Bulnes. Ouv. cit., p
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veau mouvement à Tuxtepec prépare sa chute. La Cour Suprême se croit autorisée à examiner les titres des candidats à la Présidence, et invalide la réélection de Lerdo. En 1877, la Révolution a dominé le pays.
Elle impose le héros de la reconquête, Porfirio Diaz qui devient le nouveau « caudillo » national et hérite de l’ambition impériale d’Iturbide, de l’astuce de Santa-Anna, de la dictature morale de Juarez.
Le pays est désorganisé, sans crédit sur les marchés européens, ni ordre dans les finances nationales. De petits « caciques » se divisent le sol ensanglanté; le radicalisme amène la démagogie, la liberté dégénère en anarchie. Le jacobinisme a triomphé avec la révolution et condamné la réélection présidentielle, la fonction du Sénat conservateur ; l’omnipotence de la Chambre populaire est proclamée. On obtient ainsi un gouvernement faible, éphémère ; dans l’absence d’un pouvoir modérateur, règne une assemblée radicale. 11 manque un organisateur contre le chaos : Porfirio Diaz est l'autocrate nécessaire, l’homme représentatif d’Emerson.
Sévère, sombre, il se préparait au sacerdoce. 11 naquit en 1833, fut élevé dans la pauvreté. Métis, il unit en soi la valeur ibérique et la dissimulation indigène. 11 connut l’efficacité du travail, de la persévérance, de l’ordre ; il enseigna le latin, fut professeur de droit naturel à l’Université d’Oaxaca, fit des éludes juridiques; il connut les domaines de la justice plus tôt que ceux de la force. Grand chasseur, maître en exercices virils, il donna à sa volonté en tension de solides bases physiques. C’est avant tout un homme d’action : caractère servi par de' robustes organes, énergie dans l’organisation et dans la résistance, lui servent pour dominer et dompter. Son intelligence s’applique à des choses concrètes : il n’impose point aux faits la transformation que révèle un idéal; il n’a pas d'idées générales, ni de vastes plans ; il est
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lent dans la délibération et rapide dans l’action. Sa politique est un machiavélisme organisé : comme Louis XI, il divise pour régner, dissimule pour vaincre. Ses idées de gouvernement sont simples : « peu de politique et beaucoup d’administration », disent ses faits et ses programmes.
Machiavel, dans le Prince , enseigne les moyens de dominer dans les Etats qui ont eu des gouvernements autonomes : il suggère l’implacable extermination des familles régnantes. Le général Diaz suit partiellement ces conseils. Pour vaincre l’anarchie, il poursuit les obscurs tyrans de province, il fusille, il exile; ou bien il allèche par des honneurs et des présents. 11 impose la paix par la terreur. Il comprend que l’ordre est la base pratique du progrès, comme dans la formule de Comte populaire chez les Mexicains : cet ordre il l’établit fermement.
La destruction de l’instinct révolutionnaire constitue le côté négatif de son œuvre : Diaz construit sur ce fondement une république industrielle, pratique, laborieuse. Fatigué de stériles idéologies, il oublie la Réforme et ses idées jacobines et cherche activement la richesse et le progrès matériel; accepte et stimule l’influence yankee qui inquiétait Lerdo; vainc la barbarie et le désert par le rail; accumule les emprunts rénovateurs. Il est le président d’une époque industrielle.
Son œuvre économique est imposante : en vingtcinq ans, le Mexique se transforme de République divisée en Etat moderne, de nation en faillite en peuple d’immense crédit, et de pays illettré en groupement instruit. Diaz rappelle les dieux constructeurs de cités qui gonflent la terre avec l’or des épis féconds, et enseignent les vertus du métal et du feu. « Le Mexique moderne — écrivait le Times en 1909 — est la création du génie du général Diaz : c’est le plus grand homme d'Etat qu’aient produit depuis
leur fondation les communautés latines d’au delà de l’Atlantique. » Cet organisateur de la paix étonne des nations séculaires qui écoutent, attentives, des lèvres du demi-dieu aztèque, la parole génératrice de la lumière.
Dès 1884, le président Diaz réorganise les finances. 11 est secondé dans sa tâche par d’éminents secrétaires comme Limantour et Macedo. L’or des Etats-Unis envahit le marché : on l’emploie à la construction de chemins de fer et à des entreprises industrielles. En 1905, le ministre Limantour a fixé, comme base du régime monétaire, l’étalon d’or. Le service de la Dette est régularisé, d’accord avec les créanciers étrangers ; les budgets se liquident sans déficit : en dix ans, l’excédent atteint le chiffre de 7 millions de pesos. Dès 1894, les exportations dépassent les importations. Grâce à cette balance commerciale favorable, le crédit s’accroît et les industries se multiplient; la richesse nationale exubérante attire le capital étranger, l’enracine dans le pays. Voici quelques chiffres de cette progression. En 1876, au début de la domination de Porlirio Diaz, les importations mexicaines s’élevaient à 28 millions de pesos argent, et les exportations à 32 millions; en 1901, le montant des premières est de 143 millions pour 148 millions correspondant aux secondes. Les importations, exposant de la richesse du pays ont quintuplé ; les exportations signe de la production agricole et minière, ont quadruplé. En vingt ans, de 1880 à 1900, l’industrie minière s’élève de 24 à 60 millions; dans la même période 20 banques sont fondées. Un emprunt de 40 millions de dollars se contracte en 1904 à 94 p. 100 et à 4 p. 100 d’intérêt, sur la seule garantie du crédit national, c’est-à-dire suivant le type d’opérations analogues des grandes nations européennes. En dix ans, le budget s’élève de 50 à 100 millions. Le superavit des exercices fiscaux est consacré à diminuer
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les contributions, à développer l’instruction, à construire des édifices publics, à organiser l’armée de terre et de mer. Avec une continuité rare en Amérique s’assure le service de la dette extérieure, plus du 30 p. 100 de certains budgets recevant cet emploi. L’évolution industrielle commence au détriment de l’agriculture, comme dans l’Allemagne de Bismarck et dans la Russie du comte Witte : on établit des fabriques de tissus, de chapeaux, de papier. Les produits agricoles sont exportés, une fois la consommation nationale satisfaite : le tabac, le caoutchouc, le sucre. Le réseau de chemins de fer se complique par la construction de multiples lignes et les travaux d’irrigation commencent. Des colonies de Boers s’installent au Mexique. Rien n’arrête l’invasion de capitaux, le développement de la vie économique, le progrès politique du pays, révélé par le crédit extérieur.
