VII-26 De
On emploie également l’idée d'intérêt public à laquelle s'associe, nous l'avons montré tout le long de notre thèse principale, un si grand nombre d'idées, de sentiments et de faits. À propos du droit de propriété privée, lorsqu'il s’agit d'augmenter la production du salpêtre, on dira :
«L'intérêt public est le seul motif qui puisse jamais déterminer des législateurs à limiter les droits sacrés de la propriété; mais lorsqu'il s’agit de cet intérêt, le premier des devoirs dans l’ordre social est d’y faire concourir les propriétés particulières. Les contributions elles-mêmes ne sont qu’un sacrifice des propriétés particulières à la dépense commune. S'il est donc démontré que le salpêtre, essentiel pour assurer la défense de l'empire, ne peut être recueilli avec assez d’abondance sans fouiller dans les bâtiments particuliers, quel serait le citoyen ami de la patrie et de la liberté qui pourrait se refuser à ces fouilles... Tout ce qui peut concourir à la défense de l’empire est un devoir sacré pour les bons citoyens, et la loi qui prescrit ce devoir doit être dans tous les cœurs (1). » no
Dans toutes ces hypothèses, c’est l’extrême mobilité des objets de la mentalité sociale qui permet l’introduction des tierces positions de pensée.
S1 on représente les faits contradictoires guerre-paix, hibertécontrainte, chacun par un signe L, la tierce position, constitution-liberté qui est une idée complexe, sera notée également L, mais on voit que ce dernier L s’explicite par toute la série des liaisons d’idées et de sentiments précédemment décrites qui sont inséparables du thème constitutionnel, et dont les pétitions, reproduites dans la première partie de ce travail pour l’étude des interférences, montrent la filière.
Dès lors, la tierce position L, peut s’exprimer encore par la formule qui représentait l’équivalence des L et des f.
ee À
(1) Rapport sur les moyens d'encourager les manufactures de poudre et salpêtre en France. Fait au nom du Comité de l'ordinaire des finances, le 7 mai 1792, par A.-D. Larron, président du Comité des finances et député de la Gironde. Arch. nat. AD xvrrra. 42. 4, p. 10, 11.
Le fragment de pétition suivant où l’on voit les idées. et les sentiments s’accoler à la constitution illustre bien ces aflirmations
€ Le peuple français se prépare à faire la guerre pour maintenir sa Constitution et faire respecter ses droits aux tyrans.… et leur apprendre que la liberté et l'égalité sont la base inébranlable sur laquelle repose et reposera toujours le bonheur des nations (1). »
Un texte tiré d’un mémoire de Kersaint sur le recrutement de l’armée de mer nous offre encore un retournement de pensée analogue, explicable par les mêmes procédés.
Dans les Vues sur la constitution et l'administration de la puissance maritime (2) de Kersaint, on lit que « c’est un principe des peuples libres que chacun y naît soldat de la patrie. Ce n’est donc point une servitude que d’être obligé de la défendre lorsqu'elle est attaquée. Cette idée semblerait justifier les «classes » en ce qu’elles sont nées du principe de l’obligation du service personnel; mais sinous examinons cette institution dans ses détails, son régime compliqué, ses dispositions tyranniques, elle ne nous offrira plus qu’une violation odieuse des Droits de l’homme et l’attentat le plus crimmel du despotisme ministériel contre la liberté individuelle. »
Le système ancien est donc condamné, mais on assiste au renversement de pensée suivant :
« Cependant je sais qu'il faut assurer l'armement de l’armée navale et la défense des côtes..…."Voulant à la fois conserver à l’État le secours de ses précieux services [de la milice issue des « classes »] et rétablir cependant les marms et les habitants des côtes dans leurs imprescriptibles droits..…., voulant par le présent décret les rappeler tous et chacun d’eux aux droits sacrés et inaliénables qu’ils ont à la liberté comme Français et comme citoyens d’un État où nul ne peut être Sin soumis qu'aux lois générales émanées de la nation
(1) Pétition de Michelot, faubourg Saint-Honoré, s. d. pre nat. C. 142, 151- 11524411 (2) Vues sur la constitution et Padn uitration de la puissance maritime adressées à l’Assemblée Nationale par M. DE KErsainr, chef de division des -armées navales, Paris, 6 novembre 1789. Arch. nat. D xvr, 14. 43. 1.
