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CHAPITRE II

LE PROBLÈME OE LA RACE

Gravité du problème. — Les trois races, européenne, indienne et nègre. — Leurs caractères. — Les métis et les mulâtres.

— Les conditions du métissage d’après M. Gustave Le Bon.

— La régression au type primitif.

La question des races est un problème très grave dans l’histoire américaine : elle explique le progrès de certains peuples, la décadence de certains autres; elle est la clef du désordre incurable qui déchire l’Amérique. D’elle enfin dépendent un grand nombre de phénomènes secondaires : la richesse commune, le régime industriel, la stabilité des gouvernements, la fermeté du patriotisme. Il est donc nécessaire que le continent ait une politique constante, basée sur l’étude des problèmes posés par la race, de même qu’il existe une politique agraire en Russie, protectionniste en Allemagne, libre-échangiste en Angleterre.

Aux Etats-Unis, toutes les variétés du type européen se mélangent : Scandinaves et Italiens, Irlandais et Allemands; mais, dans les Républiques latines, d’étranges lignées se fondent : Indiens d’Amérique, nègres, Orientaux, Européens de toutes origines créent, dans des foyers très mélangés, la race future.

En Argentine, ou se confondent immigrants espagnols, russes et italiens, la formation sociale est fort compliquée. Aux Indiens aborigènes se sont unis les

nègres venus d’Afrique, les juifs espagnols et portugais ; ensuite, les Italiens et les Basques, les Français et les Anglo-Saxons ; une invasion multiple, où domine l’élément latin. Au Brésil, Allemands et Africains se marient aux Indiens et aux Portugais. Chez les peuples du Pacifique, surtout au Pérou, un fort apport asiatique, Chinois et Japonais, complique encore le mélange humain. Au Mexique et en Bolivie, l’élément indigène, l’Indien, domine. Les nègres forment une très importante partie de la population de Cuba et de Saint-Domingue. Costa-Rica est une démocratie de blancs; et en Argentine ainsi qu’au Chili, tout vestige de l’homme africain a disparu. En somme, il n’y a pas de races pures en Amérique. L’Indien aborigène, lui-même, était déjà un produit du mélange d’anciennes tribus et de vieilles castes.

En attendant que des races historiques se forment, un indéfinissable métissage domine pour le présent.

Cette complication de castes, ce mélange de sangs divers ont suscité de nombreux problèmes. Est-ce que, par exemple, la formation d’une conscience nationale est possible avec des éléments aussi disparates? Est-ce que des démocraties aussi hétérogènes pourraient résister à l’invasion de races supérieures? Enfin, le métissage sud-américain est-il absolument incapable d’organisation et de culture?

Des généralisations faciles ne peuvent suffire à résoudre ces questions : ici, l’expérience des voyageurs et l’histoire américaine même valent plus que les sentences rendues par les anthropologistes. D’abord, les métis ne sont pas tous des hybrides, et il n’est point vrai que l’union espagnole et américaine ait été toujours stérile. Donc, nécessité absolue d’étudier le caractère propre de chacune des races qui ont formé l’Amérique actuelle.

Les Espagnols qui arrivent au Nouveau Monde appartiennent à différentes provinces : première

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cause de variété. En même temps que les Andalous languides et les Basques austères, les Catalans graves et les gens impétueux d’Extrémadure abandonnent l’Espagne. Là où les descendants des Basques dominent, comme au Chili, l’organisation politique est plus stable, si moins brillante qu’ailleurs, et une volonté s’affirme : travailler et réussir. Les Castillans importent en Amérique l’arrogance, les gestes stériles de l’hidalgo; quand les Andalous sont en majorité, la fantaisie agile, la douce non curanza font tort à la continuité et au sérieux de tout effort. Les descendants des Portugais sont beaucoup plus pratiques que ceux des Espagnols; ils sont pareillement plus disciplinés et plus laborieux. Les caractères psychologiques de l’Indien varient également : le rejeton des « Quéchuas » ne ressemble à celui des « Charruas », pas plus que le tempérament de l’Araucanien à celui de l’Aztèque. Au Chili, dans l’Uruguay, en Argentine, il y a des populations aguerries, qui par leur union avec les conquérants, ont formé des métis virils, une plèbe énergique. Au Chili, Araucaniens et Basques se sont entremêlés ; et n’est-ce pas dans cette fusion qu’il faudrait chercher l’explication de la ténacité de la nation chilienne et de son esprit militaire? L’ « Aymara » de Bolivie et du Sud-Est péruvien est dur et sanguinaire; le « Quechua » des plateaux des Andes est doux et servile. Il n’est pas indifférent que le citoyen moderne des démocraties latines descende de Guarani ou d’ Aztèque, d ' Ar aucun ou de Chihcha; il sera, suivant les cas, agressif ou passif, pasteur nomade ou cultivateur silencieux de la terre commune.

