L'ÉTABLISSEMENT DE LA RÉPUBLIQUE
Le renversement de la royauté n'eut pas à Rome le caractère démocratique que présente à Athènes l'expulsion des Pisistratides. Ce fut, au contraire, une révolution aristocratique destinée à assurer la prépondérance des patres, en les affranchissant de la tutelle incommode d'un chef à vie. Cette différence capitale tient à la force encore intacte de l'aristocratie romaine et à la faiblesse relative de la plèbe, déjà nombreuse, mais à peine organisée. La lutte de la plèbe contre le Sénat commence presque aussitôt, et se poursuit dès lors à travers toute l'histoire de Rome. Dans ce duel de cinq siècles, la démocratie n'a cessé de faire des progrès, mais elle n'a jamais pu, en somme, arriver à s'établir comme la forme définitive et normale du gouvernement. Cela tient surtout au changenaent extraordinaire qui, au cours de ces cinq siècles, s'accomplissait dans la situation extérieure de Rome, et à cette conquête du monde qui allait modifiant sans cesse tous les termes du problème. Beaucoup de traits, d'ailleurs, dans l'histoire intérieure de Rome, présentent un caractère fort original, et méritent par là de retenir l'attention. Ajoutons que cette histoire se divise assez nettement en trois périodes, distinguées' les unes des
autres par raccroissement de la fortune militaire de Rome et par le contre-coup de ces événements sur son évolution politique, et que les causes qui finirent par arrêter l'essor de la démocratie en la faisant dévier vers l'empire apparaissent avec une grande clarté.
Dans la première période, Rome n'est qu'une cité comme les autres, seulement plus militaire et plus forte que ses voisines. C'est le temps où la plèbe arrive progressivement à conquérir l'égalité politique par l'accession à toutes les magistratures. Cette période dure environ deux siècles.
Suit une période d'un siècle et demi qui est l'âge d'or de la République. L'équilibre politique est établi et se maintient. Rome est occupée principalement au dehors par la lutte contre Garthage, dont elle finit par triompher. C'est la période dont Polybe a vu la fin et qui a provoqué son admiration, si vive, pour la Constitution romaine et pour les fortes vertus de la race.
Mais déjà les premiers symptômes de transformation apparaissent. Les conquêtes lointaines se multiplient et s'étendent. Les généraux sont tout-puissants. La plèbe n'est plus qu'une foule urbaine, incapable de suffire au gouvernement d'un empire. Les luttes politiques sont en réalité des conflits entre les divers aspirants à la tyrannie.
Pendant un siècle, le dernier de la République, Rome sachemine rapidement vers l'empire.
Chacune de ces périodes appelle quelques réflexions sur le problème qui nous occupe spécialement, celui de l'établissement du régime démocratique dans l'antiquité.