‹ Les Della RobbiaChapitre 6 sur 65 · TABERNACLE A PERETOLA · texte numérisé non relu

TABERNACLE A PERETOLA

Près de Florence.

ŒUVRES DE LUCA

minent. Mais le dessin manque encore de finesse : les figures des anges sont courtes et de formes un peu lourdes ; et c’est bien là le caractère de toutes les œuvres de cette époque. Les bras sont mal proportionnés et trop étroitement serrés par l’étoffe ; le genou descend si bas, qu’il n’y a plus de place pour la partie inférieure de la jambe. Nous sommes encore loin de la science et de la délicatesse de formes que nous admirerons dans les œuvres ultérieures. .Dans la Pietà qui décore le tympan du Tabernacle nous voyons Luca chercher à imiter Donatello, et tenter pour la première fois d’exprimer la douleur en faisant pleurer l’Ange et Saint Jean qui soutiennent le corps du Christ ; et son inexpérience se manifeste ici par une certaine raideur de traits qui fait grimacer les figures. Luca reprendra plus tard ce motif dans la Tombe Federighi, avec un style plus noble et plus savant. Au-dessus du tympan une guirlande soutenue par des têtes de chérubins décore la frise, dans une manière inspirée de Michelozzo ; et dans le soubassement du Tabernacle court une petite bordure ornementale. Cette guirlande et cette bordure sont dignes de la plus grande attention, car elles sont le premier exemple que nous connaissions dans l’œuvre de Luca de l’emploi de la terrecuite émaillée. Et la discrétion avec laquelle Luca fait ici usage de ce procédé nous autorise à croire que nous sommes en présence d’un des premiers essais du maître.

Au point de vue architectural nous retrouvons la belle et simple ordonnance de la Cantoria, avec un progrès nouveau dans la compréhension des formes de l’art antique. Les pilastres ont des dimensions plus

LUC A DELLA EOBBIA.

conformes aux règles classiques ; l’entablement est mieux ordonné : la frise ayant une importance plus grande et l’arcliitrave comprenant les trois divisions normales. Luca renonce au chapiteau ionique pour adopter le chapiteau composite, dans la forme même employée par Brunelleschi à la Chapelle Pazzi.

Les deux bas-reliefs de la Résurrection (1443) et de Y Ascension (1446), qui décorent le tympan des portes de la Sacristie du Dôme de Florence, ont une importance toute particulière dans l’œuvre de Luca. Si l’on excepte les deux bas-reliefs de l’Autel de Saint Pierre qui sont restés inachevés, et les reliefs de la Cantoria représentant des jeux d’enfants, on peut dire que ce sont les deux seules grandes compositions que comprenne l’œuvre de Luca. Sa prédilection évidente n’est pas pour les œuvres compliquées, mais pour des œuvres très simples, lui permettant de s’intéresser, avec un soin exclusif, à la beauté des membres d’une figure et à l’ensemble harmonieux de leurs lignes.

En comparant ces deux œuvres de Luca avec celles de ses prédécesseurs, nous verrons qu’ici il s’éloigne de Donatello pour se rapprocher de Ghiberti. Chez Donatello tout est subordonné à l’expression violente des sentiments, et cette recherche ardente qui donne tant d’intérêt et de force à sa pensée lui fait souvent négliger le rythme des formes. Chez Luca au contraire il y a toujours un souci prédominant de la noblesse des lignes, et de même que la fougue et le désordre de la composition s’adaptent admirablement aux idées que Donatello veut exprimer, pour celles de Luca il fallait la simplicité, le calme de la composition et la pureté du style.

ŒUVRES DE LUCA

beaux ornements de feuillage qui tiendront plus tard une si large place dans son œuvre. De même, reprenant une des idées les plus charmantes de Ghiberti,1 il dispose autour du Christ des figures d’ Anges volant dans le ciel ; donnant ici le premier exemple d’un motif que nous retrouverons fréquemment dans ses œuvres et

1 Crucifixion de la première Porte du Baptistère. — Naissance d’Ève de la seconde Porte. — Baptême du Christ des Fonts baptismaux de Sienne.

Dans le bas-relief de la Résurrection Luca, suivant d’assez près la Résurrection de la première Porte de Ghiberti, groupe symétriquement les gardiens endormis et il décore le fond de la scène avec un palmier et un laurier, empruntant à Ghiberti l’idée de ces

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