par la voie du corps qui la représente; mais regardant comme un principe incontestable que tout citoyen d’un État libre apporte en naissant l’obligation de vivre et de mourir pour la patrie. et qu’en quelque lieu que le sort l’ait placé, il doit y combattre pour sa défense, l’Assemblée Nationale déclare que les habitants des côtes jusqu’à quatre lieues du rivage demeureront spécialement chargés de la défense publique sur les côtes et sur la mer, à bord des vaisseaux de guerre de la Nation. »
Ce texte nous donne un exemple d’une pensée contradictoire dont le schéma est le suivant : les « classes » violent la liberté, mais la nouvelle obligation militaire qui pèsera sur les habitants des côtes ne la viole pas.
Soit C Le fait juridique « classe », D les droits de l’homme, on a une expression contradictoire de la forme :
DC = ron Dr D
Or, la contradiction, ici comme dans les exemples précédents, est levée dans le raisonnement de l’auteur, par l’introduction d’une tierce position de pensée, qui est l’idée de liberté. C’est donc encore la grande mobilité de la pensée sociale, sur laquelle nous avons insisté, qui permet les retournements de pensée. Le phénomène et tous autres du même ordre au lieu de s’énoncer:
CD ab;
s’écrira avec notre notation.
CD = non De
qui lui donne un sens dans la logique particulière que nous étudions. |
: En effet, l'introduction de l’objet L nous avertit qu’un rapport est établi entre les deux éléments contradictoires D et. non D. Dès lors, ces deux éléments sont des déterminations devenues conformes au principe de contradiction, dans la pensée sociale du phénomène « classe »; on peut donc écrire sous la forme :
Ge pp
Les mêmes observations s'adaptent aux déclarations de Vernier sur la fraude à l'impôt
( Que dans un temps où les noms chers et sacrés de patriotisme et de patrie étaient pour ainsi dire méconnus et sans force, que dans un temps où les vraies causes et la nécessité du tribut national étaient ignorées, que dans ces temps malheureux, on ait vu un nombre de citoyens tenter par toutes sortes de voies de se soustraire à l’impôt, — ce procédé, malgré l'excès de son injustice peut se concevoir; mais que, sous l’empire de la liberté, sous le règne de la loi, lorsque la nation s'impose elle-même des tributs proportionnés à ses besoins, dont on connaît le motif, la Justice et la nécessité, on trouve encore des gens qui cherchent à éluder l’impôt, et à rendre plus pesant pour d’autres le fardeau qu’ils devraient partager, — voilà ce que l’on ne concevra jamais (1). »
Ici encore, une pensée contradictoire est établie : en opposant despotisme et liberté, Vernier oppose quelques-unes des pratiques qui escortent chaque principe de gouvernement. Si le régime despotique s’accompagnait de la fraude fiscale, le régime de liberté doit s’accompagner d’un paiement honnête de l'impôt. Le phénomène fraude se présente donc sous la forme :
HER = mon À;
et la tierce position réside dans les idées de liberté, de loi, de consentement de la nation à l'impôt.
3.— Le rôle créateur des retournements de pensée et des jugements contradictoires.
On aurait encore une idée incomplète de la fécondité des liaisons d’idées et des retournements qu’elles permettent, si on ne remarquait pas que ces retournements mettent sur la voie
(1) Nouveau plan de finances et d’impositions par M. Vernier, député d’Aval en Franche-Comté, 1790. Arch. nat. AD xvrrre. 51. 6. p. 18.
de glissements de pensées plus étendus qui aboutissent à des créations d'idées nouvelles.
C'est ainsi que le retournement de pensée opéré sur l’idée de guerre, grâce à la tierce position de liberté, conduit à une conception de la guerre de conquête (alors que le retournement en lui-même n’impliquait qu’une guerre défensive), comme on le voit dans une pétition comme celle-ci :
« Notre divinité, la liberté, précède nos guerriers et leur ouvre la route en pourchassant devant elle l’esclavage, fille chérie des tyrans. Elle crie aux Français : Avancez, avancez, l’univers est à moi, je le tiens de la nature, rétablissez-y mon empire (1).
