L'AGE D'OR DE LA RÉPUBLIQUE
Quand cette transformation décisive futaccomplie, à la fin du iv* siècle, Rome connut une période d'équilibre intérieur et d'expansion au dehors qui fut admirable. Ce n'est pas que les dissensions intérieures aient complètement cessé durant ce temps, ni que le Tribunal soit resté inaclif. Mais les griefs essentiels avaient disparu; Rome, maîtresse de la plus grande partie de l'ilalie, n'avait cessé de s'accroître en hommes et en richesses; elle débordait de vigueur; de nouveaux ennemis, plus redoutables, surgissaient devant elle et exigeaient le déploiement de toute son énergie. Pyrrhus la menaçait ; Carthage, surtout, commerçante et conquérante à la fois, redoutable par ses richesses, par ses flottes et par ses armées, entrait en contact avec elle par la Sicile; et une nouvelle lutte militaire, un grand drame en trois actes, allait s'engager, d'où devait sortir pour Rome ou un désastre irrémédiable, ou la possibilité de conquérir le monde. Elle fît trêve à ses dissensions autant que possible et tendit toute son énergie vers le triomphe sur la rivale dangereuse et
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détestée. Dans cet équilibre intérieur et dans cette lutte glorieuse contre une race étrangère, toutes les vertus natives de Rome s'exaltèrent. Elle présenta le spectacle d'une cité puissante, où les mœurs n'étaient pas encore gâtées par le luxe, où les pouvoirs publics étaient répartis d'une manière équitable entre les citoyens, où la loi était respectée, où la religion maintenait les individus dans le devoir, et où l'honneur du nom romain était pour tous un mobile d'action et d'héroïsme réellement efficace. C'est le spectacle qu'a vu Polybe, et qu'il a décrit avec un enthousiasme rendu plus vif encore par le contraste de la Grèce contemporaine, alors en pleine décadence. De la Rome des Scipions, il admire tout : sa constitution, son armée, ses mœurs.
Sa constitution d'abord. C'est en effet un merveilleux mélange des différentes formes de gouvernement, où les avantages de chacune d'elles se réunissent et se combinent de manière à en neutraliser les inconvénients. Les consuls donnent à l'action de la cité toute la vigueur qu'on peut attendre du pouvoir d'un roi, sans le danger d'une omnipotence affranchie de contrôle et assurée d'un avenir indéfini. Le Sénat administre les finances et dirige la politique extérieure ; il tient les consuls sous son autorité par sa souveraineté financière et par le droit qu'il possède de les pro-
longer dans leurs gouvernements comme proconsuls. Il gouverne les alliés, il juge leurs procès publics. Il reçoit les ambassadeurs des rois étrangers et traite avec eux ; si bien que « les Grecs et les rois, qui n'ont jamais affaire qu'au Sénat, s'imaginent volontiers qu'il est le seul maître de Rome ». Le peuple, cependant, n'a pas un rôle moins important : c'est lai qui élit les magistrats, qui juge les affaires capita»(»s Çui vote la paix et la guerre. Et tous ces pouvoirs sont Si bien combinés que, loin de se faire obstacle les uns aux autres, ils travaillent harmonieusement à la même fin, qui est la giandeur de Rome ; car chacun a besoin d'une entente avec les deux autres pour obtenir son maximum de puissance. Aussi, dans la lutte contre l'étranger, tout conspire vers la victoire avec une force irrésistible, et, dans les tiraillements intérieurs des périodes de paix, toujours inévitables, le sentiment des limites imposées à chaque pouvoir par la force des deux autres prévient les agitations trop violentes et maintient tout le monde dans le respect des lois^.
L'armée romaine est la plus redoutable qui existe. L'organisation de la légion, la manière dont elle se recrute, les éléments tactiques qui la constituent, le nombre et la hiérarchie des chefs, la règle des campements, les détails du service au