POELE
LES DELLA ROBBIA. sh
chapelle Pazzi, les quatre saints de l'Impruneta, le saint Jean et le saint Luc des portes de la sacristie, il a voulu condenser en des personnages graves, aux gestes mesurés, toute la pensée religieuse, toute la piété réfléchie qu’il portait en lui, et, avec une rare subtilité, 1l a varié dixhuit fois l’individualité des saints personnages qu'ila créés, véritablement créés, corps et âmes. C’est dans les sanctuaires toscans qui les gardent et pour lesquels elles ont été conçues, qu'il faut contempler ces nobles figures, et analyser la vérité des visages, l'élégance et le naturel des draperies, la beauté des détails marquants, la simplicité expressive des gestes et ces nuances indéfinissables qui donnent tant de vie et une signification si haute à ces images songeuses, nettement différenciées et pourtant toutes de la même famille. Notons d’ailleurs que là où le sujet l'invite à introduire en son œuvre de la grâce, Luca retrouve toute sa poésie intime et charmante : l’ange qui plane à côté de saint Matthieu, le jeune saint Thomas apôtre, aux longues boucles frisées, ou encore, aux côtés du saint Jean-Baptiste et du saint Luc des portes de la sacristie du Dôme, les anges pieusement inclinés sont des apparitions d’un charme infiniment souple, qui viennent du même ciel que les Anges agenouillés sculptés par Luca quelques années plus tôt, pour Sainte-Marie-des-Fleurs.
Ce charme et cette poésie se retrouvent dans la Madone entre des lis qui, sur une des façades d'Or San Michele, sert d’armoiries à la corporation des médecins. Dans la
sobriété du décor architectonique, persiste une nuance
d’archaïsme, et c’est un motif suffisant pour ne pas reporter cette œuvre à une date postérieure aux années 1450-1455 ; d’ailleurs le geste et les mains de la Vierge rappellent de très près la Madone d'Urbin, qui est datée de 1449: il est done vraisemblable que ces deux reliefs ont été sculptés à peu d'années d'intervalle. À côté de l’exquise Madone d'Or San Michele, je citerai, sans oser affirmer qu'elle date de la même décade, une des œuvres les plus parfaites et les plus touchantes de Luca, cette Madone entre deux anges portant des lis, qui a été placée si longtemps dans la via dell’Agnolo sous un are de faïence orné de fleurons, d’oves et d’une admirable guirlande de fleurs et de feuillages. C’est au-dessus d’une des portes de la cour du Bargello qu'on admire aujourd’hui ce bas-relief d'une délicatesse divine, et 1l met dans cette cour de forteresse une singulière suavité. Si l'enfant Jésus y paraît un peu lourd, il faut aimer sans réserve la Vierge, d’une attitude et d’une expression fières, avec sa longue main fine, nerveuse et douce et d'une beauté que seul Luca a su réaliser, les anges, moins célestes peut-être mais aussi élégants etaussi purs que les anges agenouillés du Dôme, enfin dans l’œuvre entière la perfection du modelé dont toutes les nuances restent visibles sous émail. Cette Madone dela via dell’Agnolo se distingue des autres que nous avons citées par la magnifique guirlande fleurie qui l’encadre. Dans la Madone aux églantines et dans la Madone d'Or San Michele, Luca avait déjà entouré la Vierge et l'enfant de
fleurs vivantes, traitées avec un naturalisme souple et
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