L’Indien de l’époque actuelle, miné par l’alcool et la misère, est libre, suivant la loi, mais serf par la permanence des moeurs autoritaires. De petites tyrannies le rendent esclave : il travaille pour le « cacique », baron du féodalisme américain. Le curé, le sous-

préfet et le juge, tout-puissants dans ces naissantes démocraties, l’exploitent et le dépouillent de ses biens. Les communautés, assez semblables au mir russe, disparaissent. l’Indien perd son droit traditionnel aux terres de la collectivité. Sans alimentation suffisante, sans hygiène, bête affolée et laborieuse, il déchoit et périt; pour oublier la douleur de son existence quotidienne, il s’enivre, devient alcoolique et sa nombreuse progéniture présente les caractères de la dégénérescence1; il habite, dans la montagne, les plateaux où règne un froid glacial et où la solitude est éternelle. Rien n’y trouble la monotonie des étendues désolées, ni ne brise la ligne inflexible d’un horizon sans bornes; là, l’Indien croît triste et desséché comme le désert qui l’environne. Les grandes étapes de sa vie civile : naissance, mariage et mort, sont l’objet d’une exploitation religieuse. Servile et superstitieux, il finit par aimer les tyrannies qui l’oppriment. Il adore les dieux familiers des « Cerros », de la montagne. Il est à la fois chrétien et fétichiste; il croit voir dans la nature mystérieuse, démons et esprits follets, pouvoirs occultes, tour à tour hostiles et favorables.

Il existe toutefois des régions où le despotisme a rencontré et développé chez l’Indien une sorte de résistance passive. Là, il est sobre et vigoureux, et, par son adaptation complète à la terre maternelle, il est devenu apathique et routinier. Il hait tout ce qui pourrait dissoudre ses traditions séculaires : l’école, l’instruction militaire, l’autorité spoliatrice. Conservateur, mélancolique, il vit en marge de la République et de ses lois; son àme devient farouche contre la tyrannie dont il souffre à perpétuité. Simulation, servilisme, tristesse sont ses traits marquants;

1. Des sociétés : « Indianista », au Mexique, et « Pro Indigena », au Pérou, se sont fondées pour la protection et la réhabilitation des Indiens.

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rancœur, dureté, hypocrisie, ses énergies défensives. Il supporte son esclavage sur cette terre froide, mais il se révol te parfois contre ses exploiteurs, et à Huanta, à Ayoayo, il lutte avec un véritable courage, soutenu par la haine, contre ses oppresseurs, comme aux temps héroïques de Tupac-Amaru *. Après cette sanglante épopée, il reprend son existence monotone sous le ciel indifférent. Dans ses chants, il maudit sa naissance et son destin. Le soir, il abandonne l’étroite vallée où son esclavage s’emploie aux travaux agricoles, pour se transporter dans les « cerros » et pleurer l’abandon de ses dieux lares. Sur la terre assombrie, une lamentation macabre [tasse, et, de sommet en sommet, la Cordillère répercute la plainte douloureuse et mélodique de l’Indien, maudissant et la conquête et la guerre.

Les nègres d’Angola ou du Congo se mêlent également à l’Espagnol et à l’Indien. La femme d’Afrique satisfait l’ardeur des conquérants; elle assombrit le sang de la race.

Les nègres arrivés en Amérique comme esclaves, vendus d usanza de ferra (comme bêtes de somme) sont des êtres primitifs, impétueux et sensuels. Paresseux et serviles, ils ne contribuent pas au progrès de la race. Dans les demeures de l’époque coloniale, ils sont des domestiques, sorte de « pions » des enfants du maître ; aux champs, dans les plantations de canne à sucre, ils sont des serfs marqués de l’empreinte du fouet des intendants. Ils forment une population illettrée, qui exerce une influence déprimante sur l’imagination et le caractère des Américains. Ils augmentent encore l’intensité voluptueuse

1. Le sociologue bolivien A. Argiiedas, écrit des Indiens « Aymara » :

« Ils sont durs, rancuniers, égoïstes et cruels. Les Indiens pasteurs n’ont d'autre ambition que d’augmenter le nombre des têtes de bétail qu’ils paissent. »

du caractère tropical, l'affaiblissent, et infusent dans le sang créole des éléments d'imprévoyance, de paresse et de servilisme, qui deviennent permanents.

