables, d’autre fois ce sont des souffrances atroces, angoissantes et continues.
Mais l’animal, à moins d’être démon, etalors on ne peut plus dire qu'il s’agit d’une zoopathie interne, ne se sert pas des organes ou des membres de son hôte pour manifester sa présence. Cependant l’obs. [Il nous présente ur tabétique gêné dans sa marche par la bête qui le possède. Le chant du coq se serait fait entendre une fois chez un ventriloque involontaire (sur lequel nous n’avons pas d'autre renseignement). Mais des hallucinations auditives peuvent se produire chez l’aliéné qui entend des chats miauler ou japper de jeunes chiens.
Nous n'avons trouvé aucune observation concernant des cas où des animaux auraient substitué définitivement leur personnalité à celle de leur hôte ; il semble qu'un démon intermédiaire soit nécessaire pour aboutir à la transformation complète de la personnalité, à la lycantropie.
Nous avons cru trouver dans les cas de possession par le ver rongeur le trait d'union qui unit intimement les dé: