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œuvre admirable de vie et de pensée. Quant à l'ange aux cheveux blonds qui veille à côté de saint Matthieu, son visage blanc et si pur, ses grandes ailes blanches qui battent, son attitude si légère au-dessus du nuage qui cache le bas de sa robe, nous séduisent sans effort : même là où Luca a voulu se montrer vigoureux et sévère, il a retrouvé toute sa grâce naturelle, pour créer une de ces jeunes apparitions recueillies qui respirent tant de poésie et de pureté.
Avec les Evangélistes de lachapelle des Pazzi, nous avons épuisé l’énumération des œuvres de Luca della Robbia. Il reste pourtant à parler d’une assertion de Vasari souvent discutée ; en effet, après avoir cité les beaux carreaux émaillés du monument de Federighi, Vasari ajoute : « Peu de temps avañt de mourir, Luca avait commencé à faire des compositions et des figures peintes à plat, et dans le temps j'en ai vu quelques morceaux dans sa maison qui me font croire que ce procédé lui aurait réussi facilement. » Vasari a vu certainement, comme il le dit, des œuvres de ce genre, puisqu'il en existe encore. Seulement n’aurait-il pas pris des œuvres de l'atelier d'Andrea et de Giovanni pour des œuvres du maître? Les médaillons des douze mois (au South Kensington Museum), qui sont de ces tableaux peints sur faïence que décrit Vasari, ne sortent même pas de l’atelier des Della Robbia, leur style le prouve surabondamment. Mais le Père éternel adoré par deux anges, peint de la même façon, sur un tympan de terre-cuite émaillée décoré
d’une guirlande (au musée de l'OEuvre du Dôme), se rap- O
proche assez sensiblement des médaillons de San Giobbe et de la voûte de la chapelle Pazzi. Le vêtement des anges, pourtant, diffère de la longue tunique que Luca donne à tous ceux qu'il a sculptés, et ressemble aux tuniques que les Pollajuolo et Botticelli mirent à la mode ; d'autre part, dans les frontons qui surmontent plusieurs de ses retables, Andrea della Robbia a repris en bas-relief le même thème, dans un style moins mâle, 1l est vrai; bref, cette œuvre curieuse ne saurait guère être assignée à Luca plutôt qu'à l’un de ses neveux. Etsi même il était prouvé que c’est bien Luca qui la peinte, elle nous montrerait qu'il n’était pas
né aussi grand peintre que grand sculpteur.
Tous ces chefs-d'œuvre, pénétrés de pensée et de vie mais si simples, si nobles, si clairs, que nous avons vu Luca della Robbia sculpter dans le marbre ou modeler dans l'argile, diffèrent de la plupart des œuvres florentines du xve siècle par la pureté même qui les rend si belles. Si nous cherchons où peut résider, à Florence, quelque chose de la même beauté naïve et sûre et du même tendre sentiment, nous ne le trouverons que dans les admirables sculptures d'Andrea Pisano et de Nino, dans les figures d’anges d’'Orcagna, et aussi dans les anges que Lorenzo di Giovanni d’'Ambrogio a sculptés, à l’aube du xv° siècle, pour une porte
de Sainte-Marie-des-Fleurs ; nous le trouverons même, si
Clichés Alinari.
ANDREA DELLA ROBBIA. — MÉDAILLONS DÉCORANT LA FAÇADE DE L'HOPITAL DES INNOCENTS A FLORENCE.
nous le cherchons avec quelque souci, dans certains morceaux simples et délicats de Nanni di Banco, que du moins Luca a connu dans sa jeunesse. Seul, eneffet, des sculpteurs qui ont vécu dans Florence en même temps que Luca, Nanni di Banco, mort en 1421, a, avec Luca, quelques afinités fugitives. L'influence de Ghiberti sur Luca n’est plus, depuis Baldinueci, affirmée par personne, et si l'on surprend un vague souvenir des Portes du Paradis dans les portes de la sacristie du Dôme, c’est probablement Michelozzo plus que Luca qui l’y a imprimé. Quant à l'influence de Donatello — dont le génie si multiforme, si varié à rayonné dans toutes les directions, — nous ne l'avons aperçue nettement que dans la dernière œuvre de Luca. C'est seulement dans ses décorations architecturales, que Luca, en imitant volontairement Brunellesco et Michelozzo, a montré une originalité moindre. Quant à ceux deses contemporains plus jeunes que lui, qui ont porté la sculpture florentine vers un idéal nouveau de raffinement décoratif et de préciosité technique, —les Rossellino, Desiderio da Seltignano, Mino da Fiesole, Giuliano et Benedetto da Majano, — ils ont imité certaines délicatesses de Luca, mais Lucane leur à rien emprunté. La tombe de Lionardo Bruni, à Santa Croce, a été sans doute achevée par Bernardo Rossellino un peu avant que Luca ne terminàt son tombeau de Federighi :
les statues funéraires de ces deux monuments, couchées dans l'attitude du sommeil, ont été souvent rapprochées, mais elles ne se ressemblent que parce qu'elles ont été
conçues toutes deux dans la tradition gothique ; le sommeil
de Federighi est plus transparent, plus calme et plus religieux encore que celui de Lionardo Bruni; l’exécution, plus sobre dans l’œuvre de Luca, n'y est pas cependant moins belle que dans admirable chef-d'œuvre de Bernardo Rossellino. Quant à l’originalité de la partie décorative du tombeau de Federighi, il est inutile de la souligner.
Ainsi Luca della Robbia, qui à toujours été infiniment sincère mais qui n’a jamais visé à l’originalité, reste l’un des plus originaux des grands artistes du quattrocento. Il l’est avec une telle simplicité de moyens que cette originalité intime ne frappe pas les observateurs hâtifs ; ou bien ils la limitent à l'invention etau savant usage de la céramique émaillée et de la polychromie. D'ailleurs, cette invention demeure évidemment un des mérites essentiels de Luca. L'aspect criard et déplaisant de beaucoup des terres-cuites émaillées ou même vernissées de l'atelier des Della Robbia au xvi* siècle, nous permet de juger par comparaison tout le mérite du maître qui, en découvrant les procédés d’application des émaux stannifères aux reliefs de terre-cuite, sut : du même coup en deviner la valeur décorative dans l’architecture, et donner lui-même des exemples parfaits d’'unedécoration semblable : les bas-reliefs quisurmontent, au Dôme de Florence, lesportes desdeux sacristies, les médaillons de la chapelle des Pazzi, et surtout les admirables médaillons polychromes incrustés dans les glorieuses façades d'Or San Michele nous font-juger la sûreté et la délicatesse de son goût et toute la force de son esprit créateur et novateur.
Mais combien peu de semblables mérites, si grands qu'ils
Cliché Alinari.