‹ Les demi-soldesChapitre 19 sur 27 · CHAMP DE BATAILLE D'AUSTERLH Z · texte numérisé non relu

CHAMP DE BATAILLE D'AUSTERLH Z

Sourde convulsion 1 A la place des corps des spectres api^arurent sur les hauts fauteuils reculés... Un indicible effroi liait ces yeux royaux à l'enfant chétif qui, debout, là-bas, les dépassait, quoique si mince, de toute la hauteur de sa somptueuse tristesse. Hors des cheveux maintenant, ce front jaillissait, hardi et poli comme une pensée qui veut qu'on l'écoute. Il avait les poings crispés, le genou en avant ; et en face de cette petite tête lumineuse, creusée de caves, jaune de douleur, il sembla tout à coup à ces Autrichiens épouvantés que l'ombre de Brienne réapparaissait, et que la mort d'un empereur, peut-être avait commencé la vie d'un autre. A cette phrase simple d'un enfant, le globe tombé des poings du père dut tragiquement rouler dans l'espace comme à quelque appel belliqueux, et dans les veines épuisées des hommes le sang revivre et huiler : car rien de ce qui se dit ne se perd, et il y a des mots qui sont des morts comme il en est d'autres qui créent. Ces personnages, en silence, s'effacèrent devant Napoléon II ; et chacun dès lors, le considéra dans l'auréole qui convenait à sa face, à son nom réel et à ses instincts. On mena ce garçon de douze ans, l'année suivante, sur les champs de bataille^ qu'il avait voulu visiter comme s'il espérait d'y retrouver, là plus qu'ailleurs, un peu du cœur épars de son père, et chaque sillon reçut ses larmes. Voilà quel était celui que l'ancienne armée licenciée, que les grognantes foules de demi-solde espéraient remettre aux Tuileries, voilà quels étaient ses rêves et quelle vigueur ils avaient. Mais peu, en France, le connurent. La cage, pour s'être ouverte, se fit désormais plus noire, ut l'aiglon devait en mourir ;

les aigles aussi.

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