L'IDÉE DE ZOOPAPHIE INTERNE ASSOCIÉE A D'AUTRES IDÉES DÉLIRANTES
Parmi les idées le plus souvent associées aux idées délirantes de zoopathie interne on trouve les idées d’énormité, d’immortalité, de négation de déplacement, de changement
-de forme, d’obstruction d'organes.
En effet, comme les idées de zoopathie interne, ces idées ontun fondement cœnesthésique et si telaliéné peut croire son ventre plein d'animaux, tel autre pensera avoir des trous dans le cerveau, des vers dans le poumon, du pus dans les veines, ou bien son intestin sera bouché. A défaut des hallucinations sensorielles qui n’ont sur la personnalité qu'une atteinte très superficielle, ce sont ces hallucinations cœnesthésiques qui correspondent souvent à des altérations très graves de la personnalité (G. Ballet).
Non moins fréquente est la coexistence d’un délire de grossesse avec un délire de zoopathie interne : nous pouvons même considérer ces deux idées comme ayant des rapports étroits. Elles ont en effet même origine; des troubles de la cœnesthésie, Et le fait est rarement plus. patent que dans l'observation de M. Mirallié (n° IV)où l'on yoitun
délire de grossesse se transformer en un délire de posses-
sion animale, le terme normal de la grossesse ayant été dépassé et la malade s’étant rappelée l’histoire d’une paysanne qui avait accouché d’un crocodile, « Si cette histoire añcienne ne lui était pas venue à l'esprit, il est probable ou tout au moins. possible, dit l’auteur, que ce délire de possession n’aurait pas évolué. Témoins nos deux autres malades qui n'avaient pas eu pareille histoire dans la mémoire. Bien certainement, le délire de possession peut évoluer sans délire de grossesse préalable, mais tous deux peuvent avoir la méme origine et parfois se succéder l’un à l’autre. » |
L’animal a pénétré par Le coït ou sans que l’on sache le mode de pénétration.
En somme, l’idée d’un animal dans l’utérus est une com: binaison heureuse de l’idée de possession avec l’idée de grossesse. Les incitations cœnesthésiques de l'appareil génital allient dans le cerveau l’absurde au possible.
Ces idées semblent parfois en rapport avec des lésions du tube digestif associées à des incitations cœnesthésiques d’origine génilale comme dans deux autres observations publiées par M. Mirallié. De ces incitations combinées doit naître l’idée de grossesse animale.
Remarquons que ce délire de grossesse animale peut se rencontrer chez l’homme comme le montre notre obs. XVI; elle est alors le fait d'un état démentiel des plus accentués. L'existence de l’idée de grossesse chez l'homme a d’ailleurs été établie dans la thèse de M. Pourrat (Paris, 1904). Cependant le délire de zoopathie interne est un délire à tendances dépressives tandis que le délire de
grossesse montre des tendances expansives.
Les idées de possession animale peuvent se rencontrer, a priori, dans les maladies où l’on observe des idées délirantes hypochondriaques, dans les maladies où interviennent à un moment quelconque des troubles de la cæœnesthésie, dans la mélancolie, dans la paralysie générale dépressive, dans l'alcoolisme chronique, dansle délire chronique systématisé, dans la folie des dégénérés, dans la démence sénile ; en tous cas dans des psychoses à forme dépressiveou à la phase de dépression d’une psychose circulaire. Etnous trouvons dans cette constatation que ces idées surviennent à la période avancée de la paralysie générale, la confirmation de notre croyance à l’origine cæœnesthésique des délires zoopathiques.
En effet, l’idée de possession est alors contemporaine de l’idée de négation (voir l'Obs. XXII) et le seul affaiblissement démentiel ne saurait les expliquer. Avec les qualités anesthésiques de certaines toxines (auto-intoxication paralytique de Sankhanoff)il faut invoquer l’altération des différentes parties du système nerveux central et périphériques (ganglions spinaux, ganglions sympatiques, nerfs périphériques), source de troubles de la cœnesthésie,