T/IDE0L0G1E POLITIQUE
Pour défendre sa foi politique, le professeur intervient dans les luttes de son pays : les dissertations académiques ne le satisfont pas. il a besoin de l'action, des agitations parlementaires. Comme député et comme publiciste, il attaque l’influence de Portales, représentant de l’oligarchie chilienne; la Constitution de 1833, œuvre admirable des conservateurs, a L’Etat — disait Lastarria — a pour objet le respect du droit individuel : là est la limite de son action. » Portales opinait, au contraire, qu’une forte autorité centrale, une rude tutelle, était nécessaire dans ces Républiques en proie à l’anarchie. La liberté lui semblait un don prématuré pour la foule. Lastarria opposait son idéalisme imprécis à l’œuvre positive du dictateur: pouvoirs limités, liberté de conscience, de travail, d’association, pouvoir exécutif impuissant à limiter ces libertés, municipalités, fédération, tels sont les articles fondamentaux de sa propagande. 11 critiquait dans les constitutions américaines la vague détermination des droits individuels et des attributions des pouvoirs publics, l’irresponsabilité de ces derniers, l’amalgame de formes politiques coloniales avec la centralisation administrative du régime français.
Deux Présidents, Bulnes et Montt, de 1841 à 1861, continuèrent le régime despotique implanté par Portales : contre eux, le professeur libéral entreprit sa magnifique campagne. On l’exile en 1850. Il voyage alors, et continue de publier des livres de politique. Il a étudié Comte, Stuart Mill, Tocqueville, et précisé son enseignement . Son nouveau livre, Leçons de politique positive (1874), applique à l’évolution, sudaméricaine et à l’histoire du Chili les principes de l’école positiviste. Il étudie l’organisation des pouvoirs, la Société et le Gouvernement et abandonne l’ancien radicalisme. Il reconnaît que dans les pays où le catholicisme est la religion de la majorité (et c’est le cas du Chili), l’Etat peut protéger l’Eglise natio-
nale, en exerçant sur elle cette tutelle modérée qu’on appelle « le patronat ».
Lastarria influe sur les destinées du Chili. A sa mort, le libéralisme conquiert le pouvoir: et les politiciens, comme Santa-Maria et Balmaceda, qui défendent les lois libérales peuvent être considérés comme des disciples de l’auteur de la Politique positive.
Lastarria est le politicien ; Bilbao, le penseur apocalyptique. 11 fonde la société de V Egalité qui est un club démocratique. Ame généreuse et radicale, il critique dans un article célèbre sur la Sociabilité chilienne (1844), « la tradition, l’autorité ancienne, la foi, les coutumes serviles, l'apathie nationale, le dogme de l’obéissance aveugle, le respect de l’ordre établi, la haine de l’innovation, la persécution contre l’innovateur ». 11 analyse impitoyablement les préjugés chiliens et étudie tous les problèmes nationaux : commerce, éducation, mariage, contributions, fonctions de l'Eglise et de l’Etat, et il les résout dans un sens démocratique. Il fut accusé d’immoralité, de blasphème et de sédition. Il avait attaqué aussi la Constitution de 1833, et le ministre Montt ne lui pardonnait pas cette campagne libérale. Dix ans après, Bilbao fut exilé pour sa prédication anarchiste ; et, à Paris, il connut Quinet et Lamennais, les évangélistes de sa foi démocratique. En 1880, de retour au Chili, il reprit ses cours enflammés.
Montalvo représente dans l’Equateur le même effort libéral que Bilbao et Lastarria. Mais ce démocrate a lu Montaigne et Voltaire : il manie la satire, l’ironie ou le sarcasme. En sa nature contradictoire s’unissent la foi lamartinienne en la démocratie et le scepticisme du xviii* siècle. Il est non seulement un politicien, mais un littérateur. Sa vaste culture se révèle en les multiples formes de son activité intellectuelle. Essayiste, il rappelle Carlyle par son lyrique désordre. Sa critique âpre contre le clergé national, dans « La