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VOUTE DE LA CHAPELLE DU CRUCIFIX A S. MINIATO A FLORENCE

LUC A DELLA ROBBTA.

CARACTÈRES GÉNÉRAUX

T lue a délia Robbia, plus jeune de quelques années que Gbiberti et Donatello, fut leur disciple, et dans une certaine mesure chercha à concilier leur pensée et la forme de leur art. De Ghiberti il tient le sens de Uharmonie des lignes et de la pureté des formes. Comme lui, il aime surtout les figures jeunes, il s’attache à exprimer les sentiments les plus tendres et, par le fond de sa pensée, il lui ressemble plus qu’il ne ressemble à Donatello. Moins ardent, moins violent, moins audacieux que Donatello, il n’interroge pas la nature avec la même volonté de lui être fidèle, même dans ses irré-

gularités. Il ne sent pas aussi violemment et n’éprouve pas le besoin de tourmenter les lignes, les vêtements et les formes du corps pour ]eur faire suivre les ardeurs d’une passion impétueuse. Il n’est pas aussi inventif, et ne promène pas son esprit inquiet à travers toutes les routes. Et cependant, si nous ne nous attachons qu’aux formes extérieures de l’art, il semble qu’il ait plus subi l’action de Donatello que celle de Ghiberti. C’est à Donatello qu’il emprunte, dans les bas-reliefs du Campanile, le motif de la Discussion entre philosophes; dans la Cantoria , l’ordonnance générale de certains groupes d’enfants ; c’est à Donatello et non à Ghiberti qu’il emprunte encore la manière de traiter le bas-relief et de repousser par les mêmes moyens les figures au second et au troisième plan ; c’est de Donatello enfin qu’il s’inspire dans la porte du Dôme en adoptant, comme Donatello l’avait fait à Saint Laurent, le parti de décorer sa porte par l’emploi d’un petit nombre de figures et par la répétition d’un même motif.

Si Luca délia Robbia s’est inspiré des œuvres de Ghiberti et de Donatello, il ne saurait en rien être considéré comme un simple imitateur, et il faut nous hâter de dire qu’il est rapidement parvenu à créer une forme d’art qui lui est bien personnelle. C’est pour cela qu’il mérite d’être classé parmi les plus grands génies de l’art italien, aux côtés mêmes de Ghiberti et de Donatello. Il est le dernier des grands inventeurs du XVe siècle. Après lui on vivra sur les formules acquises et, jusqu’à Michel-Ange, plus rien d’essentiel ne sera découvert.

Voyons ce qu’il a fait. Tout d’abord nous constatons dans son œuvre l’absence de grandes statues. Par

CARACTÈRES GÉNÉRAUX

là nous assistons au début d’un âge nouveau. Cette grande statuaire, qu’avaient fait naître l’architecture romane et l’architecture gothique, va disparaître en Italie le jour où apparaît le style architectural de la Eenaissance. Il est fort intéressant d’observer que la première conséquence de l’influence antique sur l’art, italien a été la destruction de la grande statuaire, de cette statuaire qui dans les premières années du XVIe siècle, sous une nouvelle action de l’antiquité, redevint si florissante. D’où il s’ensuivit qu’une interruption d’un demi-siècle environ sépara l’art gothique de l’art de la Eenaissance. Lorsque Michel-Ange, sous l’influence des statues antiques réunies par les Médicis, voulut faire revivre l’art de la grande statuaire, il dut faire table rase de l’art de ses prédécesseurs immédiats, oublier Luca délia Eobbia, Desiderio, Mino, Pollaiolo, Benedetto da Majano, pour reprendre la tradition là où Donatello l’avait laissée.

Avec Luca délia Eobbia, c’est l’art du bas-relief qui va prédominer et régner, pendant un demi-siècle, sur toute l’Italie. Luca ne renonce pas seulement à la grande statuaire, il va encore restreindre le rôle du bas-relief et supprimer les compositions historiques. Entre ses mains l’art subit donc une diminution réelle. Voyons ce qu’il va gagner.

Luca délia Eobbia renonce aux scènes compliquées, au mouvement des foules, à la représentation des monuments et des paysages, pour ne conserver qu’une ou deux figures dans son bas-relief. Le premier avantage de cette forme d’art est de lui permettre de donner une importance toute spéciale à la silhouette du corps humain. Dans le bas-relief historique, la silhouette

LUCA DELLA EOBBIA.

générale est un produit factice ; et, clans la complication, dans l’enchevêtrement de toutes les formes, le dessin particulier de chacpie figure s’efface et perd toute son importance. Dans le bas-relief de Luca délia Uobbia, la forme individuelle va prédominer et s’imposer à l’œil comme dans une statue. Mais, en agissant ainsi, Luca voulait surtout atteindre un deuxième but qui était de concentrer l’attention sur le visage luimême. Pour cela, non seulement il limite le nombre des personnages, mais le plus souvent il les représente à mi-corps. Par cette recherche expressive, il appartient bien plus à la lignée de Donatello qu’à celle de Ghiberti; mais là où Donatello avait cherché le mouvement, la violence, le drame, Luca ne voit que tendresse et sourires, et jamais il ne songe à sacrifier la beauté physique à l’expression de la pensée. On peut dire de lui que nul n’a eu au même degré le désir d’exprimer des pensées plus pures dans des formes plus belles.

Les êtres qu’il observe sont les plus sensibles et les plus beaux, la femme et l’enfant. La femme, que Donatello n’avait pas regardée, que Ghiberti avait surtout observée dans le charme de sa silhouette, Luca l’apercevra dans la grâce attirante de son sourire et de son regard. L’enfant, que Donatello avait considéré comme un être bruyant et agité, sera pour Luca la fleur idéale de la création, l’être doué de toutes les perfections, qui plus que tout autre fait tressaillir notre cœur et suspend notre vie à la sienne. Il a aimé les enfants comme, seules, les mères savent les aimer.

Comparé à l’art de ses prédécesseurs, aux problèmes si vastes qu’ils ont étudiés, aux idées innombrables

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qu’ils ont cherché à exprimer, peut-être pourra-t-on penser que Luca délia Robbia a trop restreint le champ de l’art. C’est possible, mais il n’en est pas moins vrai que, dans le domaine de l’art tout entier, nulles figures ne nous hantent plus obstinément que les Vierges de Luca, et ne nous inspirent des sympathies plus profondes. Il y a de plus grands maîtres que lui, il n’en est pas que l’on puisse aimer davantage.

ARMOIRIES DU CONSEIL DES MARCHANDS à Or San Michèle.

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