‹ Les Della RobbiaChapitre 7 sur 11 · LUCA DELLA:ROBBIA. — MADONE A LA POMME · texte numérisé non relu

LUCA DELLA:ROBBIA. — MADONE A LA POMME

(Florence, Bargello.)

des têtes de chérubins. Andrea della Robbia a collaboré sans doute à cette œuvre fort riche, mais la fermeté du style, la belle sévérité des figures attestent que Luca en est l’auteur principal. Or, San Giobbe a été commencé en 1462; cette chapelle (la seconde du côté de l'Evangile) a été décorée tout entière par des Florentins; les médaillons de Luca della Robbia sont done évidemment postérieurs à 1470. Comme ils offrent avec les Zvangélistes de la chapelle des Pazzi une analogie évidente, ceux-ci doivent être datés des dernières années de la carrière de Luca. Cette analogie paraîtra plus nette encore dans certains détails (les attributs des Evangélistes, leurs tuniques, leurs auréoles, ete.) que dans l'ensemble, car Luca s’est refusé à se répéter et a voulu adapter ses médaillons aux voûtes auquelles ils étaient destinés : le style cependant, plus raide, plus mâle que dans les œuvres antérieures, est à peu près le même dans les deux séries. Ainsi done, les Ævangélistes de la chapelle des Pazzi constituent bien le chef-d'œuvre de l'extrême vieillesse de Luca della Robbia, et il n'y a pas lieu de tenir compte des hypothèses de quelques érudits, qui, surpris par le style plus rude de ces graves figures, les ont ou attribuées à Brunellesco, ou datées de la première jeunesse de Luca, ou encore des environs de 1443. Et pourtant, comment, des deux seules sculptures encore archaïques que Brunellesco a laissées, ürer un argument sérieux pour luiattribuer par comparaison ces terres-cuites émaillées et polychromes (à moins d'admettre avec M. André

Michel que Luca s’est inspiré d’une maquette laissée par

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Brunellesco) ? ou comment prétendre que Luca les a exécutées avant la Cantoria, alors que Brunellesco n’a commencé à bâtir la chapelle des Pazzi que vers 1430? ou, enfin, comment admettre que des œuvres si serrées, si puissantes, si austères aient été conçues entre la Cantoria et les anges agenouillés de la sacristie du Dôme, entre le tabernacle de Peretola et la Madone d’Urbin ? Si, d’ailleurs, l'influence de Donatello sur. ces médaillons n’est pas miable, c'est le style de Donatello vers 1460 et après 1460 que Luca a voulu imiter, le style du saint Jean de Venise et du saint Jean de Sienne, le style qu'on retrouve dans la Madone polychrome de Donatello (ou de son école) que possède le Louvre; enfin, pour achever, s'il en est besoin, la démonstration, notons qu'Andrea della Robbia a imité à son tour le style de ces Évangélistes dans le Christ et le Père éternel de sa Crucifixion d’Arezzo, exécutée, probablement, entre 1480 et 1490.

La vive polychromie de ces grandes figures assises sur des nuées déconcerte un peu, il faut l'avouer, ceux qui pénètrent dans la chapelle des Pazzi, bien que la hauteur à laquelle elles sont placées et la chaude clarté du soleil florentin en rachètent la crudité. Nous ne nous accoutumons que lentement à ces visages aux chairs blanches ou grises, encadrés de chevelures et de barbes lourdes — noires ou blanchissantes, — à ces vêtements verts, jaunes, bleus, blancs, à cet éclat même de l'émail. Pourtant tout est modelé ici avec une science, une simplicité, une précision

très frappantes. Le visage du saint Jean est à lui seul une

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