‹ Les Della RobbiaChapitre 10 sur 11 · ANDREA DELLA ROBBIA. — LA VISITATIO · texte numérisé non relu

ANDREA DELLA ROBBIA. — LA VISITATIO

(Pistoie, Église San Giovanni Fuorcivitas.)

Certains critiques, abondant en ce sens, y ont voulu voir la main de Luca della Robbia. Mais tout, ici, atteste que nous sommes en présence d'une œuvre d'Andrea : la draperie un peu lourde, les mains plus réalistes et moins délicatement longues que celles des saintes sculptées par Luca, le visage ridé de sainte Elisabeth, modelé comme les visages de saint François et de saint Dominique dans Île célèbre tympan de la Loggia di San Paolo, et jusqu'à la composition dramatique, si vivement touchante : cette idée d’agenouiller Elisabeth devant la Vierge et de lui donner ce regard de vénération et d’imploration demeurera l’inspiration la plus neuve, la plus noble, la plus émouvante d’Andrea della Robbia.

À Prato, sur la façade de la cathédrale, dans un arc en tiers-point, une Madone entre saint Étienne etsaint Laurent, et entourée d’une euirlande de têtes de chérubins, est datée expressément de 1489. De toutes ses compositions, c’est celle où Andrea a mis la grâce la plus souple, la plus rêéveuse, la plus douce ; ils’y montre plein encore de cette délicatesse et de cette fine virtuosité qu'il tenait de son oncle. Mais le modelé plus réaliste du petit corps nu et gras de l'enfant Jésus et, en même temps, une certaine douceur maniérée dans l’ensemble différencient nettement ce joli chef-d'œuvre de tous ceux de Luca. La Hadone entre deux anges, du Musée du Dôme, date de la même année, vaut par les mêmes qualités, pêche un peu par le même maniérisme.

Nous savons encore qu'en 1491, Andrea travailla pour

une petite église de Prato, la Madonna delle Carceri, qu'il décora d’une magnifique frise où des guirlandes de fruits, surmontées de fleurs de lis, se suspendent à des candélabres, et où il incrusta, à la voûte, quatre médaillons représentant les quatre évangélistes, bibres imitations des Evangélistes de la chapelle des Pazzi: mais ces figures redondantes, où l'influence de Verrocchio est sensible dans les chevelures frisées et dans les flots lourds des draperies, nous montrent surtout l’incerüitude du goût d’'Andrea. Aussi est-il certain qu'à cette date Andrea avait déjà exécuté plusieurs dé ces grands retables de faïence d’une composition mouvementée et compliquée, pleins du reste d’admirables détails, mais trop surchargés, et trop encombrés d’imitations de tableaux florentins : la Madonna del Soccorso, à Arezzo (S. Maria in Gradi), dont le buste rappelle beaucoup la Madone de Prato; la Madone de la chapelle Médicis, à Santa Croce; le Couronnement de la Vierge de l'Osservanza ; la Madonna dalla cintola et le Baptéme du Christ de Santa Fiora; l'Ascension de la Verna, et l'Assomption du musée de Città di Castello, et surtout les deux chefs-d’œuvre en ce genre, la Crucifixion de la Verna, et la Crucifixion ou Trinité du Dôme d’Arezzo. L'église de l’Osservanza de Sienne ayant été agrandie en 1485, le grand retable d’Andrea, figurantle Couronnement de la Vierge, a dù lui être commandé vers cette date : la composition en est confuse, mais dans beaucoup de détails réside le même charme élégant et tendre qu’on observe dans la belle Madone de Prato. Sur la prédelle sont figurées une

Cliché Alinari.

ANDREA DELLA ROÔOBBIA.- — RETABLE DE LA TRINITÉ. (Arezzo, Cathédrale.)

Annonciation qui rappelle un peu celle de la Verna, une Assomption dont le thème se retrouve, analogue mais très développé, dans celle de Città di Castello, enfin une Crèche, avec l'annonce de la naissance du Christ aux bergers, dont l'atelier d'Andrea et de ses fils a donné plusieurs variantes.

Vasari n’a pas manqué de signaler, au premier rang des œuvres d'Andrea, celles qu'il exécuta pour Arezzo, notamment une décoration pour l’église Santa Maria delle Grazie, aux portes de la ville, avec une Pietà de marbre qui nous donne une médiocre idée du talent d’Andrea lorsqu'il voulait seulpter la pierre. « Dans l’église de la Confrérie de la Trinité, ajoute Vasari, au maître-autel, est &e sa main un retable où Dieu le Père soutient avec les bras le Christ crucifié, entouré d’une multitude d’anges et, en bas, de saint Donat et de saint Bernard à genoux. » Ce splendide retable, décoré de guirlandes de fruits et de têtes de chérubins, aujourd'hui dans la cathédrale d’Arezzo, fait songer à la Crucifiæion de l'Impruneta, et la tête du Christ est d’un style imité des £vangélistes de la chapelle ae L’admirable vol d’anges qui entoure le crucifix a été conçu et composé sous l'influence persistante de Luca. Bref, cette œuvre, exécutée avec amour, ne peut dater que de très peu d'années après la mort de Luca, au plus tard.

