L'URUGUAY
LAVALLEJA — RIVERA — LES NOUVEAUX CAUDILLOS
Les factions : les Blancs et les Rouges.
Les chefs : Artigas, Lavalleja, Rivera. — La période moderne.
Petite république australe, située entre un Etat impérialiste, le Brésil, et une nation ambitieuse d’hégémonie, l’Argentine, l’Uruguay, « la province orientale » a lutté pour sa liberté politique dès les débuts du xixe siècle. Artigas représente la nationalité dans de longues guerres contre Buenos-Ayres et les armées espagnoles : il est le premier « caudillo », précurseur de l’Indépendance. Rivera et Lavalleja héritent de son indomptable patriotisme, et proclament l’indépendance uruguayenne. En 1822, sans l’aide constante d’armées libératrices, comme celles de San Martin et de Bolivar, par l’héroïque effort de ses propres soldats, l’ancienne province du vice-royaume de La Plata se constitue en un nouvel Etat, régi par une constitution unitaire.
Artigas a guerroyé pour la liberté de la province uruguayenne contre toutes les tutelles. Rivera et Lavalleja transigent au début de la nouvelle campagne libératrice. Un Congrès tenu à Montevideo a proclamé l’incorporation de l’Etat oriental au Portugal. Les deux « caudillos » désirent l’union de l’Uruguay au Brésil. Un autre chef, Manuel Oribe, veut la protection des légions argentines pour conquérir l’indépen-
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dance de sa patrie. Un ambassadeur de Buenos- Ayres, don Valentin Gomez, propose au Brésil, en 1825, que l’Uruguay rebelle redevienne province argentine; mais l’Empire repousse cette combinaison politique. Lavalleja, qui recherchait la protection brésilienne, change de plan : il sollicite l’aide argentine, qu’elle vienne de la capitale ou des chefs fédéraux, tandis que Rivera reste fidèle à son ancien programme d’union avec le Brésil méridional. Une prouesse, digne des conquistadors espagnols, met fin à ces indécisions. Lavalleja, à la tète des « Trente- Trois », petit groupe de héros comparable aux compagnons légendaires de Bizarre et de Cortez, débarque sur la côte uruguayenne le 19 avril 1825. 11 réclame « la liberté ou la mort ». Rivera s’unit à eux, et la lutte pour l’indépendance orientale acquiert une plus grande intensité. On installe à Florida un gouvernement provisoire qui décrète la séparation d’avec le Brésil et le Portugal, proclame la souveraineté nationale, et décide l’union, dans une organisation fédérale, aux provinces argentines. Argentins orientaux » — c’est ainsi que Lavalleja désignait ses compatriotes. Les gouverneurs argentins ne se décident pas à appuyer les libérateurs uruguayens.
En hostilité avec le Brésil, abandonnés par Buenos- Ayres, les indomptables Orientaux commencent une guerre exaspérée, jusqu’à obtenir l’indépendance. Rivera bat le général brésilien Abreu à Rincon-de Haeda d’abord, ensuite à Sarandu, bataille décisive que Zorrilla de San Martin compare à Ghacabuco. Les Argentins maintiennent leur neutralité, mais le Congrès de 1825, docile aux suggestions de Rivadavia, déclare au Brésil qu’il reconnaît l’incorporation de la province orientale « qui a récupéré par ses propres efforts la liberté de son territoire ». La guerre éclate avec le Brésil ; Buenos-Ayres et Rio de Janeiro aspirent à dominer à Montevideo. Le conflit dure de 1826 à
l’uruguay
1828 : Argentins et Uruguayens y prennent part, unis. La campagne est dirigée par Lavalleja et le général Alvear qui fut. à Buenos-Ayres, un dictateur élégant. Rivera s’est séparé de l'armée. Vaincu le Brésil à Itazango, où 3.000 Orientaux et 4.000 Argentins luttèrent contre 9.000 soldats brésiliens, tout annonce que l’Uruguay sera une nation indépendante. Les Orientaux n’admettent plus ni l’hégémonie du Brésil, ni la tutelle argentine; ils décident de poursuivre la lutte sans l’aide de Buenos-Ayres. La guerre sera ainsi plus lente, mais aussi plus sûre en ses résultats. Lavalleja remplace Alvear au gouvernement. Rivera, qui a débarqué à Soriano, combat et triomphe à Misiones (1828) et continue seul la campagne comme Artigas. Il se défie de Buenos-Ayres et de Lavalleja lui-même, et — grâce à son constant effort — la paix avec le Brésil est, enfin, signée le 27 août 1838. L’Empire reconnaît l’indépendance de « la province de Montevideo », et la constitution d’un « Etat souverain ». facteur nécessaire de l’équilibre politique dans La Plata.
Sept ans plus tard, sous la tyrannie de Rosas, l’Uruguay voit son autonomie menacée. Le dictateur argentin aspire à conquérir la petite république et à dominer comme les vice-rois espagnols dans toutes les provinces de La Plata, depuis Tarija jusqu’à Montevideo. Le président oriental Oribe, élu en 1825, est l’allié de Rosas contre les unitaires argentins réfugiés à Montevideo et que Rivera appuie. Uruguayens et Argentins se confondent dans les deux partis ; mais Rivera représente un nouveau conflit, comme dans les querelles avec Lavalleja : l’esprit irréductible de la nationalité. Défait en 1837, il continue, dans le territoire brésilien, une guerre tenace contre Oribe. Il le bat, et se fait proclamer président de l’Uruguay. Oribe figure alors dans les armées argentines, comme général de Rosas.
La lutte entre unitaires et fédéraux acquiert à ce moment, autour de Montevideo surtout, une signification transcendante. Le Brésil intervient derechef dans les disputes de la Plata. Imprenable, comme le Paraguay de Lopez, la province orientale continue la guerre contre Oribe, son ex-président, et contre les légions du tyran argentin. Un noble croisé de la liberté, Garibaldi, à la tête de l’escadre orientale, qui défend Montevideo, donne à la lutte un caractère romantique. Oribe, génie de la destruction, ravage le pays, et assiège Montevideo par terre en 1843. Etrangers : Français, Italiens, Turcs, et nationaux, défendent la cité menacée. L’Angleterre, la France et le Brésil offrent d’abord leur médiation repoussée par Oribe: puis envoient des escadres pour défendre l’autonomie de l’Uruguay, et pour assurer, en harmonie avec les intérêts commerciaux de l’Europe, la libre navigation dans le fleuve Parana. Après une longue guerre et d’héroïques combats, Urquiza, chef des armées coalisées contre l’autocratie de Bosas, met Oribe en déroute (1861) et soustrait Montevideo à la menace argentine.
Lavalleja et Rivera, grands « eaudillos » dans la lutte pour la liberté, se disputent le pouvoir et l’influence morale. Rivera représente, comme Artigas, le patriotisme agressif, hostile à toute influence, le nationalisme intégral. Généreux, anarchiste, de type indigène, il est plus libéral, plus démocrate que Lavalleja; il défend toutes les libertés, de conscience, d’industrie, de la presse. « Gaucho » nomade, il organise et dirige les « guerrillas », campagne d’escarmouches incessantes. Lavalleja, de peu d’instruction, rude, autoritaire, à demi Espagnol, par sa Fierté et ses méthodes coloniales, est le chef des classes aristocratiques et cultivées. Plus conservateur, plus policé que Rivera, il s’oppose à la démocratie rurale, ambr-