L’ÉVOLUTION PHILOSOPHIQUE
Bello. Hostos. L'influence anglaise. Le positivisme. L’influence de Spencer et de M. Fouillée. Les sociologues.
Les démocraties américaines n’ont pas créé des systèmes nouveaux de philosophie ; voire contribué comme Emerson et William James, aux Etats-Unis, à poser sous une forme nouvelle les anciens problèmes. La politique et l’histoire : voilà l’occupation des intelligences. A la pure spéculation, elles préfèrent l’étude lente du passé, l’analyse passionnée des luttes quotidiennes. v
Elles adoptent cependant des théories européennes dès les premières années de la République : les idéologues français, Cabanis, Laromiguière, s’imposent dans quelques écoles; et l’influence anglaise s’étend depuis le Centre-Amérique jusqu’au Chili. Avec elle triomphent un utilitarisme modéré, une ferme analyse des doctrines de liberté politique et économique. L’Angleterre a contribué à la liberté américaine, aussi bien à Montevideo qu’en Colombie : avec l’or anglais que reçoivent les révolutionnaires, pénètre le radicalisme philosophique. Juristes et politiciens profitent de ces enseignements; quelques penseurs se libèrent du péripatétisme sous l’influence de la philosophie écossaise. Ainsi, Ventura Marin et José-Joaquin de Mora, au Chili; Alcorta, en Argentine. Avec Andrès Rello, poète et législateur, philologue et philosophe,
ces doctrines acquièrent grande importance. Son livre « Philosophie de V Entendement » s’inspire de Reid et d’Hamilton. Il avait connu en Angleterre James Mill; et quelques-unes de ses idées sur la méthode inductive et là causalité rappellent les doctrines de Stuart Mill, fils du précédent . Notables étaient en Bello la vigueur logique, l’analyse qu’il applique aux phénomènes de la conscience, sa pénétrante psychologie, son positivisme qui le fait dédaigner toute métaphysique. Son esprit conservateur accepte les dogmes catholiques, sa critique s’arrête devant eux: ce que détruit son analyse implacable, son esprit religieux le reconstruit. 11 croit en la conscience, en la liberté, en la réalité du monde extérieur, en la cause première; il transforme, par son analyse psychologique, la grammaire; par son positivisme, le droit civil et le droit des gens. L’excès de sa critique se convertit parfois en abstraction raffinée, en algèbre intellectuelle. Bello a passé de l’idéolôgie au positivisme, de Destutt de Tracy à Stuart Mill. au travers des philosophes écossais. Son admirable effort grammatical et juridique est attributaire de l’analyse et du réalisme saxons.
Après Bello, le plus remarquable des philosophes sud-américains est Eugenio de Ilostos, né en 1839. 11 n'est pas seulement un expositeur de théories étrangères, il a son système à lui qu’il développe dans des ouvrages remarquables : c’est un moraliste plutôt qu'un métaphysicien, et, soit à Saint-Domingue, soit à Lima ou à Santiago du Chili, il s’efforça toujours de réformer l’éducation et les lois. Les problèmes moraux et sociaux l’inquiètent, il veut fonder une morale et une sociologie.
On pourrait dire de sa philosophie que c’est un rationalisme optimiste. •
Ilostos croit en ce monde idéal. La science est, d’après lui. un agent efficace de vertu. Il ne pense pas à discipliner les volontés, mais à enseigner ce qui est vrai. Le bien n’est pas une entité métaphysique