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M. de Bellegarde mourut à Paris le 3 juillet

sa maîtresse, il entretient en même temps toute la famille, d'abord la mère, la digne Mme Rinteau, qui jamais ne se séparait de sa fille bienaimée, puis la sœur, Geneviève, dont les bonnes grâces avaient été autrefois l'objet de si singulières négociations, suivies d'une issue si désastreuse. Mère, sœurs, amants, tous vivaient ensemble dans la plus étroite intimité, entourés d'une véritable opulence et aux frais naturellement du jeune fermier général. Il est à remarquer que les Verrières, malgré des fortunes diverses, restèrent toute leur vie tendrement unies : elles ne se quittèrent jamais et partagèrent toujours la même habitation.

Le grand luxe dont elles jouissaient les engagea à abandonner un nom dont l'illustration galante n'était plus à faire. Désireuses de se poser en femmes de qualité, Marie prit le nom de Mme de Furcy et Geneviève celui de Mme d'Orgemont; cette dernière, qui probablement aimait la variété, signait souvent encore : Mme de la Mare.

Nous n'adopterons pas ces changements d'état civil par trop fréquents et, pourne pas établir de confusion, nous conserverons aux deux sœurs leur nom de Verrières.

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D'Épinay avait donné à sa maîtresse un magnifique hôtel à la Chaussée-d'Antin. On y menait joyeuse vie: ce n'étaient que réceptions, bals, soupers, représentations dramatiques. La beauté des deux sœurs, l'esprit de Marie, la somptuosité de leur existence, la gaieté de leurs réunions, attiraient chez elles nombreuse et élégante société. Nous reviendrons plus tard sur ces fêtes qui ont laissé chez les contemporains des souvenirs durables et auxquels il est souvent lait allusion. D'Épinay présidait à tout avec sa bonne grâce habituelle et une complète absence de scrupules.

Cette superbe installation à la ville ne devait pas encore satisfaire des exigences sans cesse renaissantes. Le goût de la campagne commençait à se répandre; on venait d'inventer « le sentiment du vert », ignoré jusqu'alors. La poésie des champs, la beauté des spectacles de la nature ont été tout récemment dévoilés par les écrits de J.-J. Rousseau ; les femmes se passionnent pour la campagne, les plaisirs champêtres sont les seuls désormais qu'elles veuillent goûter, et il devient de bon ton d'avoir une « maison des champs », pour aller s'y recueillir loin du monde et de ses faux plaisirs.

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Marie de Verrières n'était pas femme à se dérober à la mode et à ses exigences : elle s'éprit comme de raison d'un goût des plus vifs pour la campagne.

Son amant, qui ne savait rien lui refuser, s'empressa de céder à ses désirs, et il se mit en quête d'une habitation dans les environs de Paris.

Mme d'Épinay passait tous ses étés à la Chevrette. Bien que son mari ne vécût plus avec elle, leurs relations n'étaient pas complètement rompues et de temps en temps le volage époux venait faire une courte apparition au domicile conjugal. Ces visites étaient même devenues plus fréquentes dans les derniers temps, et d'Épinay passait pour être entré dans une voie de repentir et d'édification. La vérité est qu'il commençait à être en butte à des embarras financiers, qu'il ne pouvait en sortir qu'avec l'assistance de sa femme et que, pour l'obtenir, il jugeait utile de reprendre, en apparence au moins, la vie commune.

C'est à ce moment que sa chère maîtresse lui demanda une maison des champs. Désireux de tout concilier, et ses devoirs vis-à-vis de sa

femme et ceux vis-à-vis de Marie, il eut alors l'ingénieuse idée d'acheter une maison à Épinay même, dans le voisinage immédiat de la Chevrette; de cette façon il donnait, pensait-il, satisfaction à tout le monde.

Il fit donc l'acquisition d'une fort belle demeure et, pour la rendre digne de celle qui allait l'habiter, il y dépensa des sommes considérables. Dès que son amie y fut installée avec sa sœur, lui-même s'établit complètement à la Chevrette. Mme d'Épinay ne savait que penser d'une conversion aussi inattendue et d'un changement d'existence aussi subit. Son mari se montrait charmant, très assidu, de la meilleure humeur du monde; il sortait chaque jour à cheval une grande partie de la journée pour surveiller les fermiers, disait-il, et s'assurer de la bonne administration de ses terres.

Inutile de dire qu'il passait chez ses amies le temps soi-disant consacré à ses devoirs de propriétaire.

Cependant l'arrivée des Verrières avait fait sensation dans le pays; les costumes excentriques des deux étrangères, leurs singulières allures, attiraient l'attention et l'on commençait à jaser

quelque peu. D'Épinay ne prenait aucune précaution pour dissimuler sa liaison ; il avait donné aux deux sœurs des chevaux de selle pour leur permettre de parcourir les environs et lui-même, sans se soucier des rencontres possibles, les accompagnait presque chaque jour; il poussait l'imprudence jusqu'à se rendre avec elles aux réjouissances champêtres où accourait tout le pays; on le voyait à la fête même du village, si joliment décrite par Diderot : « C'était hier la fête de la Chevrette, écrit le philosophe ; dès le samedi soir, les marchands forains s'étaient étabhs dans l'avenue sous de grandes toiles tendues d'arbre en arbre. Le matin les habitants des environs s'y étaient rassemblés ; on entendait des violons. L'après-midi, on jouait, on buvait, on chantait, on dansait ; c'était une foule mêlée de jeunes paysannes proprement accoutrées et de grandes dames de la ville avec du rouge et des mouches, la canne de roseau, le chapeau de paille sur la tête et l'écuyer sous le bras'. »

D'Épinay poussait l'impudence ou plutôt l'in-

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