MADONE D’URBINO
des compartiments de la Porte du Dôme.1 Il suffit de la comparer avec la Vierge d’Urbino pour constater qu’elle est d’époque antérieure; on le jugera d’après le style des draperies qui ont de la raideur et qui collent trop uniformément sur la poitrine ; les plis en sont un peu conventionnels et, en particulier, le pli curviligne du bas de la robe rappelle encore le style gothique et la première manière de Ghiberti. Mais l’enfant surtout est d’un art peu avancé ; assis sur les genoux de la
1 Voir la gravure à la page 38.
ŒUVRES DE LUCA
Vierge, son corps semble cassé en deux; le buste est trop gros et n’a pas de souplesse. Toutefois le caractère général de cette Madone n’est pas très différent de celui de la Madone d’Urbino. L’enfant Jésus tient d’une main un rouleau de papier et il bénit de l’autre ; la Vierge heureuse contemple son fils. Le sentiment est grave et profondément religieux. On remarquera que l’enfant Jésus est à moitié vêtu.
Cette Vierge s’emplace donc entre 1446, date des premiers travaux de la Porte, et 1449, date de la Madone d’Urbino.
Par comparaison avec cette Madone, la date d’une autre œuvre nous sera connue. C’est la Vierge aux roses du Bargello. 11 suffira de les rapprocher l’une de l’autre vierge aux roses
pour voir leur analogie. du Musee Natlonal*
La différence est que l’enfant Jésus de la Vierge aux roses ne bénit pas. Le sentiment est plus familier. Il tient d’une main une pomme et de l’autre il cueille des roses. L’enfant ici est complètement nu et le modelé du corps est devenu plus savant. Le manteau de la Vierge, un peu ouvert, dégage plus nettement la poitrine et, dans le bas, les plis sont plus savamment ordonnés, plus larges et moins gothiques. La Vierge
aux roses, postérieure à la Vierge du Dôme, est voisine de la Vierge d’Urbino.
A l’Hôpital des Innocents se trouve une Vierge appartenant au même groupe. Le dessin des draperies sur l’épaule, la robe de la Vierge sans ceinture, la position de l’enfant Jésus, le modelé des nus, rappellent la Vierge du Dôme et la Vierge aux roses. D’autre part, l’attitude de la Vierge, son air majestueux, font penser à la Madone d’Urbino et, comme dans cette dernière, l’enfant Jésus tient l’inscription : Ego sum lux mundi. Nous sommes très vraisemblablement là en présence d’œuvres appartenant sensiblement à la même époque, mais la
VIERGE DE L’HOPITAL DES INNOCENTS. 1 1 7
pose raide et le dessin brutal de l’enfant Jésus me font considérer la Madone des Innocents comme étant, avec la Vierge de la Porte
du Dôme , la plus ancienne Madone que nous connais-
sions de Luca.
La Madone d’Or San Michèle ressemble beaucoup, au point de vue de la composition générale, à la Vierge
ŒUVRES DE LUCA
aux roses, avec cette seule différence que l’enfant Jésus est debout au lieu d’être assis. Mais une transformation profonde s’est faite dans le sens de l’affirmation de la grâce. Toutes les formes, celles de l’enfant et de la Vierge, sont devenues plus fines. L’art a perdu sa majesté et s’est orienté vers la tendresse. Les draperies sont d’une beauté exceptionnelle. La suppression du voile qui couvrait la tête de la Vierge a dégagé les épaules et rajeuni la figure; la taille est plus fine, les membres moins gros l’ensemble plus élancé; l’enfant Jésus est plus maigre, les articulations sont plus souples, et tout le travail, le dessin des plis qui descendent sur les jambes, le modelé des nus, est d’une science consommée. Evidemment nous sommes ici à une époque postérieure à celle de toutes les Madones dont nous venons de parler. Et cela coïncide bien avec la date que nous avons assignée, pour d’autres raisons, aux travaux d’Or San Michèle (de 1455