Czar à trois teintes, indien, blanc et noir
Qui gouverne le continent américain Et qu’on appelle Peuple Souverain. »
LES DÉMOCRATIES LATINES DE l’aMÉKIQCE
Quels, parmi ces éléments, pouvaient donner à la nouvelle génération sud-américaine cet. enthousiasme qui provoqua dans le continent un état d’àme romantique? Certes pas les antiquités nationales, méprisées et lointaines. Si quelques poètes écrivent des Orientales sans sincérité, nul ne chercha à renouveler son lyrisme dans la tradition quechua ou aztèque. Mais cette imitation des courants d’Espagne ou de France fut aidée par l’indiscipline du caractère américain, plus épris d’idéalisme et de sentiment que de rigidité classique ou de raison. Tout était favorable au romantisme, les luttes politiques et l’anarchie formaient des héros byroniens ; la passion tropicale trouvait sa nourriture dans le sentimentalisme de Lamartine et l’ardeur de Musset; la lutte contre les tyrans développait l’individu. Dans la vie incertaine et barbare des démocraties naissantes, les rôles se confondaient, le poète devenu « vates », conducteur de foules, se sentait exilé parmi les médiocres, victime des ignares. Mélancolie, individualisme exaspéré, haute mission du ■ poète et solitude — éléments romantiques qu’on retrouve dans la littérature américaine.
Le Colombien Caro croyait à la « mission consolatrice» du poète, et cette mission était, pour l’Argentin Andrade, sacerdoce et don prophétique. Le poète paraît quand « la caravane humaine change de route dans le désert ». Mais à cette mission, Némésis l'implacable inflige la solitude et la douleur. De désespoir, les poètes sud-américains abandonnent le monde.
« Sufrirâs el martirio Que al que naciô poeta Réserva el liado inapte1. »
chante l’Argentin Echeverria.