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Ges quatre reliefs, — d’un sentiment plus triste que les Madones dont nous avons parlé plus haut, — sont des variantes extrêmement simples du thème le plus banal de l'art chrétien. Mais tous sont modelés avec une justesse el une suavité que l'émail n’a pas rendues moins sensibles, et surtout, la mélancolie et l'amour que respire le beau et délicat visage de la mère, la vivacité ou la tendresse de l'enfant remuent si naturellement le cœur d’une émotion si bumaine, que de telles œuvres méritent une prédilection plus spéciale encore que les Madones de Raphaël.
La Madone à la pomme et la Madone aux églantines, qui, au Bargello, occupent le même panneau, sont surmontées d’une autre Madone déjà citée par Vasari et dont la beauté est célèbre et précieuse : c’est la HMadone de San Pierino, placée autrefois «à l’église San Piero Buonconsiglio, sous le Marché Vieux, écrit Vasari, dans un arc au-dessus de la porte». Une fraîche guirlande de lis, d’anémones et d’églantines orne l'arc, la Vierge, pensive et triste, porte l’enfant et, de ses mains longues, et si belles, le soulève pour qu'il bénisse les fidèles; deux anges en plein vol adorent la Vierge, les mains jointes; la Hadone de S'an Pierino doit être contemporaine des médaillons de Cluny, et antérieure aux quatre Madones douloureuses que j'ai groupées ci-dessus. Il y à encore au Bargello une Madone entre deux anges dans une couronne de fleurs, qui rappelle la Madone de San Pierino: la mère, l'enfant et : les anges y sont auréolés d'or. Quoique l’ensemble soit
charmant, le geste familier de Jésus et la couronne exécutée
hâtivement indiquent qu'il faut voir dans ce médaillon une œuvre d'atelier, qui n’est pas tout entière de la main du maître. On peut voir encore la main de Luca dans la belle Madone n° 28 du Bargello, dans la Madone Viviani della Robbia, dans la Madone Piot (collection E. André) et peutêtre dans celle du Metropolitan Museum de New-York. Mais 1l faut se défier des autres Vierges qu'on lui a attribuées et que je ne cite pas ici: certains critiques ont encombré son œuvre de bas-reliefs de second ou de troisième ordre, imités parfois de ses compositions originales, et ces fausses attributions nuisent à sa gloire.
La Madone de San Pierino, qui date sans doute des environs de 1465, est toute empreinte de mélancolte. La douloureuse Crucifixion de l'Impruneta et les quatre petites Madones que je crois contemporaines des travaux de lImpruneta ont dû être exécutées à une date très voisine de 1470. Le génie de Luca s’y montre de plus en plus sensible à la grave tristesse et au pathétique contenu ou déchirant du drame évangélique. Mais ses dernières œuvres, les quatre Evangélistes de terre-cuite émaillée polychrome, qui décorent la voûte de la chapelle des Pazzi, sont dessinés et modelés presque avec âpreté et en tous cas dans un extraordinaire sentiment de grandeur.
A Venise, à la voûte d'une chapelle de l’église San Giobbe, sont incrustés cinq médaillons de Luca della Robbia, bordés de riches couronnes de fruits. Quatre de ces médaillons figurent les quatre Evangélistes et entourent le
médaillon central où l’on voit Dieu le Père, de face, entre
Cliché Alinari.