Aristote, Polit., m, 11, p. 1281, B
la bien connaître, tâche rendue presque aisée par les admirables discussions des iogographes. Des discussions de ce genre, qui sont souvent des modèles de précision juridique et d'élévation morale, sont tout à l'honneur des juges qui méritaient qu'on leur pariât un si beau langage. Que la faveur et la passion décidassent parfois de la sentence, c'est trop évident, puisque ces juges étaient des hommes, et que les causes à juger étaient souvent des causes politiques. Même dans les causes purement civiles, on voit d'habitude les plaideurs invoquer à l'appui de leurs arguments juridiques le souvenir des services rendus par eux à la démocratie et faire vibrer les sentiments. Il n'en est pas moins vrai que, dans l'ensemble, les plaidoyers athéniens nous donnent une idée favorable des juges et que le tribunal des Héliastes n'était pas une mauvaise école pour le citoyen.
11 faut en dire autant des innombrables charges que chaque citoyen avait sans cesse à remplir à tour de rôle, depuis les plus hautes, comme l'archontat, jusqu'aux plus modestes, comme la surveillance des marchés ou des rues. 11 n'y en avait pas une seule qui ne mît l'Athénien en contact direct avec la réalité des choses, qui ne l'obligeât à faire preuve de vigilance, de respect des lois, et qui n'entraînât pour lui des responsabilités de nature à le faire réfléchir sur ses devoirs envers
la cité. C'était là, sans aucun doute, un élément efficace d'éducation politique.
Voici maintenant les inconvénients de ce système.
La parole y tenait une place qu'on peut juger excessive. Toutes les affaires se discutaient en public, devant la foule, et le talent de la parole, indispensable pour se faire écouter d'une assemblée nombreuse, y prenait forcément une valeur quelque peu disproportionnée, au détriment des qualités moins brillantes de réflexion et de sagesse. Il est vrai que le peuple s'en rendait compte et qu'il se méfiait parfois de l'habileté des orateurs. Thucydide rapporte qu'Antiphon, le premier orateur de son temps, montait rarement à la tribune, parce que le peuple redoutait le prestige de son éloquence*. Mais Antiphon avait plus d'une raison d'être suspect : c'était un ennemi déterminé de la démocratie, et ses sentiments n'étaient pas ignorés. Il est permis de penser que si sa politique eût été différente, la méfiance du peuple eût été moins en éveil. En fait, tous les hommes d'État athéniens, surtout depuis le milieu du y" siècle, sont des orateurs d'une grande puissance de parole. Quelques-uns y joignent la force de la pensée, mais d'autres, semble-t-il, n'ont pas eu moins d'influence sans avoir le même genre de mérite. La