‹ Les démocraties latines de l'AmériqueChapitre 5 sur 76 · En torno al Casticismo. Madrid, 1902, p · texte numérisé non relu

En torno al Casticismo. Madrid, 1902, p

LES DÉMOCRATIES LATINES DE l’aMÉRKJUE

d’un christianisme africain sans l’amour des hommes.

L’Espagne est africaine dès sa préhistoire. L’Ibère ressemble aux hommes de l’Atlas : il est comme eux brun, dolichocéphale. Le douar kabyle et le village espagnol présentent de grandes analogies. De primitives révolutions géologiques séparèrent par un détroit deux terres semblables; des invasions successives infusèrent aux Péninsulaires du sang africain. Phéniciens et Carthaginois fondent des colonies dans l’Espagne maritime; en 711, sept mille Berbères s'établissent dans le sud de la Péninsule; l’invasion des Almohades, en 1145, unit derechef Ibères et Africains. Durant les longs siècles de lutte entre chrétiens et Arabes, les deux races se croisent sous l’élégante tolérance des kalifes. Les rois goths en leurs querelles demandent aide aux chefs arabes; le Cid est un condottière qui combat alternativement dans les armées musulmanes et chrétiennes, et sert les chefs acheteurs de l’héroïsme de sa cohorte. A leur tour, les monarques espagnols interviennent dans les luttes entre les kalifes ; et Alphonse VI s’allie au roi maure de Séville pour conquérir Tolède, en 1185. Les Arabes servent de devins et de maîtres dans les capitales espagnoles, tandis que les Espagnols étudient l’arabe, s'initient à la science orientale. La langue conserve des traces du commerce de ces races. Les Arabes, sceptiques, raffinés, seigneurs énervés par la grâce andalousc, gouvernent sans fanatisme; ils laissent aux vaincus leur religion et leurs usages, leurs lois, leurs autorités et leurs juges ; ils libèrent les esclaves chrétiens, qui se convertissent à l'Islam. Les Mozarabes, chrétiens qui vivaient dans les Etats musulmans, sans renier leur foi ni renoncer à leurs coutumes, préparaient la fusion des races ennemies. Malgré la guerre séculaire, vainqueurs et vaincus, sous l’indifférence des Arabes étrangers, subissent, comme les premiers rois goths. l'influence nationale.

LA RACE CONQUERANTE

Il semble que va se reconstituer, par œuvre lente de la vie en commun, le type primitif d’hommes qui peupla l’Ibérie depuis les Pyrénées jusqu’à l’Atlas.

En face du développement des nations indo-européennes, l’originalité espagnole vient d’Afrique, de l’atavisme des ibères, de la longue domination des Maures, de l’Orient sémitique.

L’anarchie de la tribu persiste; le clergé est toutpuissant, comme les marabouts africains. A la noblesse féodale, aux Parlements européens, la Péninsule oppose les Conciles; anx luttes du Sacerdoce et de l’Empire, la fusion orientale de la religion et de la monarchie, l’Inquisition, l’omnipotence du clergé.; à la Réforme, aux coalitions de catholiques et protestants, à la ligue de princes chrétiens avec le Sultan, un christianisme fanatique qui réalise l’unité nationale, en expulsant Juifs et Maures, en bridant sorciers et hérétiques en de crépitants autodafés. Quand l’Espagne entre en décadence, ses anciens caractères : l'individualisme, l’esprit municipal, la ferveur démocratique, disparaissent; les influences africaines et sémitiques dominent. Sous la théocratie. le peuple conquistador dégénère : à Villalar, la monarchie vainc les cités libres et la noblesse arrogante. Le clergé règne sur les écoles et les palais : c’est la caste supérieure, comme en Orient. Les ruffians et les picaros succèdent aux héros et aux aventuriers, le parasitisme oriental envahit la Péninsule, des légions de mendiants orgueilleux peuplent les chemins castillans. C’est la crise finale du donquichottisme héroïque. Les Maures se sont vengés de leur défaite en imposant à la Péninsule appauvrie leur fanatisme africain. De nouvelles Espagnes se lèvent outre-mer contre la métropole décadente. Fatiguée de créer des nations, la race conquérante se repose, et vingt démocraties se préparent à recueillir son héritage moral.

Page 1