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Alvarez, ouvrage cité, pp. 189 et suiv

LES DÉMOCRATIES LATINES DE l’AMÉRIQI'E

période d’isolement qui dura plus d’un siècle, est certainement le rêve d'hommes d’Etat généreux. Toutefois, on ne conçoit pas aisément l’union politique de peuples aussi éloignés que le Vénézuéla et la Bolme; mais de cette assemblée, une union naturelle des peuples du Nord, une Grande-Colombie nouvelle, peut naître, dont les provinces s’étendront de l’Atlantique au Pacifique.

Au Sud. l'A.B.C., l’alliance de l’Argentine, du Brésil et du Chili, est la question sans cesse discutée dans la presse à informations sensationnelles et dans les chancelleries qui s’entourent d’une atmosphère mystérieuse. Ces trois nations, enrichies et militaires, situées dans des zones distinctes, aspirent à se fédérer; elles voudraient exercer en Amérique une tutelle qui leur semble indispensable. Déjà les ententes du mois de mai 1902 avaient limité les armements du Chili et de l’Argentine et mis fin à un long conflit. La rivalité entre l’Argentine et le Brésil, la vieille amitié entre ce dernier pays et le Chili, qui se changea ensuite en éloignement jaloux, l’émulation de l’Argentine et du Chili en richesses et en puissance; discordes, menaces de guerre, amitié inquiète, tout cela ne peut suffire à contenir cette ambition militaire chez les trois grandes nations. Certes, les hommes d’Etat de Buenos-Ayres, de Rio de Janeiro et de Santiago travaillent à la réalisation d’une alliance entre les trois peuples les plus riches en civilisation et en organisation, les [dus avancés du continent. Une fois cette union accomplie, à l’influence indiscutable des Etats-Unis viendrait s’ajouter l'action modératrice des trois grands Etats du Sud et l’équilibre entre Latins et Saxons en serait la conséquence immédiate.

11 y a en Amérique des écrivains qui défendent l’autonomie chauvine des petites patries contre la naturelle suprématie de telles combinaisons d’Etats. 11 est cependant certain que ces alliances n’impliquent

LE PROBLÈME DE l’uNITÉ

pas une menace pour les pays qui en font partie : elles respectent leur constitution intérieure, leur organisation historique; elles se limitent à fondre ensemble des intérêts généraux et extérieurs de commerce, de paix et de guerre. Ces défenseurs utilitaires de l’indépendance de chaque peuple ne conçoivent pas le groupement des nations : Grande-Colombie, Confédération du Pacifique, Alliance Australe, sans l’existence d’intérêts commerciaux évidents. Il est bien certain que le « Zollverein », les liens douaniers permanents, ont été la base de l’unité allemande. Mais il est des intérêts moraux aussi puissants, aussi évidents que les intérêts commerciaux. Un péril commun, le danger yankee, à Panama et en Amérique Centrale, ne doit-il pas conduire les peuples à la fédération et à l’unité?

La fédération n’est d’ailleurs pas toujours le résultat de liens purement commerciaux. Notre siècle travaille dans le sens d’une synthèse. De même que les nations modernes se formèrent en vainquant l’anarchie féodale, métropole et colonies se réunissentde nos jours en empires formidables, que l’intérêt commercial ne saurait seul expliquer. Quel lien économique servit de fondement à la Fédération sud-africaine, où se groupent des races hostiles gardant le souvenir de leur autonomie ? Aux Etats-Unis, le Nord et le Sud ne se livrèrent-ils pas une terrible guerre d’intérêts, et, cependant, malgré cet antagonisme utilitaire, Lincoln, fondateur de l’Union, n’est-il pas aujourd’hui aussi grand que Washington, fondateur de la nationalité? L’énorme puissance de la nation yankee est la conséquence de cette unité. Si les patriciens du Sud avaient été victorieux lors de la guerre de Sécession, s’ils avaient pu annihiler les liens fédératifs, au lieu de la République qui inquiète l’Europe et prétend américaniser le monde, il existerait deux Etats impuissants et ennemis : au Sud, une nation

oligarchique, servie par des esclaves ; au Nord, un faible assemblage de provinces puritaines et le Far- West serait incapable de conjurer le péril Jaune.

Mais par surcroît, il existe, entre les nations latinoaméricaines, des liens économiques qui peuvent servir à la préparation d’unions respectables. Entre le Brésil et le Chili, entre le Pérou et le Chili, entre la Bolivie, le Chili et le Pérou; entre l’Argentine, le Paraguay et la Bolivie, il y a de véritables courants d’échanges commerciaux, de produits agricoles de zones complémentaires et là peut se trouver une base d’union.

L’Amérique latine ne peut pas continuer à demeurer divisée, alors que ses ennemis bâtissent de vastes fédérations, d’immenses empires. Soit au nom de la race, des intérêts commerciaux, de l'utilité commune ou de leur indépendance véritable, les démocraties américaines doivent se grouper en trois ou quatre Etats puissants. Le Nouveau Monde latin résiste seul, à la poussée universelle d’idées qui veut rétablissement de syndicats et de fédérations, de trusts el de trades-unions, d’associations et d’alliances, d’organisations, enfin, toujours pius vastes et plus puissantes.

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