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CHAPITRE XV

Les succès d'Esther à Milan et Florence s'étaient répercutés dans toute l'Italie par les articles des journaux, aussi, quand la comédienne arriva à Rome, savait-on déjà qu'elle était jolie et qu'elle avait du talent.

Dès son arrivée à l'hôtel du Quirinal, elle fut interviewée, visitée par tous les journalistes importants.

Elle débuta par « La Jeunesse Dorée », son dernier succès parisien, et, le lendemain, non seulement la Presse était à ses genoux, mais tout le Rome artiste, hospitalier, la fêtait, l'invitait.

Des dîners, des réceptions s'organisèrent, un grand peintre, Guiseppe Dantoldi, proposa de faire en son honneur une magnifique soirée où tous les artistes romains assisteraient.

Le pi'ogiamme serait musical et littéraire.

Des tableaux vivants seraient combinés, on réciterait des vers sur les sujets représentés.

Tous les plus beaux modèles romains feraient des groupes ou des personnages antiques et les meilleurs artistes réciteraient les poésies. Deux princesses italiennes avaient tenu à figurer la Philosophie et la Poésie et à recevoir Esther Renot à son arrivée chez Dantoldi.

Quand Maurice arriva à Rome, il trouva sa maîtresse doublement heureuse. Il interpréta mal l'apparence du bonheur qui rayonnait en elle...

Son absence ne semblait pas avoir assez bouleversé la vie de l'actrice... il aurait eu une petite joie à lui voir les yeux creux, le front triste, Esther avait bien un peu maigri, mais une existence de fatigues, de chemins de fer, de répétitions, n'était pas faite pour prendre des joues... Il fut un peu désappointé... son amour-propre souffrit.

Et puis, cette femme jadis si muette sur ses succès de scène, semblait comme grisée, ne parlant que de ses triomphes et de la beauté du voyage... Elle ne le questionna pas sur l'emploi de son temps à Paris! Elle n'avoua pas s'être ennuyée loin de lui... au contraire, à la demande qu'il lui faisait à ce sujet, elle répondit dans un sourire

radieux : « Non! je n'ai pas pu beaucoup penser à toi... tant d'autres choses m'ont distraite... heureusement, n'est-ce pas. »

Il répondit un « oui » évasrf...

Il la vit très autre, évadée de son influence. Il se sentit étranger à elle. Il ne faisait plus partie d'elle. Elle était gaie comme une amie, il l'eût voulue émue comme une inaîtresse... Pourquoi ce besoin de retrouver un amour dont il était las six semaines avant?

Pour quelle raison éprouvait-il à Rome ce sentiment maussade, désagréable, qui lui donnait depuis son arrivée le désir de reprendre le train et de filer.

Etait-il jaloux?

Ou simplement douloureux de se sentir moins aimé...? Mais lui-même, aimait-il encore Esther?...

Autant de problèmes qu'il ne pouvait résoudre.

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