La Crucifixion du couvent de la Verna est conçue avec moins d’effusion mais exécutée avec plus de virtuosité : ce n’est plus une figuration de la Trinité, c’est un Calvaire avec la Vierge et saint Jean. De tous les grands retables

d'Andrea, c’est le mieux équilibré, le plus clair, le plus

beau de facture; mais la Vierge, Saint Jean etles deux saints agenouillés sont traités dans un sentiment un peu conventionnel, ou du moins superficiel ; Les anges, quoique admirables, n’ont pas lextraordinaire élan de ceux du retable d’Arezzo ; le Christmême d’Arezzo, plus simple d'expression, nous touche davantage. La Crucifiæion de la Verna doit être de plusieurs années postérieure à celle d’Arezzo : plus Andrea s’éloignait de l’influence de son oncle, plus la virtuosité et le goût du temps l’emportaient, en lui, sur ce charme naturel et attendri dont Luca lui avait appris le secret.

Les dernières œuvres d’'Andrea antérieures à 1500, qu'il importe de citer, sont celles qui décorent la Loggia di San Paolo, en face de Sainte-Marie-Nouvelle. Cavallucei a découvert des documents qui en datentla reconstruction, et par. conséquent la décoration, de 1490 à 1495. Les médaillons, ornés de figures de saints, incrustés dans la façade, sont traités avec un peu de sécheresse, mais quel charme y respire la sainte Rose au manteau plein de fleurs ! Sous la galerie, dans un tympan, est placée la célèbre Rencohñtre de saint Dominique et de saint François, déjà citée plus haut. L’heureuse composition du groupe et la polychromie assez riche des terres-cuites rendent l’œuvre très intéressante. Les visages et les mains, modelés avec plus de souci du détail réaliste que de Fexpression, ne sont pas émaillés : c’est la première fois qu'apparaït ce parti pris dans les terres-cuites des Della Robbia. Ici, 1l provient du désir de mieux accentuer les traits et les rides de deux

visages vieillis. Avec Giovanni della Robbia, ce parti pris

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LES DELLA ROBBIA. 115 se généralisera, mais sans se justifier autrement que par le

désir d'achever plus vite des monuments compliqués.

Andrea della Robbia eut sept fils, dont quatre au moins travaillèrent avec lui. Deux d’entre eux, Marco et Paolo, entrèrent au couvent de Saint-Mare, sous l’inspiration de Savonarole. Un autre, Luca, se confina dans des travaux de décoration presque industrielle. Girolamo, né seulement en 1488, devait émigrer en France, y orner de terres-cuites le château de Madrid et faire fortune. Un seul, Giovanni, occupe une place notable dans l’art florentin. Né en 1469, il exécutait déjà, en 1497, le si joli Lavabo de la sacristie de Sainte-Marie-Nouvelle. Évidemment, à partir des dernières années du xv° siècle, il a collaboré constamment avec son père, et comme la personnalité d’Andrea nous semble moins tranchée, plus flottante que celle de Luca, il est presque impossible de citer des œuvres de la vieillesse d’Andrea, entre 1500 et 1525, où Giovanni n'ait point de part.

Nous connaissons pourtant les dates de quelques œuvres d’Andrea, achevées au xvie siècle : la Résurrection, du couvent de San Frediano (1501) ; la Madonna dalla cintola, de Foiano (1502); la Vierge du portail de la cathédrale de Pistoie (1505), assez banale, mais entourée et couronnée par de beaux anges; la Vierge entre deux saints, de l’église Santa Maria della Quercia, près Viterbe, et d’autrestravaux à Viterbe (1508-1510) ; enfin, en 1515, l'A doration des

bergers, de Pian di Mugnone, au pied de la colline de Fiesole. Aucune qualité nouvelle n’apparaît dans ces différents bas-reliefs, où l’on trouve néanmoins beaucoup de bons morceaux. Dansla Madonna dallacintola,deFoiano.grande composition où l’on remarquera de jolies figures d’anges et, sur la prédelle, deux donateurs agenouillés, traités avec finesse et avec esprit, il est curieux de voir combien le sentiment se glace et devient conventionnel.

A Florence, sur la façade de l’ancienne église San Jacopo di Ripoli, dans la via della Scala, on voit une célèbre Hadone entre deux saints, qui appartient certainement à la décadence d'Andrea della Robbia : le sentiment ne s’y décèle plus que par une sorte de grimace figée, doucereuse et inexpressive. C’est que le talent de Giovanni della Robbia, étranger à toute sentimentalité intime, ne soutenait pas, dans la collaboration constante du père et du fils, l'inspiration première d'Andrea. Leurs préoccupations ne les portaient plus vers la recherche de ces effusions délicates qui embellissent les anges de la Crucifixion d’'Arezzo ou l’'Annonciation dela Verna. Giovanni, épris de pittoresque, cherchait surtout à imiter de plus en plus, dans ses reliefs de terre-cuite émaillée, les tableaux peints. D'ailleurs, à l’époque ou il achevait le retable de Foiano, Andrea approchait desoixante-dix ans, et lorsqu'il travaillait à VA doration des bergers de Pian di Mugnone, il avait dépassé sa quatre-vingtième année ! Ne devons-nous pas remarquer, cependant, que l’âge n’avait qu’exalté la sensibilité intime de Luca della Robbia? Celle d’Andrea, qui avait pourtant

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