Aristote, Politique, p. 1318, B
au droit de délibérer directement sur les intérêts communs : Aristote dit expressément que la délibération et la décision souveraine appartenaient à tous. Mais il est évident que l'Assemblée populaire, débarrassée du soin de choisir les magistrats, ne se réunissait que dans des circonstances importantes et relativement rares. Il y avait d'ailleurs aussi, à Mantinée. une sorte de Sénat ou de Conseil (pouXV;), qui était sans doute élu par le peuple, et qui devait être comme la section permanente de l'Assemblée, chargée des négociations diplomatiques et de la préparation des questions destinées à être tranchées par l'ensemble des citoyens.
Quant aux magistrats, nous savons que les principaux étaient les démiurges, qui paraissent avoir été, à l'origine (à en juger d'après leur nom), les chefs élus des dèmes. Le collège des démiurges était le grand conseil exécutif de Mantinée : c'est lui qui ligure en première ligne dans la prestation des serments qui accompagnent la conclusion des traités avec les cités grecques. Au-dessous d'eux, nous voyons des théores, c'est-à-dire des délégués auprès des grands sanctuaires, probablement investis aussi de certaines attributions diplomatiques et politiques, et des polémarques, c'est-à-dire des généraux.
Aristote fait l'éloge, dans sa Politique, des démocraties rurales en général, et il n'est pas douteux
que cet éloge, dans sa pensée, ne s'appliquât, en particulier, à la démocratie mantinéenne du V* siècle, car il la nomme aussitôt après*. Il en donne les raisons : dans une démocratie de cette sorte, les paysans choisissent volontiers les meilleurs, et comme ils se réservent à eux-mêmes le soin de faire rendre compte à leurs magistrats, ils ont la certitude de ne pas être opprimés 2. D'autre part, on ne voit pas les Assemblées envahies par la foule des artisans grossiers et des paresseux, qui, dans, les grandes villes, sont toujours prêts à se rendre aux réunions^. Il n'est donc pas douteux que la démocratie mantinéenne n'ait eu le rare privilège d'être louée à peu près sans réserve par Aristote, au moins sous sa forme primitive. Garda-t-elle, jusqu'au bout, les mêmes qualités, qu'elle devait à la fois à la nature de ses institutions et au caractère propre du peuple? A en croire Xénophon, Mantinée aurait aussi connu la démagogie, et c'est aux démagogues que serait dû le désastre de 385. Mais Xénophon, nous l'avons dit, est un témoin plus que suspect. Mantinée fut touiours une petite ville, et il est difficile de croire que la plèbe urbaine y ait pris un développement considérable. Ce qui semble vrai, c'est que l'ardeur