Les trois races : Ibères, Indiens et Africains, unies par le sang, constituent la population de l’Amérique. Aux Etats-Unis, l’union avec les aborigènes répugne au colon, dans l’Amérique du Sud, le métissage est un grand fait national, universel. L’oligarchie chilienne se tient bien à part des ar aucuns ; mais, même dans ce pays, les unions entre conquérants et conquis abondent. Métis sont les descendants de blancs et d’indiens; mulâtres, les rejetons d’Espagnols et d’Africains; zambos, les fils de nègres et d’indiens. En outre, il y a une multitude de sous-divisions sociales. Sur les côtes du Pacifique, Chinois et nègres se sont entre-croisés. Depuis le blanc du Caucase, bronzé par le tropique, jusqu’au nègre indomptable, nous trouvons une variété infinie dans l’index céphalique, dans la couleur de la peau et dans la stature.

C’est l’Indien qui toutefois domine ; et les démocraties latines sont métisses ou indigènes. La classe dirigeante a adopté les costumes, les usages et les lois de l’Europe; mais la population qui forme la masse nationale, est « quechua », « aymara » ou « aztèque ». Au Pérou, en Bolivie, dans l’Equateur, l’Indien de pure race, n’ayant pas encore mêlé son sang avec celui des conquérants espagnols, constitue la base ethnique. Dans la sierra , on parle « quechua » et « aymara » ; là aussi, les races vaincues conservent leur communisme traditionnel. Sur la population totale du Pérou et de l’Equateur, l’élément blanc n’atteint que la faible proportion de 6 p. 100, alors que l’élément indien représente le 70 p. 100 de la population de ces pays, et le 50 p. 100 en Bolivie. Au Mexique, l’indigène est également en majorité et l’on peut dire qu’il y a quatre nations indiennes sur ce continent : le Mexique, le Pérou, l’Equateur et la Bolivie.

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Dans les pays où les indigènes purs n’ont pas pu se maintenir, les métis abondent : ils forment la population de la Colombie, du Chili, de l’Uruguay et du Paraguay; et dans ce dernier pays même, on parle « guarani » tout autant qu’espagnol. L’Américain véritable, c’est le métis, descendant d’Espagnols et d’indiens; mais cette race nouvelle, qui fait la loi de Mexico à Buenos-Ayres, n’est pas toujours un produit hybride. Les peuples guerriers comme ceux du Paraguay et du Chili, descendent d’Espagnols, d’ « araucans » et de « guaranis ». Des chefs énergiques se sont trouvés parmi les métis : Paez, au Yénézuéla; Castilla, au Pérou; Porfirio Diaz, au Mexique; Santa Cruz, en Bolivie. Un anthropologiste argentin, M. Ayarragaray, dit que : « le métis primaire est inférieur au progéniteur européen ; mais en même temps, souvent supérieur à l’ancêtre indigène. » 11 se montre hautain, viril, ambitieux, si ses ancêtres étaient « charmas », guaranis » ou « araucuns », le rejeton des paisibles « quechuas » est lui-même supérieur à l’Indien. Il apprend l’espagnol, il s’assimile les moeurs nouvelles d’une civilisation supérieure et forme la caste dominante au barreau et dans la politique. Le métis, produit d’un premier croisement, ne constitue pas d’ailleurs un élément utilisable, pour l’unité politique et économique de l’Amérique : il conserve trop les défauts de l’indigène, il est faux et servile et répugne souvent à tout effort. C’est seulement après de nouvelles unions avec l’Européen que se manifeste la force des caractères, acquise du blanc. Héritier de la race colonisée, de la race autochtone, adapté à la terre même, il est extrêmement patriote; l’américanisme, doctrine hostile aux étrangers, est son oeuvre. II veut conquérir le pouvoir pour usurper le privilège des oligarchies créoles.

On peut dire que le mélange des sangs avec la race noire a été funeste pour ces démocraties. En appli-

quant la loi des variations concomitantes de Stuart Mill au développement de l’Amérique espagnole, on pourrait fixer une relation nécessaire entre la proportion numérique des nègres et l’intensité de la civilisation. La richesse croit, l’ordre à l’intérieur s’affermit en Argentine, au Chili, dans l’Uruguay, et précisément dans ces pays la proportion de nègres a toujours été faible: ils ont disparu dans le mélange avec les races européennes. A Cuba, à Saint-Domingue, dans quelques Républiques de l’Amérique Centrale, et dans certains Etals de la Confédération brésilienne, où les fils d’esclaves constituent le plus fort de la population, les désordres intérieurs se perpétuent. Une République noire, Haïti, est là pour démontrer par son histoire révolutionnaire l’incapacité politique de cette race.

