‹ Les Démarches de la Pensée SocialeChapitre 9 sur 26 · D’ANGOISSE, DE DÉVOUEMENT, DE JUSTICE · texte numérisé non relu

D’ANGOISSE, DE DÉVOUEMENT, DE JUSTICE

€ Votre premier serment et celui de tous les vrais citoyens a été de vivre libre ou de mourir. C’est sur votre fidélité à ce serment que le salut de l’Empire se trouve réuni entre vos mains et que vous serez le point de ralliement de tous les amis de la Patrie.

€ La liberté est un attribut de la nature humaine, l’homme en société ne peut cesser d’être ce que la nature Pa fait et la législation humaine la plus parfaite sera celle où les facultés naturelles de l’homme ne seront restreintes qu'autant qu'il sera le plus strictement nécessaire pour que tous jouissent des mêmes droits.

« Pendant nombre de siècles, 1l est vrai, la terre s est vue couverte de tyrans de toute espèce qui, par la perfidie, le mensonge, le fanatisme... étaient parvenus à jeter un voile affreux sur des vérités éternelles et à dégrader l’espèce humaine. Mais la Révolution française a déchiré le voile sacrilège... le peuple a senti sa puissance et aujourd’hui

. nous avons une patrie.

« Les principes de notre régénération sont immuables parce qu'ils sont puisés dans la nature même, ils sont divins.… Législateurs, investis de la confiance de la Nation, soyez forts de l’opinion publique, c’est votre juge, c’est votre soutien, avec elle nulle puissance au monde n’est égale à la vôtre. Si les lois doivent être l'expression de la volonté générale, comme l’Assemblée Constituante

(1) Adresse des citoyens de la ville de Loches, R[eçue] le 8 juillet [1792]. Arch. pat. D x1. 11. 36. 3.

n’a laissé au peuple aucun mode d’exprimer sa volonté et a borné tout l’exercice de sa souveraineté à élire ses représentants, c’est l'opinion publique qui doit y suppléer et qui vous montrera toujours les droits naturels de l’homme et des nations pour la règle et la mesure de vos décrets.

« Les ennemis de la Patrie préparent de grands coups, toutes les manœuvres imaginables sont combinées pour détruire notre liberté... La Patrie n’est-elle pas trahue par presque tôus les agents du pouvoir exécutif ? Ne sont-ce pas des aristocrates qui tiennent nos villes frontières, nos arsenaux et nos munitions ? Ne sont-ce pas des aristocrates qui commandent nos troupes de ligne, qui ont excité des insurrections dans plusieurs régiments ? Ne voyonsnous pas des aristocrates Jusque dans les corps administratifs, les municipalités, et les tribunaux ? Enfin ne sont-ce pas des aristocrates qui sont nos ambassadeurs près des puissances étrangères ? |

« Législateurs, quels que soient les efforts, les trahisons de nos ennemis tant intérieurs qu’extérieurs, vous serez fermes au milieu de l’orage. Dans notre dénuement et notre union, la liberté nous fournira toujours des armes qui ont fait pâlir les tyrans. Si notre sang a su couler souvent pour les caprices des despotes, nous saurons le verser généreusement pour le salut de la patrie ; la liberté triomphera et vous serez à même de faire une Justice sévère des traîtres et des méchants qui auront voulu blesser les droits sacrés de l’homme et outrager la majesté du Peuple que vous représentez... La justice est le soutien des empires, et c’est nuire aux bons que de ne pas punir les méchants (1). »

(1) Adresse de plusieurs citoyens de la ville de Lure (Haute-Saône), lue à l’Assemblée, le 26 février 1792. Arch. nat. D xL. 4. 69. 4.

h) INTERFÉRENCE DES IDÉES DE CONSTITU- TION, DE JUSTICE, DE LIBERTÉ, DE DÉLIVRANCE DES PEUPLES, AVEC L’ÉLAN GUERRIER ET LES SENTIMENTS QUE LA CONSTITUTION ET L'ASSEM- BLÉE NATIONALE INSPIRENT.

€ La France veut la constitution toute entière, ou veut périr toute entière avec elle. Législateurs, du sanctuaire des lois ce cri a retenti jusqu'aux limites de l’Empire; toutes les bouches le prononcent avec transport, 1l est gravé dans tous les cœurs. Les déspotes couronnés et les rebelles voudraient arrêter cet élan sublime aux frontières, mais leurs efforts seront impuissants; nous nous rions de leur colère, nous bravons leurs menaces... Le jour de la justice est arrivé et le trône des tyrans s’est ébranlé..., ils sont anéantis. O vous, qui avez établi votre puissance sur la ruine des peuples, vous qui avez méconnu leurs droits, qui fîtes servir de jouets à vos passions, à vos intrigues, à vos crimes, les hommes que vous appellez vos sujets... Tyrans ambitieux et féroces, tremblez : les Français courent aux armes pour défendre la liberté qu'ils ont conquise et pour délivrer enfin l'humanité du joug honteux sous lequel elle gémit depuis tant de siècles. Législateurs, gloire à vos travaux, honneur à votre civisme; nommez les traîtres et nous volons pour les combattre et en purger la terre. Les dragons de la garde nationale sont en petit nombre, mais s'ils marchent à l’ennemi, chacun d’eux portera sur la poitrine l’acte constitutionnel et la lame d’un esclave se brisera sur cette armure (1). »

