‹ Les Demoiselles De VerrièresChapitre 14 sur 48 · Elle était fille du roi Au^custc · texte numérisé non relu

Elle était fille du roi Au^custc

f>6 LES DEMOISELLES DE VEHHlÈRES.

La Dauphine n'ignorait pas l'existence d'Aurore et elle souhaitait vivement la soustraire aux exemples pernicieux qui ne pouvaient manquer de l'entourer ; elle se montra donc fort disposée à recueillir la fille de son oncle et à agréer la requête qui lui était adressée.

Malgré ces dispositions favorables, il s'éleva quelques difficultés qui faillirent tout compromettre. Le Dauphin, avant d'autoriser sa femme à faire cette bonne action, voulut prendre des renseignements, et ce qu'il apprit de Mlle de Verrières et de sa conduite passée ne contribua pas particulièrement à l'édifier. Il lui fut même affirmé, de dilférents côtés, qu'il était victime d'une misérable supercherie, qu'Aurore, bien loin de pouvoir prétendre à une illustre naissance, n'était que la fille du poète Marmontel, et qu'on avait abusé le maréchal comme on cherchait à abuser la Dauphine.

Fort heureusement pour la jeune Aurore, il y avait à ce moment près de la princesse une femme de chambre, Mme de Chalut*, qui jouissait de sa plus entière confiance. C'était une femme

i. Elle avait déjà rempli les mêmes fonctions près de la première Dauphine.

excellente, de peu d'esprit mais de beaucoup de sens et d'une douceur, d'une égalité, d'une vérité de caractère inestimables. Mise au courant par la Daupliine du fâcheux incident qui paraissait s'opposer à l'adoption d'Aurore, Mme de Chalut n'hésita pas à aller trouver Marmontel, qu'elle connaissait beaucoup, et à lui demander Tentière vérité. Le poète n'eut pas de peine à prouver qu'il n'avait connu Mlle de Verrières que plus d'un an après la naissance de l'enfant. Dès lors toutes les objeclions tombaient ; Mme de Chalut plaida avec chaleur la cause de la petite fdlette et le Dauphin se laissa persuader.

La première condition mise à l'adoption fut qu'Aurore ne reverrait jamais sa mère ; quelque douloureuse que fût cette obhgation, Marie, dans l'intérêt de sa fille, s'y résigna. Aurore fut placée aussitôt au couvent des religieuses de Saint-Cloud et élevée aux frais de sa royale protectrice; la princesse venait fréquemment la voir et s'en occupait avec le plus affectueux intérêt. Quand l'enfant eut atteint l'âge de sept ans, la Dauphine lui fit quitter le couvent de Saint- Cloud et la fit admettre à Saint-Cyr.

Cette maison d'éducation, fondée en 1684 par

Mme de Maiiitenon, était destinée à recevoir deux cent cinquante demoiselles nobles et pauvres. C'est le roi qui nommait les élèves : elles étaient toutes boursières. Pour être admis il fallait faire preuve de quatre degrés de noblesse du côté paternel seulement. On y était reçu à partir de sept ans. Les élèves étaient réparties en quatre classes, distinguées par la couleur d'un ruban qu'elles portaient dans leurs cheveux et à leur ceinture. Il y avait la classe rouge, la classe verte, la classe jaune et la classe bleue.

A peine arrivée, Aurore fut revêtue du costume de la maison ; il était des plus simples : une robe brune en étamine, un petit tablier très court de même étoffe, bordé d'un ruban de la couleur de la classe ; pour coiffure, elle portait comme ses jeunes compagnes un bonnet de toile blanche, laissant voir un peu de cheveux au front, avec une passe de mousseline et de Hnon*.

La jeune fille, par sa grâce et sa gentillesse.

1. Les professeurs formaient une communauté composée de quarante dames choisies parmi les anciennes élèves et de trente-six sœurs converses ou servantes. Les dames portaient la robe noire et pendant sur la poitrine une croix d'or parsemée de lis, avec un Christ gravé d'un côté et de l'autre un saint Louis.

charma bientôt ses professeurs et ses compagnes; la vivacité de son intelligence, la précocité de ses reparties, en firent très vite l'enfant gâtée du célèbre couvent.

Laissons Aurore poursuivre paisiblement son éducation loin de sa mère et des bruits troublants du monde ; nous la retrouverons plus tard lorsqu'elle aura atteint sa vingtième année, et que, suivant l'usage, elle quittera pour se marier le pieux asile qui aura abrité son enfance et sa jeunesse, et où, pendant tant d'années, elle aura trouvé le calme du cœur et les plus tendres soins.

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