VIA
commune... considérant que si d’un côté la liberté de la presse est un des plus grands bienfaits de la Constitution…., de l’autre la licence ou l’abus de cette liberté n’est propre qu’à perpétuer l'anarchie qui nous conduirait au despotisme, à diviser les e1toyens et à amener la guerre civile. C’est que parmi les divers journaux qui circulent dans la commune, il en est plusieurs qui abusent de cette liberté... Considérant que dans un moment où la Patrie est en danger et tous les corps constitués dans un état de surveillance habituelle, 1l est du devoir des c1toyens que le peuple a honorés de sa confiance... de prendre tous les moyens possibles pour ramener tous les esprits autour de la Constitution, — a unanimement délibéré qu'aucun journal ne serait rendu à son adresse sans que la municipalité en ‘ait pris lecture, et dans le cas qu’elle pense qu'il y en ait quelques-uns de dangereux, au lieu de les faire vendre, elle . les gardera en dépôt pour les brüler solennellement (1). »
En matière proprement politique, et non plus juridique, l’opposition entre les conceptions sur la liberté est non moms sensible.
D'abord, les nes A reconnaissance et de loyalisme à l'égard du roi (restaurateur de la liberté française (2) », « ami de ses peuples », «citoyen » et (patriote (3) », qui sont si ardents au début de la Révolution, font place en 1792 à des pétitions violentes où le roi est désigné comme l’obstacle à la liberté. Un seul homme, le roi, disent les citoyens de Poitiers,
à SAINT-PriEsT, 127 décembre 1790. Arch. nat, F1e III. Nièvre. 7. Les textes montrent également qu'une certaine conception de la liberté interdit aux districts des vœux contraires aux propositions du département. De ce point de vue, la liberté subit une diminution, la faculté des individus comme membres de l’administration locale subit une restriction au nom du principe hiérarchique. V. procèsverbal de la 2€ session du département de ler 6 novembre 1790. Arch. nat. Fc III Allier 4.
(1) Délibération du conseil général de la commune de Signe (?) (Ardennes), 26 juillet 1792. Arch. nat. D xL. 7. 7. 25.
(2) Adresse de la commune de ARTE (Aude), 25 avril 1790. Arch. nat.
(3) Adresse de la commune d’ Aigaliers (Gard), 6 avril 1790. Arch. nat. C. 1144, 2982, 5. Adresse’ des communes de Chevrigny, Urielles, Laval, Nouvion-le- Vineux, Etouvelles (Aisne), 6 avril 1790. Arch. nat. C. 1144. 2982, 1.
s'oppose à l’exécution des décrets de l’Assemblée, « la liberté du peuple est donc une chimère (1) ? » — « La liberté, déclarent les fédérés marseillais, n’est pas la cause du roi, et lorsque nous allons verser notre sang, il nous importe de savoir si c’est pour Louis XVI ou pour la Patrie (2). » — « Le roi a séparé ses intérêts de ceux de la Nation, déclarent les sections de Paris... Sa conduite est un acte formel et perpétuel: de désobéissance à la Constitution. Tant que nous aurons un roi semblable, la liberté ne peut s’affermir, et nous voulons demeurer libres (3). »
Parallèlement, l’enthousiasme qu'avait provoqué l’idée de Constitution en 1789, 1790, a fait place chez beaucoup, vers le Dix-Août, à une déception amère : « La liberté dont elle [la Constitution] nous offrait une insidieuse êt illusoire image n’était, disent-ils, qu’un redoublement de servitude. Le prétendu monarque est devenu un despote d’autant plus terrible qu'il était légalement armé de tous les plus puissants moyens de faire tout le mal qu'il voudrait et d'empêcher tout lé bien publie qu’il ne voudrait pas. La liberté, cette divinité civique, était sacrilègement immolée au trône. Elle était ravie impitoyablement aux deux tiers des Français et toute réservée à Pautre tiers seul privilégié... Cette Constitution incivique et impolitique substituait aux vingt millions d’anciens privilégiés huit nulhons de nouveaux privilégiés qui rendaient les seize autres millions de Français les plus malheureux des esclaves par l’inhumaine distinction des riches et des pauvres, des actifs et des phone (4). »
L’attitude du roi qui paralyse les décrets de l’Assemblée, les dangers extérieurs qui menacent l’œuvre déjà accomplie,
(1) Adresse des citoyens d’Hennebont (Morbihan), 24 juin 1792. Arch. nat. C. 154. 2928.,2
: (2) Adresse re fédérés de Marseille, 2 août 1792. Arobe nat. AD xvric. 206. 2.
(3) Adresse à l’Assemblée Nationale, rédigée par les commissaires des 48 sections de Paris et adoptée à la majorité des sections, 30 août 1792. Arch. nat. AD xvrrie. 206. 3. 7
(4) Adresse des amis des Droits de l’homme de Pontivy. R[eçue] le 29 août. Arch: nat. D-xr. 5. 54.4. |