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LA PRATIQUE DES AFFAIRES

Et tout d'abord, il faut reconnaître que si un métier, quel qu'il soit, s'apprend par la pratique mieux que par tout autre moyen, jamais peuple ne trouva dans ses institutions plus d'occasions d'apprendre la politique. La vie de l'Athénien, nous l'avons vu, se passe en grande partie dans les assemblées et dans les magistratures. Il était impossible qu'il n'y apprît pas en quelque mesure son métier de citoyen. Que cette éducation eût ses défauts, qu'elle tendît à développer certaines qualités vives de son intelligence et de son imagina-

tion plus que les habitudes non moins nécessaires de réflexion prudente, de possession de soi et de moralité sévère, nous essaierons de le montrer. Mais il ne faut pas nier non plus ses heureux effets.

Au Conseil des Cinq-Cents, le citoyen apprenait la préparation des affaires. Il avait même, à son tour, son jour de présidence, où sa responsabilité s'accroissait. Si celte présidence tombait un jour d'Assemblée, c'était lui, l'inconnu de la veille et du lendemain, qui avait la charge de diriger la discussion et de maintenir l'ordre. A l'Assemblée, soit comme membre du Conseil, soit comme simple citoyen, il assistait à toutes les délibérations et pouvait y prendre part. Il s'instruisait des intérêts de la cité en écoutant les orateurs; il partageait la responsabilité collective du vote final. Une femme, dans une comédie d'Aristophane, ayant fait un éloquent discours à ses compagnes, l'une d'elles lui dit : « Où as-tu donc appris à si bien parler, Praxagora? — « A l'Assemblée », répond-elle. C'était l'histoire de tous les Athéniens, qui apprenaient de la même manière non seulement à parler, mais aussi à connaître les hommes et les choses. L'Athénien qui avait entendu pendant vingt ans un Périclès ou un Démosthène exposer sa politique, rappeler les intérêts essentiels de la cité, analyser chaque question particu-

lière en la rattachant aux grandes traditions de la politique nationale, n'était plus tout à fait un profane. Il était facile à un homme intelligent (et l'intelligence n'était pas rare chez ce peuple) d'acquérir ainsi une éducation politique très supérieure à celle que peut donner chez les modernes la lecture superficielle d'un journal de parti. Cette publicité au grand jour de l'Agora est une redoutable épreuve pour les idées : le bon sens collectif, souvent supérieur à celui des individus, selon la remarque d'Aristote, passait au crible les opinions, et fortifiait la raison de chacun *.

Il ne faut pas non plus mépriser la tâche du juge, de l'Héliaste, malgré les plaisanteries d'Aristophane. La probité professionnelle est une vertu très répandue. L'homme qui tenait entre ses mains le sort d'un accusé ou d'un plaideur, et qui entendait soit l'intéressé lui-même, soit un habile avocat, lui rappeler avec éloquence ses devoirs de juge, les engagements religieux du serment prêté par lui, la grandeur civique de son rôle, cet homme-là n'était pas d'ordinaire un Philocléon grotesque empressé à condamner pour le plaisir. Il tâchait de comprendre et de bien juger. Il apprenait ainsi peu à peu les innombrables affaires qui composent la vie d'une grande cité. Il s'efforçait d'appliquer la loi, et pour cela, il lui fallait d'abord

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