‹ Les démocraties latines de l'AmériqueChapitre 32 sur 76 · L’ÉQUATEUR · texte numérisé non relu

L’ÉQUATEUR

Les luttes religieuses. — Le général Florès et son action politique. — Garcia-Moreno. — La République du Sacré-Cœur de

Jésus.

L’Equateur se constitue en libre démocratie après de longues indécisions. Guayaquil veut être un état indépendant : il écoute la mélodieuse suggestion de son poète, Olmedo, aspire d’autres fois à s’unir au Pérou. Bolivar et La Mar se disputent cette ville que le provincialisme orgueilleux appelle « la perle du Guayas. » Les vastes ambitions de Bolivar triomphent et l’Equateur devient une province de la Grande- Colombie, sous l’hégémonie du Vénézuéla ou de la Nouvelle-Grenade.

Le général Juan José Florès, Vénézuélien, lieutenant et ami du Libérateur, fonde la République équatorienne en 1830 : il est le « Père de la Patrie », le tuteur de cette nation prématurée, comme Paez au Vénézuéla et Sucre en Bolivie. Il gouverne durant quinze ans : on l’élit président en 1831, en 1839 et en 1843. L’unité colombienne que Bolivar maintient sous son autocratie est un obstacle aux projets de Florès qui ambitionne de rompre l’organisation fédérale. Sucre, dont les épaules d’éphèbe glorieux allaient bientôt soutenir l’autorité d’un Libérateur, s’opposait aussi à l’ambition du « Caudillo » ^vénézolan. Celui-ci réunit une Assemblée constituante à Riobamba. On

LES DÉMOCRATIES LATINES DE l’aMÉRIQLL

promulgue alors le premier statut national de la République équatorienne : le régime représentatif avec deux chambres aux attributions analogues, le pouvoir exécutif indépendant de ces deux chambres, le catholicisme comme seule religion d’Etat, voilà les bases de cette constitution. L’Equateur indépendant, une ère de turbulences incessantes commence ; on lutte pour des chefs et pour des idées. Florès symbolise les principes conservateurs, contraires au radicalisme et à la démocratie; rêve d’un pouvoir exécutif fort, d’une religion nationale, d’un suffrage restreint. Son idéal, c’est une présidence de huit ans, un sénat de douze, souvenir de la constitution bolivienne. Il accepte la monarchie comme solution 'nécessaire des conflits équatoriens ; il tombe parce qu’il poursuit la restauration d’un régime suranné.

Lui et Rocafuerte, « caudillo » libéral, chef d’une jeunesse cultivée, se partagent les fonctions publiques. Quand Florès est président, Rocafuerte est gouverneur de Guayaquil; quand le second gouverne Florès est général en chef de l’armée. L’un et l’autre vont en exil ; sont successivement ennemis et alliés. Florès tyrannise, supprime des libertés, aspire à la dictature ; et quand il tombe du pouvoir, il prépare en Europe des expéditions de flibustiers contre sa patrie. L’Espagne lui offre son aide en 1846. « Trahison ! » s’écrient les patriotes équatoriens. Chimère d’un esprit monarchique, scepticisme d’un étranger ambitieux qui a stérilement créé une patrie nouvelle sur les ruines de la Grande-Colombie, dirons-nous après un demisiècle. L’Amérique s’émeut devant la campagne reconquérante de Florès : en 1851, son projet téméraire a complètement avorté et il cherche l’aide péruvienne pour envahir sa patrie en proie à l’anarchie. Il n’arrive point à vaincre et après un long ostracisme, il s’unit à Garcia-Moreno chef des troupes conservatrices : sous l'autorité de ce dernier, son influence

Page 1