La cause de ce phénomène doit être cherchée, il semble bien, dans l'intensité accrue dés sentiments d’enthousiasme qu'éveille l’idée de liberté elle-même, et dont les franges de représentations associées qu’on à pu voir dans les fragments rapportés au début de ce travail, nous expliquent le pouvoir créateur.
Dans les textes de Kersaint et de Vernier, la tierce position sert aussi à préparer comme conclusion du déroulement de pensée, une idée nouvelle : il s’agit d’une notion juridique très importante — celle d'égalité devant les charges publiques. De même, dans d’autres textes, on remarque un développement des notions constitutionnelles obtenu par le même procédé de pensée. Ainsi dans les pétitions qui concernent la Patrie em danger, la notion de constitution sert le plus souvent de pivot à des liaisons qui conduisent de l’idée constitutionnelle de souveraineté nationale à celle, révolutionnaire, de souveraineté du peuple. « Le moment où la Constitution d’un peuple libre est en péril, lit-on, par exemple, est aussi le moment où le souverain reprend tous les pouvoirs qu’il a confiés (2). » Il n’est pas question alors de représentation nationale, mais de
(1) Offrande patriotique de la commune de Vaugirard (département de Paris), s. d. Arch. nat. C. 153. 284. 7.
(2) Adresse des Amis de la constitution de Sant ean- d'Angély, 21 juillet 47922 Arch. nat. D xz. 8. 16. 7.
puissance directe du peuple. On sait que ce genre de pétition prélude au Dix-Août.
On peut relever dans les textes bien d’autres oppositions d'idées accompagnées de renversements de pensée. Ainsi, nous avons remarqué que les idées nouvelles sur le domaine public consistaient en un retournement de pensée opéré sur le principe de souveraineté : l’ancienne souveraineté royale sur le domaine aboutissait à l’émiettement de celui-ci par le moyen des cessions et engagements dont il était l’objet, alors que la nouvelle souveraineté de la Nation conduit à le regrouper (1); la tierce position est, ici, l’idée de Nation. De même, il y a retournement de pensée, chaque fois qu'il est affirmé — et cette attitude de pensée est, peut-on dire, permanente — que de la satisfaction de l’intérêt général résulte celle des intérêts particuliers (2); la tierce position est alors l’idée de liberté. Enfin, on rencontre aussi des retournements de pensée qui intéressent les idées psychologiques, comme en ces lignes de Condorcet : ;
« Pour que les [citoyens] conservent cette indépendance de la raison sans laquelle l’ardeur pour la liberté n’est qu’une passion et non une vertu, il faut qu'ils connaissent les principes de la justice naturelle, ces droits essentiels de l’homme dont les lois ne sont que le développement (3). »
L’ardeur pour la liberté est associée ici à deux contraires et la tierce position est située dans l’idée de raison.
Ce que nous voulons surtout souligner c’est que les retournements de pensée ne sont pas négligeables du point de vue dela ‘ représentation générale des idées sociales. Ils ont cette utilité de mettre sur la voie d’une explicitation plus poussée de la
(1) V. notre ouvrage, La Logique d’une idée-force..., p. 226.
(2) « Un gouvernement servant l'intérêt public sert l'intérêt particulier. » Arch. nat. AD xvrrie. 153. 6. IVe Rapport du Comité de mendicité.
(8) Rapport de Conporcer sur l’organisation de l'instruction publique, 20- 91 avril 1792, cit. dans Guillaume : Procès-verbaux du Comité d'instruction publique de l’Assemblée législative (collection des documents inédits sur l’histoire de France), Paris 1889 p. 202.
valeur L par laquelle nous désignons les complexes d'idées.
On a expliqué qu'il était possible de répartir les phénomènes sociaux par plans historiques en considérant, par exemple, le développement des idées ou des institutions; on a proposé même de subdiviser le plus possible ces plans si l’on veut approcher de quelque connaissance dans l’étude de la pensée sociale. Cette méthode consiste donc à considérer des emboîtements successifs de valeurs Z. À l’intérieur de grandes phases correspondant à des idées politiques, économiques, on sera amené à discerner l’existence de subdivisions secondaires comme celles concernant les échanges internationaux, les modes de votation, etc.; à l’intérieur des idées concernant les institutions du droit privé, comme la vente, on sera conduit à envisager les modes de transfert en droit romain, en droit français, en droit comparé, etc. Or, il peut arriver que quelques-uns de ces plans successifs se trouvent explicités par des propositions contradictoires et des retournements de pensée. Le fait est sensible en matière politique.
