‹ Les Délires de Zoopathie interneChapitre 23 sur 35 · TARN · texte numérisé non relu

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lires de possession démoniaque aux délires de possession zoopathique. En effet, quoi de plus typique que les délires tels que celui rapporté à l'observation XVII, dans lesquels le malade ignore tout d abord £s'il donne asile à un esprit ou à un animal, dans lesquels la croyance a une aussi grande difficulté à se préciser, où elle varie d'un jour à

. l autre !

Certains démonomaniaques apercoivent le diable dans leur corps. On lit en effet dans l’histoire de la possession

par Llorente que des possédés apercevaient dans leur. corps le diable qui s’y tenait caché sous diverses formes.

Nous n’avons pas d'observation semblable touchant les zoopathes; ceux-ci ne voient pas l'animal qui les possède, mais ils sont habituellement très renseignés sur sa forme, sa nature ; ainsi la malade de l'observation III dépeignait la forme et précisait les dimensions de la tête de la couleupre qui l'habitait, En tous cas puisque certains aliénés prétendent voir ce qui se passe dans leur cerveau, dans leur corps, puisque les phénomènes d’autoscopie commencent seulement à être étudiés, il n’est pas impossible que des zoopathes puissent apercevoir des animaux dans leur propre intérieur.

La tendance au suicide est fréquente dans la démonomanie, tous les auteurs l'ont notée.

Les possédés du démon sont poussés à cette fin comme par une force irrésistible, Les moyens les plus étranges sont employés par eux pour atteindre leur but. Une démoniaque citée par Leuret dans ses fragments psycho-

logiques sur la folie, fit deux tentatives de suicide : la

première fois elle s'’ouvrit avec une lame de fer la peau

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du sommet de la tête, puis tirant cette peau avec ses deux mains, elle la déchira depuis le front jusqu'à la nuque. Tandis que cette terrible blessure guérissait, la malade se procura une boucle, attendit que sa garde fût endormie, vint encore à bout de se détacher, porta les doigts dans sa plaie et l'ayant ouverte, elle se fit avec l’ardillon de sa boucle un trou qui pénétra presque dans le crâne. Un .canal qui donne passage à une grande quantité de sang, canal que les: anatomistes appellent sinus longitudinal inférieur, fut ouvert, il y eut une hémorragie abondante que l’on ne put arrêter assez tôt ni assez parfaitement, et qui fit périr la malade dans l’espace de quelques jours (1). À Loudun, la supérieure des Ursulines, M"* de Belfiel allait s'étrangler volontairement en présence de Laubardemont, au moyen d’une corde attachée à un arbre, sans l’intervention des autres religieuses. Dans la possession du monastère de Sainte-Elisabeth à Louviers, la sœur du Saint-Sacrement s’échappa des mains de ses gardiens pour courir $e précipiter dans un puits (2). Nous ferons les mêmes réflexions au sujet des zoopathes qui tentent de se libérer par tous les moyens et qui devant le refus du chirurgien de lés opérer peuvent se suicider où se livrer aux mutilations les plus dangereuses, points que nous développerons plus amplement dans la suite.

Le possédé démonomaniaque est non seulement dangereux pour lui, mais encore pour son entourage. Quoique ‘Brierre de Boismont soit d’avis que le démonopathe passe rarement à l'acte définitif, n'étant pas un véritable persé-

(1) Rirrr, (2) CALMEIL,

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cuté, la littérature médicale renferme des cas de possédés qui ont tourné leur vengeance contre les pseudo-sorciers, : auteurs de leurs maux.

Nous montrerons plus loin le danger que présente le. zoopathe pour lui-même, pour son entourage et pour son médecin.