Ainsi, le Président, avec de la monnaie saine, des finances en équilibre et l’or étranger, a fondé une république pratique. Il a dominé les révoltes traditionnelles, l’ardeur des Jacobins, la passion de la race par sa campagne utilitaire ; il a créé un Etat silencieux où on écoute seulement le bruit confus des fabriques. Grand niveleur, il a été,' suivant la tradition espagnole, un césar à la tète d’une démocratie, arbitre des conflits nationaux, « Gaudillo » suprême, docile aux voix traditionnelles.
Tolstoï le compare à Cromwell, dictateur puritain de sombre mysticisme. Don Justo Sierra, le ministre athénien, et Bulnes, l’historien tumultueux, l’exaltent en de beaux dithyrambes. — Sierra dit que le général Diaz a créé la «religion politique de la paix». Mais dans la nation aztèque, ce culte exige des sacrifices. Bulnes croit que le dictateur a ramfené la paix grâce au «système d’Auguste exposé par Machiavel»; il a donné aux « caciques » richesses et honneurs, mais
non pas le gouvernement. En. effet. Porfirio Diaz a bâti la nouvelle patrie mexicaine, en la libérant des luttes sectaires et de la conquête étrangère qui menaçaient de la détruire ; mais dans son œuvre règne l’incertitude et une ombre tenace pèse sur les esprits inquiets. Le Président a abandonné le pouvoir après une sanglante révolution, et l’on ne sait trop encore si sa disparition ne ramènera pas l’anarcliie ou de nouvelles dictatures. Son ministre. Jqsto Sierra, a écrit que le régime politique du dictateur « est terriblement dangereux pour l’avenir, car il impose des coutumes contraires au gouvernement par soi-mème, sans lequel il peut y avoir de grands hommes, mais non pas de grands peuples »; et Bulnes dit : « Le régime personnel est magnifique comme exception ». car « sous son empire un peuple s’accoutume à tout attendre de la faveur ou de la grâce ; à être l’esclave du premier qui le frappe, ou la prostituée impudique du premier qui le caresse. »
Ces critiques prouvent que le général Diaz n’a pas appliqué les méthodes saxonnes, préparation au selfgoL'pmment par le moyen de fermes tutelles. Ceux qui condamnent sa longue autocratie prétendent qu’il a énervé les âmes par la terreur, accentué la tristesse aztèque par un absolutisme étroit et monotone. La dictature n’est point une fabrique d’hommes libres : elle donne aux groupes humains l’uniformité et le servilisme. En abandonnant le pouvoir après avoir enraciné l’ordre et la paix, en présidant comme autorité morale au libre développement des institutions républicaines, Porfirio Diaz eût été, comme don Pedro au Brésil, le suprême éducateur de la démocratie.
Il a gouverné avec le parti « scientifique » : ce groupe croit en la vertu puissante de la science, exile théologie et métaphysique, nie le mystère, consacre l’utilitarisme comme pratique, le positivisme comme doctrine. Les politiciens mexicains, en renonçant au
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catholicisme après la Réforme et les lois jacobines, n’ont pas abandonné le dogme, l’absolutisme dans la doctrine et dans la vie. Comme au Brésil moderne, le positivisme devient au Mexique doctrine officielle. Lentement reviennent au catholicisme les héritiers de Juarez : ils aspirent à de définitives certitudes, ils ont leur Syllabus. Chez le Président, la majesté politique et le pontificat religieux sont unis comme chez les czars moscovites et les rois espagnols.
Dans la restauration de l'ordre colonial, Juarez et Lerdo de Tejada attirèrent le capital européen, car la suprématie yankee les préoccupait. Contre cette politique basée sur des intérêts de race, le général Diaz a défendu et protégé le capital nord-américain : banquiers et aventuriers envahissent le pays, dominent dans les industries, construisent des chemins de fer. Comment vaincre ce courant fatal qui charrie du Nord l’or dominateur? La transformation nationale est l’œuvre dos magnats de la finance de Wall-Street : le Mexique devient une « zone d'influence » pour les Etats-Unis.
Le parti scientifique, enivré dans l’orgie utilitaire, n’a point cherché des liens européens qui arrêtassent la grande ploutocratie du Nord.
Unité, richesse, paix : voilà les magnifiques traits du Mexique moderne, œuvre admirable de la dictature. Péril yankee, dogmes laïques qui entravent l’évolution intellectuelle, nivellement dans la médiocritéutilitarisme sans idéal d’expansion, de culture, de défense latine, nouvelles révolutions sont les aspects inquiétants de cette longue tutelle. Si le pays triomphe des agents obscurs de dissolution, l’influence de Porlirio Diaz sera aussi durable que celle de Pedro II. de Portales et de Rosas.