Cf. FcsTEL D« CouLANGES, La Cité atifique, p
(seniores) d'entre eux. C'est ce que prouvent ces nombres de cent, de cent soixante, de trois cents sénateurs, qui sont des nombres ronds et, par conséquent, artificiels. On ne comprendrait pas non plus sans cela ce brusque accroissement de cent soixante conscripti, qui porte le chiffre total d'un seul coup de cent soixante à trois cents. Les sénateurs étaient nommés par le roi. Mais à Tintérieur de chaque clan, le pater est prêtre et roi de droit divin. Autour de lui se groupent les membres delà famille, les clients, les esclaves. L'autorité du jjate)' familias est presque absolue dans son clan.
Ce qu'on voit aussi dans les légendes relatives aux rois, c'est qu'il y eut très anciennement à Rome une plèbe nombreuse, puisque l'organisation des centuries et des tribus, qui fait une place à la plèbe dans la cité, est attribuée à Servius Tullius. On devine enfin que les rois cherchèrent souvent à s'appuyer sur la plèbe pour s'affranchir de l'autorité du sénat : Ancus, comme Servius Tullius, passait pour un ami de la plèbe ; Tarquin le Superbe était un ennemi des grands.
Qu'était-ce que la plèbe [plebs, tîXtiOoç)? C'était la foule confuse, inorganisée, de ceux qui restaient en dehors des clans patriciens : anciens habitants du sol, nouveaux immigrés, populations vaincues et amenées de force sur le territoire romain, ma-
n œuvres, petits marchands attirés par l'espoir du gain ; à quoi il faut sans doute ajouter un appoint assez fort d'anciens clients des patriciens, qui tendaient à se détacher des gentes et à vivre d'une vie plus indépendante dans une ville déjà populeuse. N'oublions pas, en effet, que cette organisation primitive des gentes, deux ou trois siècles après l'expulsion des rois, n'était plus qu'un souvenir, et que la dissolution de ce système patriarcal a dû commencer presque dès l'origine de Rome, miné qu'il était par l'élablissement de la cité, c'est-à-dire d'un organisme supérieur à celui des clans ; le synœcisme, en tout pays, est destructif du régime des clans -, les grandes villes le réduisent forcément en poussière, et cette poussière forme la plèbe, qui cherche à son tour à s'organiser.
Les rois, très certainement, l'y aidèrent. Comme ils étaient les représentants de cette forme nouvelle de groupement humain, la cité, et que leur intérêt personnel de chefs suprêmes se confondait avec celui du grand nombre, ils ne pouvaient faire au- [Irement que de mettre en valeur cette foule qui était une force. D'autant plus que Rome, entourée de petits peuples belliqueux, ne pouvait grandir que par la guerre, et que l'armée était l'instrument nécessaire de sa grandeur future : or, l'armée ne pouvait se passer de la plèbe. De là les réformes attribuées à Servius Tullius : création des assem-
Liées cenluriates et création des nouvelles tribus. Le détail de ces réformes est sujet à discussion, mais l'esprit général en est fort clair. Les centuries^ sont les divisions de l'armée, où se rencontrent] patriciens etplébéiens. L'assemblée centuriate, c'est Parmée délibérant. Aussi se réunit-elle au champ j de Mars, en dehors de l'enceinte sacrée du pomœinum. Le plébéien, dans sa centurie, vote aussi] bien que le patricien : il fait partie de la cité politique comme de l'armée ; il contribue à la nomination des magistrats. Il est vrai que son droit estj plus nominal que réel ; car une savante distribution des centuries en classes, distinguées par le cens, et l'ordre dans lequel sont recueillis les suffrages, assure aux riches, c'est-à-dire aux patriciens, une prépondérance écrasante. Cependant, un plébéien aussi peut devenir riche (il y en a des exemples fort anciens), et, en tout cas, le principe une fois posé déroulera ses conséquences. Quant à l'établissement des tribus, il avait pour objet de mettre un peu d'ordre dans la masse confuse de la population. Rome avait eu, dès le début, trois tribus, mais qui paraissent avoir été en rapport avec l'origine ethnique des divers groupes dont elle se composait {Rhamnenses, Titienses, Luceres, c'est-à-dire Romains du Palatin, Sabins du Capitole, Étrusques du Cœlius), et qui n'embrassaient pas l'ensemble de la population. Servius Tullius
répartit la population urbaine en quatre tribus, d'un caractère purement géographique ou administratif, et les dix-sept pagi de la campagne, peutêtre rattachés d'abord aux tribus urbaines, formèrent bientôt, sinon tout de suite, dix-sept tribus nouvelles, ce qui en porta le nombre total à vingt et une. La tribu comprend tous les habitants du district, patriciens ou plébéiens, et l'on voit ainsi apparaître un nouveau système d'organisation distinct de la gens traditionnelle, un système qui l'englobe et qui la domine. Les tribus urbaines portent des noms purement topographiques ; parmi les tribus rustiques, les seize premières, évidemment les plus anciennes, portent le nom d'une gens patricienne, ce qui montre assez la force persistante de la vieille organisation; les plus récentes, au contraire, dont la création finit par élever le nombre des tribus jusqu'au chiffre total de trente-cinq*, empruntent leurs noms à la topographie. Ajoutons que les membres de chaque tribu y restaient attachés en droit, même quand ils changeaient de domicile, ce qui est une nouvelle preuve de la persistance de l'esprit ancien, selon lequel l'individu doit s'encadrer dans une sorte de famille idéale, même quand aucun lien naturel ne l'unit aux autres membres de cette famille.