1) INTERFÉRENCE DES IDÉES DE GUERRE, DE LOI, DE VERTU, DE PROPAGANDE INTERNATIO- NALE, DE PROPRIÉTÉ, DE CONSTITUTION, AVEC LES SENTIMENTS DE PATRIOTISME, DE FER- METÉ, D'UNION, DE SOL NATAL ET DE FOYER, DE LIBERTÉ, DE SACRIFICE, DE JUSTICE IN- TERNATIONALE.

« Législateurs du peuple français devenu libre, nous

* (4) Adresse des dragons de la garde nationale de Lorient, 27 janvier 1792. Arch. nat. D xL. 3. 54. 1.

venons ajouter aux dons déjà destinés aux frais de notre juste guerre une offrande qui n’est que du rang des plus légères, mais accompagnée d’un patriotisme qui marche au rang des plus forts; nous nous dévouons sans réserve pour le soutien de la Loi, cette loi qui sait récompenser la vertu et punir le crime sans distinction; elle trouvera dans nos bras la défense et le soutien qu’elle exige. Nous serons fermes, inébranlables et toujours unis, car notre union fera notre force, notre gloire... alors les despotes nous verront avec regret et les peuples avec envie; ce n’est pas l’orgueil du despotisme que nous sommes prêts à défendre, ce sont nos propriétés, c’est le toit qui nous à ou naître, c’est la terre qui nous nourrit. Oui, nos cœurs sont autant d’autels de la patrie où brûle sans cesse le pur encens de la liberté, et où nous répétons le serment sacré de vivre libres ou mourir. Nous jurons que si jamais l'aristocratie triomphait, ce ne serait que sur les débris de nos corps baignés dans leur sang, car le dernier d’entre nous terrassé et mille baïonnettes prêtes à fondre sur lui, trouvera plus de gloire dans la mort qu’à se soustraire à une capitulation honteuse qui lui prolongerait quelques jours d’esclavage; mais nous espérons que le berceau de nos travaux sera le tombeau des abus de l’Europe entière et que notre Constitution sera comme un rocher au milieu d’une mer orageuse où viendront se briser les flots écumants de la rage despotique. Nos citoyennes, jalouses de partager l’avantage de faire une offrande à la patrie se joignent à nous et Jurent de la défendre de tout leur pouvoir; elles travailleront avec ardeur à élever des enfants qui, allaités du lait de la Constitution, nous suecé-

deront pour la soutenir (1). »

(1) Adresse s. d. n. 1., sans signature. Arch. nat. C. 158. 284. 9.

LA

1) INTERFÉRENCE DES IDÉES DE PROPAGANDE INTERNATIONALE, DE LOI ET DE CONSTITUTION, DE MÉRITE, AVEC LES SENTIMENTS D'ADMIRA- TION, DE LIBERTÉ, LE DÉSIR DE COLLABORER A LA CHOSE PUBLIQUE, DE SAUVER LA PATRIE, LE SENTIMENT DE JUSTICE, LE SENS ESTHÉTIQUE DE LA CONSTITUTION, LIAISON DES IDÉES CONTRA- DICTOIRES DE GUERRE ET DE CONSTITUTION.

€ Fidèles coopérateurs de l’exécution des lois sublimes que la sagesse de l’Assemblée Nationale a dictées à l’Empire français, et qui deviendront bientôt celles de tout l’univers, nous n’en n'apercevons que mieux les beautés et la grandeur. Déjà circule dans nos veines le feu sacré de la Liberté ; déjà nous sentons germer dans nos cœurs cette noble ambition que doit nécessairement faire naître une Constitution qui ne distingue les hommes que par les vertus et les talents. Il n’en est aucun d’entre vous qui ne sacrifie tous ses moments pour la chose publique. Brûlants du désir de remplir les devoirs d'enfants de la patrie, nous voudrions pouvoir nous multiplier et nous porter partout en même temps. L’instant est arrivé où le Français a besoin de réunir toutes ses forces pour défendre son territoire et faire respecter ses lois. Faut-il que les travaux qui nous sont confiés, que les devoirs qu'ils nous imposent ne puissent nous permettre... de nous Joindre à nos frères d'armes et de partager à l’envi la gloire de sauver la patrie, nous qui sommes prêts à jurer pour la Constitution le plus entier dévouement et le zèle le plus infatigable parce qu’une institution aussi belle ne pouvait être attaquée que parce que malheureusement il est dans la nature qu'il y ait des hommes injustes !.…. Déjà nous voyons de toutes parts les bons amis de la liberté s’empresser à l’envi de venir à son secours, par l’offrande de dons multipliés depuis que le peuple français à été forcé de faire la guerre pour l’affermissement de notre nouvelle Constitution (1). »