Le mulâtre et le « zambn » sont les véritables hybrides d’Amérique. D’Orbigny croyait à la supériorité du métis sur les descendants des Africains importés comme esclaves; Burmeister est d’opinion que chez le mulâtre les traits caractéristiques de la race nègre dominent. Ayarragarav affirme que les enfants, nés de l’union de nègres avec des « zcimbos » ou des indigènes, sont en général inférieurs à leurs parents, tant par l’intelligence que par la force physique. Les éléments inférieurs des races qui s’unissent se combinent évidemment dans leur progéniture. On note d’ailleurs, à la fois chez les mulâtres et les « zambos », certaines contradictions intérieures : ils n’ont qu’une faible et incertaine volonté, dominée par l’instinct et par des passions grossières. A la faiblesse de caractère correspond une intelligence peu lucide, incapable d’analyse profonde, de méthode, d’idées générales, une certaine , abondance oratoire, une rhétorique pompeuse. Le mulâtre aime le luxe et le gaspillage; il est servile et manque de sens moral. L’invasion des nègres s’étendit à toutes les colonies ibériques,

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où, pour racheter l’Indien outrageusement exploité, des apôtres ingénus- importèrent des esclaves africains. Au Brésil, à Cuba, à Panama, au Vénézuéla et au Pérou, cette caste atteint une proportion élevée du chiffre global de la population. Au Brésil, 15 p. 100 de la population sont composés de nègres, sans compter l’immense quantité de mulâtres et de « zambos » ; Bahia est une ville à moitié africaine. A Bio de Janeiro les nègres affranchis abondent. A Panama, les Africains pur sang atteignent 10 p. 100. De 1759 à 1803, 642.000 nègres sont entrés au Brésil; de 1792 à 1810, Cuba en reçoit 89.000. Ces chiffres accusent l’influence formidable des anciens esclaves dans l’Amérique moderne. Mais c’est aussi une revanche de leur servitude que ce sang mêlé à celui de leurs anciens maîtres. Incapables d’ordre et de self-con- Irol , ils sont un facteur d’anarchie; toutes les vaines démonstrations extérieures les attirent, sonore phraséologie, ostentation. Ils font étalage de leurs fonctions, d’un grade, d’un titre universitaire ou d’un diplôme académique. Comme l’Indien ne pouvait pas travailler sous les tropiques, l’immigration noire se dirigea principalement vers ces régions, et le climat énervant, l’indiscipline du mulâtre, la faiblesse de l’élément blanc contribuent à la décadence des nations équatoriales.

On méprise plus le mulâtre que le métis, parce qu’il montre souvent l’abjection de l’esclave et l’indécision de l’hybride : il est à la fois servile et arrogant, envieux et ambitieux. Son violent désir de monter à un rang social plus élevé, d’acquérir des richesses, de la puissance et du faste, est, dit très justement M. Bunge, une « hyperesthésie d’arrivisme ».

Les « zambos » n’ont rien créé en Amérique. Par contre, de robustes populations métisses, « rnamelucos » du Brésil, « cliolos » du Pérou et de Bolivie, « rotos » du Chili, descendants d’Espagnols et de

« guaraniesn, se distinguent par leur virilité et leur fierté. L'instabilité, l’apathie, la dégénérescence, tous les signes des races épuisées se rencontrent bien plus fréquemment chez le mulâtre que chez le métis.

L’Européen établi en Amérique devient un créole : c’est la race nouvelle, terme final d’unions séculaires. Elle n’est ni indienne, ni noire, ni espagnole. Les castes se sont fondues, et ont créé une souche américaine ou on distingue les traits psychologiques des Indiens et des nègres et les tons de la peau et les formes du crâne qui révèlent un métissage éloigné. Si toutes les races du Nouveau Monde doivent s’unir un jour, le créole sera le véritable Américain.