Pour montrer le rôle explicitateur de ces attitudes d’esprit, choisissons ces lignes tirées du rapport célèbre de Condorcet sur l’instruction publique :
€ La distribution du travail dans les grandes sociétés établit entre les facultés intellectuelles de l’homme une distance incompatible avec cette égalité sans laquelle la liberté n’est, pour la classe moins éclairée, qu’une illusion trompeuse et il n'existe que deux moyens de détruire cette distance : arrêter partout, si même on le pouvait, la marche de l'esprit humain, réduire les hommes à une éternelle ignorance, source de tous les maux, ou laisser à l’esprit humain toute son activité. et rétablir l'égalité en répandant les lumières. Tel.est le principe fondamental de notre travail et ce n’est pas dans le xvIne siècle que nous avons à craindre le reproche d’avoir mieux aimé tout élever et tout affranchir que de tout niveler. par l’abaissement et par la contrainte (1). »
\(1) Rapport et projet de décret sur l’organisation générale de l'instruction publique, présenté à l’Assemblée législative, au nom du Comité d'instruction
Le texte contient la contradiction suivante : les différences entre les facultés intellectuelles des hommes dans nos sociétés soumises à la règle de la division du travail, sont comblées soit par une politique de liberté de la pensée, soit par une politique de contrainte. Liberté, contrainte, étant ici deux solutions d’un même problème — celui de l'égalité : on peut donc écrire, comme tout à l’heure dans les cas des « classes » de Kersaint, la formule contradictoire :
E (égalité) — liberté — contrainte.
Formule qui établit une équivalence entre deux de ces grands plans d'idées de valeur ZL dont ïl a été parlé. Or, le texte montre que le choix opéré entre ces deux valeurs entraîne immédiatement des déterminations de type / qui vont recouvrir des applications pratiques : — ce sera, dans l’exemple choisi, les principes de l'instruction universelle, de l'indépendance de l’enseignement :
«Un pouvoir quiinterdirait d'enseigner une opinion contraire à celle qui a servi de fondement aux lois établies attaquerait directement la liberté de pensée, contredirait le -but de toute institution sociale, le perfectionnement des lois, suite nécessaire du combat des opinions et du progrès des lumières. D'ailleurs, la Constitution française elle-même nous fait de cette indépendance un devoir rigoureux. Elle a reconnu que la nation a le droit imaliénable, imprescriptible de réformer toutes ses lois : elle a donc voulu que, dans l’instruction nationale tout fût soumis à un examen rigoureux. Elle n’a donné à aucune loi une irrévocabilité de plus de dix années. Elle a donc voulu que les principes de toutes les lois fussent discutés, que toutes les théories politiques pussent être enseignées et combattues (1)». Or, ces caractéristiques : universalité et indépendance de l’instruction publique, appartiennent à la catégorie des valeurs f.
publique, les 20 et 21 août 1792. Guillaume, Procès-verbaux du Comité d’ins- - truction publique, p. 216.
(1) Op. cit., p. 223 et 225.
On voit que le procédé de connaissance qui nous est offert dans le cas des propositions contradictoires et des retournements de pensée, consiste à projeter en quelque sorte une valeur du genre L — l’idée de liberté par exemple — puis à entirer des applications. Ce qu’il faut souligner c’est que, dans le type de connaissance que nous analysons, la valeur f se trouve saisie dans la même intuition que la valeur L; — autrement dit, elle se trouve placée par la pensée sociale sur un plan logique identique, alors que nous savons que ces deux séries de valeurs appartiennent à deux ordres différents, l’un, celui des valeurs L très complexes et synthétiques, l’autre, celui des valeurs f, très déterminées et représentant, par hypothèse, le stade le plus simple dans l’explicitation des phénomènes que nous puissions saisir. Ainsi le retournement de pensée permet un rapprochement des valeurs et le passage d’une catégorie à l’autre. Du point de vue pratique, l’avantage est grand, la vitesse de la pensée va se trouver accrue de la même manière qu’elle l’a été, nous l’avons vu, par le jeu des équivalences; tout le travail de transformation des L'en f — qui est celui de l’explicitation — sera économisé puisque par le seul fait de projeter une valeur ZL, sa transcription sur le plan des f est connue. [Il semble donc que les dérogations à la logique qui se traduisent dans une certaine pensée sociale par une mobilité plus grande des moyens de connaissance accroissent les possibilités de cette pensée.