(1) Offrande des commis et employés dans les bureaux de l’administration

k) INTERFÉRENCE DES IDÉES D'ÉGALITÉ, DE DROITS CIVIQUES, DE POUVOIR LÉGISLATIF, D'IN- TÉRÊT GÉNÉRAL, AVEC LES SENTIMENTS DE JUS- TICE, DE PATRIOTISME, DE BONHEUR DANS L'UNION.

« En fixant les droits des citoyens, en les garantissant à jamais des dangereux effets d’une autorité arbitraire, en fondant sur leur égalité, la base constitutive de l’État, en restituant à la Nation l’exercice de l'autorité législative que nous devons tous respecter, en fixant invariablement la justice des peines prononcées contre le crime, par tous les moyens que vous avez pris pour soustraire l’innocent à l’erreur de son juge et le coupable à l’impunité, vous avez, Messieurs, appelé toutes les vertus à concourir à notre bonheur ; elles se développent toutes sous l’influence d’un patriotisme ardent et profond qui ant à un seul intérêt les intérêts de tous, assurera la prospérité commune (1). » j

Ou bien encore, le sentiment interfère avec l’idée morale ou avec l’idée rationnelle.

« Ce feu divin qui fait de chaque citoyen un ami de son pays, [devient] le principe d’une nouvelle vie morale et politique (2). »

l) INTERFÉRENCE DE L'IDÉE D'INTÉRÊT GÉ- NÉRAL ET DU SENTIMENT D'INTÉRÊT GÉNÉRAL.

Que l’on se souvienne ici des très nombreux textes qui contiennent les formules « bien général », « bien commun », (intérêt public », « utilité publique », « avantage général ». — À ces expressions d'ordre rationnel corres-

du district de Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or), 28 avril 1792. Arch. nat. C. 153. 284. 41.

(1) Adresse de la municipalité de Lyon, 14 avril 1790. Arch. nat. C 1144, 2992, 19.

(2) Adresse de la commune de Neufchâtel-en-Bray (Seine-inférieure), s. d Arch. nat. C 128, 433, 28. \ Fe

pondent sur le plan des sentiments, des textes qui exaltent le «désir du bien général (1) », et si les pétitions font un si grand usage de l'intérêt public comme argument universel, c’est parce que l’idée rationnelle d'utilité publique se double d’un sentiment collectif très fort, c’est parce que, suivant les expressions du député Rougier-Labergerie, «les motifs d'utilité publique » sont devenus des « motifs «sacrés (2). »

La complication des influences qui s’exercent sur

la pensée spontanée est généralement plus grande encore.

On assiste, en eflet, à des interférences à la fois des faits et

des sentiments sur les idées.

&) INTERFÉRENCE DE LA FUITE DU ROI, AVEC LES IDÉES DE CONSTITUTION, DE LOI, DE NATION, DE LIBERTÉ, DE CHOSE PUBLIQUE, AVEC LES SEN- TIMENTS QUE CES IDÉES INSPIRENT, SENTI- MENTS DE BONHEUR, D'UNION, DE CONFIANCE EN L'ASSEMBLÉE.

« Au moment où la patrie est dans le danger le plus imminent par la nouvelle qui vient de se répandre de la fuite du roi, le premier devoir des amis de la liberté est de renouveler le serment qu’ils ont prêté pour le maintien de la Constitution. Tel est, Messieurs, le sentiment que nous nous empressons de vous exprimer. Nous jurons d’être fidèles à la Nation et à la Loi. Nous jurons de ne pas désemparer du poste auquel la confiance de nos concitoyens nous appelle. Nous jurons de vivre libres ou mourir.

« Continuez, Messieurs, de-faire des lois qui assurent notre bonheur et notre tranquillité. Ne laissez pas échapper

(1) Adresse de la ville d’Aubusson, 21 janvier 1790. Arch. nat. D 1v bis. 6, Jiasse 185.

(2) Arch. nat. AD xvint. 187. 19. Opinion et projet de décret proposés à l’Assemblée Nationale, par J.-B. Roucrer-LABERGERIE, ou de l'Yonne.

membre du Comité d'agriculture, s. d.

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