L'association si fréquente de l’idée d’immortalité à l’idée de possession démoniaque dont nous avons vu de beaux exemples dans les observations d'Esquirol déjà mentionnéesetdontLeuret, puis Petit(Archives clin.des Mal.mentales) ontrapporté plusieurs cas,ne se rencontre guère chezles vrais zoopathes mais seulement dans les cas de complexus délirants où l’idée de possession se trouve mêlée à d’autres idées. Notre observation XVI concernant un possédé mort au moins deux cents fois et incapable de mourir à nouveau en est un bon exemple. Ces réflexions s'appliquent également aux idées hypochondriaques en général, aux idées de négation, à toutes les idées d’énormité.

Nous en trouverons plus tard les motifs lorsque ayant étudié les troubles de la cœnesthésie, nous constaterons la communauté d’origine de ces diverses idées délirantes.

La fréquence des préoccupations d'ordre génital associées aux idées de possession démoniaque se retrouve à propos des idées de possession animale : la nymphomanie était le corollaire habituel de la possession diabolique et saint Bernard, rapporte Calmeil, exorcisa publiquement dans la cathédrale de Nantes une jeune femme à qui un esprit lascif imposait ses caresses jusque dans le

Bt conjugal. Suivant Esquirol « les femmes monomania-

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ques érotiques éprouvent tous les phénomènes de l’union des sexes ; elles se croient dans les bras d’un amant ou d’un ravisseur. Une femme démonomaniaque hystérique croyait que le diable, des serpents, des animaux, s’introduisaient dans son corps parles organes extérieurs de la reproduction. Les cancers, les ulcères de l'utérus ne sont pas rares chez ces malades (Traité des maladies mentales p- 213). L'observation de M. Mirallié (Obs. IV) concernant un véritable délire de zoopathie interne est un exemple de l’association des préoccupations d'ordre génital aux idées de possession animale : un crocodile était entré par le vagin et pendant le coït. D'ailleurs les cas de faussegrossesse animale sont assez nombreux : « une vieille demoiselle assura à Calmeil que sa matrice contenait un germe de 7nulet, une autre malade crut pendant longtemps qu'elle accoucherait d’un fœtus de singe ou d’une portée de petits chiens, une autre crut pendant une grossesse sentir un gros serpent dans l'utérus et pendant neuf mois ne cessa pas une seconde d’être préoccupée de cette fausse sensation. Au moment du travail, cette femme éprouva un redoublement de frayeur, et il n’est pas d'effort qu’elle ne fit pour retenir son enfant dans son sein, répétant que c'était un serpent qui cherchait à sortir par les voies naturelles ». L'observation de M. Angiolillo (Obs. XXIII) nous présente une femme possédée par les démons et de nombreux animaux qui se mouvaient dans son ventre, elle provoquait son fils à éteindre ses désirs et le diable pour la punir, lui rongeait l'utérus. Les préoccupations d’ordre génital sont encore flagrantes dans l'observation XXIV de M. Roubinoviteh : des serpents

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ON ee voyagent dans le corps d’une aliénée et lui irritent les organes génitaux. ù

Les analogies se précisent donc de plus en plus entre les deux grandes variétés de possession.

- L'âge de la démonopathie est celui de la plus grande fréquence de l’hystérie, la plupart des démonopathes étant des hystériques. De plus, dans cette même affection, plus fréquénte chez la femme que chez l'homme, se trouve la raison du plus grand nombre des démonopathies féminines observées. |

Mais l’âge des zoopathes ne nous semble pas répondre à üne aussi exacte délimitation, de même que les deux sexes paraissent possédés dans une proportion à peu près égale. Les démoniaques sont généralement des hystériques, les vrais zoopathes ne le sont pas. Ainsi s'explique l'absence de crises convulsives observées chez ces derniers et si nous voulions étudier les points de contact de l'hystérie avec les faits de possession, nous trouverions dans l’observation du D' Baelz (Obs. XXVII), qui ne concerne nullement un véritable délire de zoopathie interne, un cas de ces délires bhystériques probablement passagers et transitoires à rapport seulement lointain avec les cas que nous avons en vue.

Que sont donc en effet les délires de zoopathie ‘interne ? | |

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