D'ailleurs, les retournements de pensée n’ont pas pour seule utilité de préparer un saisissement immédiat de valeurs L et f comme on vient de voir, ils permettent aussi une pensée résultant, non plus d’intuitions, mais d'associations.
Reprenons l’exemple des « classes » tiré de la pétition de Kersaint. Lorsqu'on a établi le retournement de pensée sous la forme
Ci=non D =;D,
si l’on considère que, dans la perspective du retournement de pensée chez les révolutionnaires la formule :
Cs= non DD
rend compte, sans contradiction, du fait service militaire, — on voit que nous ne sommes plus en face que d'objets / — qui représentent des applications techniques —— nous faisons allusion à la règle bien établie en droit depuis la Révolution de l'égalité des citoyens devant les charges publiques.
Si on abandonne les rapports de L et de f pour étudier la valeur L, on constate que les retournements de pensée permettent, encore sur ce point, de préciser.
Voici, par exemple un texte de Le Chapelier, où le droit de pétition est conçu de façon à la fois large et restrictive. Il s’agit de l’idée de liberté et de idée de police.
€... Le droit de pétition n'étant autre chose qu’un droit naturel 1l serait pour ainsi dire inutile de l’énoncer, mais ce qui n’est pas inutile, ce qui est important pour le gouvernement représentatif, c’est qu'aucun corps, aucune assemblée primaire ne puisse faire de pétitions en assemblée collective (1).»
Ce texte commence par présenter une conception très large du droit de pétition puisqu'il en fait une conséquence du principe de liberté, puis il en restreint l'exercice aux seuls individus et le dénie aux corps, en faisant intervenir une tierce position de pensée tirée de l’idée de gouvernement représentatif. Or cette dernière idée est, elle aussi, une conséquence du principe de liberté. Cette remarque fait apparaître qu'il existe une conception du droit de pétition qui s’accorde avec la liberté au sens large, une autre qui s’y oppose, ou si l’on préfère
quela libertéindividuellenes’accordepasavec la liberté des corps,
—— formules qui, toutes les deux, rappellent la contradiction :
A—= non VA
Ce qui doit être précisé ici, c’est la conséquence qui résulte
de ces attitudes de pensée pour les valeurs de type L. La pré-
sence de telles contradictions existant au sein des idées sociales complexes va élargir la représentation que nous avons de L. Plus haut, nous avions défini L comme une certaine liaison des
(1) Le CnapreLrer, séance 8 août 1791. Monit. réimpr., t. IX, p. 348. RUNTE | re
caractéristiques f; nous voyons maintenant que L représente aussi une liaison entre deux expressions contradictoires. Selon qu’on considère l’un ou l’autre de ces deux aspects, l’autre devient pour la pensée pratique — celle, par exemple, de l'administrateur investi des pouvoirs de police dont parlait Le Chapelier —, négligeable. Il n’est pas question ici, comme c'était le cas pour les textes de Kersaint et Vernier, de la création d’une nouvelle institution juridique par retournement de pensée, mais au contraire d’abolitions de valeurs f par réduction de la contradiction dans un but pratique qui nous figurent assez bien ces mouvements muets par lesquels se modèlent les conceptions changeantes de l'utilité sociale. L’utilité sociale, type de la valeur L complexe, ne correspond pas à un déroulement strictement logique des conséquences des axiomes politiques, car des influences très nombreuses s’exercent sur cette tendance logique, et la dévient. Si l’on voulait schématiser, dans la mesure où une telle entreprise est possible, la notion d’utilité sociale, c’est, semble-t-il, sur de tels exemples qu’il faudrait méditer, puisqu'ils nous montrent l’aboutissement concret des notions; dès lors les contradictions qu’ils renferment peuvent nous servir pour repré senter des complexes de plus en plus enchevêtrés, comme celui d'utilité sociale. Nous représenterons alors par la contradiction précédente l’idée d'utilité sociale dans l'hypothèse considérée. Et du même coup, la formule :
Ar nont4=="1}
loin d’apparaître comme une absurdité nous semble être, si on l’approfondit, l’une des caractéristiques de la connaissance sociale spontanée.