CHAPITRE II
En abordant cette difficile question, nous tenons à préciser que nous ne poursuivons pas un but de prévision des .phénomènes, que nous rejetons le dessein, pour le moment au moins, de dégager des lois; nous cherchons seulement à expliquer autant qu'il est possible, les phénomènes, — pour cela nous examinons les faits sociaux, tels que les livre l'observation.
Les documents, aussi bien ceux que nous offre l’histoire. des institutions, que ceux qui sont tirés des règles de droit actuelles, nous fournissent des renseignements sous deux formes très différentes : tantôt, 5ls présentent des matériaux d’aspect en quelque sorte primitif que l’on peut provisoirement tenir pour élémentaires; tantôt, au contraire, ils se bornent à nous désigner des blocs de matière sociale sous des vocables dont nous avons tout à l’heure souligné la confusion. Dans la première classe on rangera les déterminations précises de la pensée politique. Par exemple, pour la période de la Révolution que nous avons étudiée, il s'agira d’affirmations comme celles-ci : l impôt doit être consenti, les hommes sont libres d’aller et de venir, le territoire français est libre, ete. D’une façon générale, tous les droits publics nouveaux prennent place dans cette classe. Ÿ figureront de même, pour le droit actuel, toutes les règles ou définitions précises rencontrées dans les codes et dans les lois; ainsi rentre dans cette rubrique la définition du délit de faux- -monnayage, celle de certains contrats du droit
civil, comme la vente, le commodat, l’usufruit. En droit administratif toutes les lois d'organisation comme la loi municipale, abondent en règles de cette espèce. Dans l’ordre politique on citera : les attributions du Président de la République, le mode d'élection des Chambres dans notre constitution actuelle, ete. Dans l’ordre international, on donnera comme exemple les prescriptions formelles d’un traité, les spécifications des listes d’objets de contrebande de guerre, etc. D'une façon générale appartiendront à la première catégorie toutes les affirmations circonstanciées du discours : arguments, qualifications diverses, simples notations par lesquelles la pensée sociale s’explicite quelque peu elle-même. Nous proposons de désigner ces éléments — qu’encore une fois nous considérons comme chargés d’une idée relativement primitive, que parce que les documents ne permettent pas d’aller au delà — par la notation f.
Lorsqu'on se souvient du caractère très complexe des ensembles de pensée sociale que nous avons analysés soit 101, soit dans la thèse principale, on comprendra que les notations fa. fn pourront désigner les objets les plus différents, objets juridiques, historiques, économiques, éléments de faits, sentiments, ete. Cette multiplicité des sens de f en est la caractéristique. Si nous étions dans le domaine des quantités pures, nous dirions que f représente l’unité, mais ici, comme on va bientôt le voir, l'expression n’aurait que la valeur d’une image.
Quoi qu’il en soit, si l’on considère qu’un très grand nombre de faits nous sont présentés dans l’expérience — par ce mot nous entendons les textes, et plus généralement toutes les affirmations de l’homme sur sa propre pensée sociale sous quelque forme qu’elle se présente —— accompagnés par un nombre variable de jugements, on voit immédiatement que tout fait social À est déterminé par un certain nombre de symboles.