Il est paresseux et brillant. Il n’y a rien d’excessif en lui, ni son idéal, ni ses passions; tout est médiocre, mesuré, harmonieux. Son ironie caustique et line a tôt fait de refroidir les enthousiasmes exubérants : il triomphe par le rire. 11 aime la grâce, le calembour, l’élégance verbale, les formes artistiques ; de grandes passions ou de grands désirs ne l’agitent pas. En religion, il est indifférent, sceptique, et disputeur à la mode byzantine en politique. Personne ne pourrait découvrir chez lui la trace de l’aïeul espagnol, aventureux et stoïque.

Mais l’unité est-elle réalisable avec des castes aussi nombreuses? Faudra-t-il le travail de plusieurs siècles pour qu’une population nettement américaine se forme? Le mélange des sangs indien, européen, métis et mulâtre continue. Comment former de toutes ces variétés une race homogène? Il y aura, â ce propos, une période d’inquiétude douloureuse : les révolutions américaines révèlent le déséquilibre des races et des hommes. Le métissage produit souvent des types dépourvus de toute proportion, tant au physique qu’au moral.

La résistance des néo-Américains à la fatigue et à la maladie diminue considérablement. Dans la cornue

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de l’avenir, terriblement agitée, les éléments de la synthèse future se combinent et se compliquent. Si les castes restent divisées, il n’y aura pas d’unité possible à opposer aux invasions probables. « Trois conditions sont nécessaires, écrit M. Gustave Le Bon, pour que des races arrivent à fusionner et à former une race nouvelle, plus ou moins homogène. La première de ces conditions est que les racessoumises aux croisements ne soient pas trop inégales par le nombre ; la seconde, qu’elles ne diffèrent pas trop par leurs- caractères ; la troisième, qu’elles soient soumises pendant longtemps à des conditions de milieu identiques b »

En examinant, en conformité avec ces principes, le métissage de l’Amérique, nous voyons que l’Indien et le nègre sont très supérieurs au blanc par le nombre : l’élément européen pur n’atteint pas le 10 p. 100 de la population totale. Au Brésil et en Argentine, les immigrants allemands et italiens abondent, mais dans les autres pays le nécessaire courant d’invasion des races supérieures n’existe pas.

Nous avons indiqué les différences profondes qui séparent l’Espagnol audacieux du nègre esclave, nous avons dit que le servilisme de la race indienne contraste avec l’orgueil des conquérants : c’est dire que le mélange de ces castes rivales, Ibères, Indiens et nègres, a généralement des conséquences funestes. Seules peuvent être exceptées, au Chili, dans le Brésil méridional, au Mexique, dans la Colombie, au Pérou, en Bolivie, d’heureuses combinaisons de sang métis. Finalement, la terre n’a pas pu exercer encore une influence décisive sur les races en contact. Le Français et le Saxon modernes naissent des croisements d’anciennes races soumises pendant des siècles à la pression efficace de la terre. Les grandes

1. Les Lois psychologiques de l'Evolution des peuples. Paris, 1900; p. 144.

invasions qui modifièrent la souche traditionnelle eurent lieu il y a dix siècles ; elles expliquèrent les terribles luttes du Moyen Age. Le nouveau type américain n’a pas une histoire aussi longue.

En somme, aucune des conditions établies par le psychologue français ne se réalise dans les démocraties latino-américaines, et, par contre, leur population dégénère.

Les castes inférieures luttent avec succès contre le dominateur traditionnel : à l'ordre qui existait autrefois, succède l’anarchie morale; aux convictions solides, un scepticisme superficiel; à la ténacité castillane, l’indécision. L’œuvre de la race noire avance, et le continent revient à la primitive barbarie.

Cette régression constitue une grave menace. Dans l’Amérique du Sud, la civilisation dépend de la domination numérique des conquérants espagnols, du triomphe de l’homme blanc sur le mulâtre, le nègre et l’Indien. Une forte immigration européenne peut seule rétablir l’équilibre rompu des races américaines entre elles. En Argentine, l’alluvion cosmopolite a détruit le nègre et éloigné l’Indien. Il a un siècle, on trouvait à Buenos-Ayres 20 p. 100 d’Africains; l’ancien esclave a maintenant disparu, et les mulâtres sont devenus rares. Par contre, à Mexico, en 1810, les Européens formaient la sixième partie de la population; aujourd’hui, ils n’en sont plus que la vingtième.

M. Pearson, dans son livre célèbre, No lionnl Life and Character U a écrit : « A la longue, les civilisations inférieures font preuve de plus de vigueur que les civilisations supérieures ; les déshérités l’emportent sur les castes privilégiées et le peuple conquis absorbe le conquérant. » Il déclarait encore que le Brésil tomberait vite au pouvoir des nègres, pendant

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