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BAS-RELIEFS DE LA CANTORIA

.^Vprès avoir déterminé les traits généraux du caractère de Luca nous allons étudier ses œuvres une à une, en les divisant en trois groupes : 1°, les œuvres datées ; 2°, les œuvres non datées ; 3°, les Madones.

§ 1er. - ŒUVRES DATÉES.

Le plus ancien travail dont nous connaissions la date est la Cantoria du Dôme de Florence.

Toutes les parties de cette œuvre n’ont pas la même valeur, et l’on peut y remarquer de notables différences, provenant de ce fait, qu’ayant été commencée en 1431, elle n’a été terminée qu’en 1440. Mais, malgré ce manque d’unité, malgré l’infériorité des premiers reliefs exécutés, cette œuvre a des qualités exceptionnelles, et elle est une des plus significatives du génie du maître.

Pour en comprendre toute la valeur, il faut la comparer à la Cantoria de Donatello. Dans la concep-

ŒUVRES DE LUCA

tion générale, dans l’ordonnance de l’architecture, Donatello se montre plus pompeux, plus brillant, plus fort, mais Luca a plus de finesse et plus de mesure. De même, dans ce tourbillon de figures qui s’agitent autour de sa Cantoria, Donatello fait preuve d’un entrain, d’une verve, d’une exubérance enfiévrée ; mais, dans l’œuvre plus calme de Luca, on admire plus de grâce et en même temps des inventions plus variées. Il est vraisemblable que Donatello, plus pressé de commandes que Luca, ne consacra pas à son œuvre autant de temps que son concurrent. Eeprenant un motif dont il s’était déjà servi à Prato, il entoura sa Cantoria d’une ronde d’enfants dansant, s’attachant à exprimer une seule idée, le mouvement. Certes, l’œuvre est merveilleuse, et le génie de Donatello, avec l’expression d’une seule pensée, a créé un exquis chef-d’œuvre. Mais combien Luca se montre ici, sinon plus grand, du moins plus intéressant, plus varié dans ses recherches, plus captivant par les nombreuses pensées qu’il exprime !

Luca eut l’heureuse idée de prendre comme thème un des plus beaux psaumes de l’ancien Testament; et par cela seul il se montra supérieur à Donatello, dont le motif d’enfants dansant était bien vulgaire comparé aux motifs empruntés par Luca au poème de David.

Sur la frise de sa Cantoria, Luca copie le psaume tout entier :

Laudate Dominum in sanctis ejus: lauÿate eum in firmamento virtutis ejus .

Laudate eum in virtutïbus ejus: laudate eum secundum multitudinem magnitudinis ejus.

Ces deux premiers versets sont gravés sur la frise supérieure, et ils sont interprétés par les deux bas-re-

liefs latéraux, représentant des chœurs de jeunes gens qui chantent les louanges du Seigneur.

Et sur les deux frises inférieures il inscrit la fin du poème :

Laudate eum in sono tiibæ : laudate eum in psalter.io et cithara.

Laudate eum in tympano et choro: laudate eum in cli or dis et organo.

Laudate eum in cymbalis benesonantibus : laudate eum in cymbalis jubilationis : omnis spiritus laudet Dominum.

J’ai souligné les huit mots correspondant aux huit bas-reliefs de Luca, qui, placés sur deux rangs, décorent la partie antérieure de la Cantoria.

Quatre bas-reliefs sont placés entre les consoles. Ils représentent un Chœur d’enfants et des enfants jouant de Y Orgue, et comme le psaume indiquait deux motifs de cymbales, Luca emploie d’un côté les Cymbales proprement dites et de l’autre des Tambourins .

Le plus simple des reliefs est celui du Tambourin . Un enfant debout, ayant au cou une grosse guirlande qui lui descend sur la poitrine, est placé au milieu du relief, ayant à chacun de ses côtés trois enfants symétriquement disposés. Les enfants sont presque complètement nus et la lourdeur des formes et le modelé sommaire des nus font songer à l’art de J. délia Quercia et de Michelozzo.

La même symétrie, la même pauvreté dans l’art de composer, et la même insuffisance dans le dessin des formes, apparaissent dans le relief de VOrganum .

Plus savant est le Chœur d’enfants , dans lequel Luca représente une ronde de jeunes enfants qui chantent, indiquant très habilement la position des chanteurs et le mouvement de leur ronde.

ŒUVRES DE LUCA

Cette recherche du mouvement est encore plus sensible dans le relief des Cymbales.

Dans ces quatre reliefs, que je considère comme ayant été faits les premiers, les figures sont presque entièrement nues, tandis que dans les reliefs suivants nous verrons Luca employer surtout des figures vêtues.

Le grand charme de cette œuvre n’est pas dans la beauté des nus, ni dans le style des figures, mais dans la délicatesse du sentiment et l’observation naïve de la nature.

Dans les deux bas-reliefs latéraux représentant les Chanteurs , l’intérêt est dans l’étude de la mimique du chant, dans la curieuse observation du mouvement des lèvres ouvertes, dans l’effort d’attention de toutes ces jeunes intelligences si complètement absorbées par ce qu’elles font. Comme Donatello, Luca montre ici quelles ressources l’art peut trouver dans l’observation sincère de la réalité et jusque dans la reproduction de gestes qui semblent le plus opposés à la recherche du rythme des formes. Cette étude de chanteurs, avec la bouche ouverte, est si difficile à faire qu’après Luca aucun sculpteur n’a eu l’audace de recommencer une semblable tentative.

Les quatre reliefs qui décorent le corps même de la Cantoria sur sa face antérieure sont de beaucoup

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