‹ Les Demoiselles De VerrièresChapitre 39 sur 48 · Collection d'autographes Fossé-Arcosse · texte numérisé non relu

Collection d'autographes Fossé-Arcosse

nom dans les sociétés. Je yous prie d'insérer dans le Mercure prochain le désaveu que je fais de cette satire aussi indigne de moi qu'injuste envers la personne qu'elle attaque. Je lui aurais rendu plus tôt cette justice que je lui dois, si mon absence de Paris ne m'avait laissé ignorer ce qui se passait à cet égard.

(( J'ai l'honneur d'être.... »

Cette lettre ne fit que confirmer les bruits qui couraient et servit de réclame au pamphlet qu'elle désavouait ; ce qui prouve qu'alors comme aujourd'hui le meilleur moyen de répondre à la calomnie était de la laisser tomber.

(( Cette démarche, écrit Bachaumont, a réveillé la curiosité des amateurs, dont le grand nombre ignorait absolument ce dont il s'agissait. On a découvert que c'était une satire en vers contre une demoiselle de Verrières, fameuse et antique courtisane, avec laquelle ce poète a vécu, mais on a été confirmé dans la certitude que l'ouvrage était de lui : on y reconnaît absolument sa touche. On croit qu'impatient de voir percer un pareil ouvrage dans le pubhc et voulant le faire rechercher, il a pris cette tournure usitée

depuis longtemps par M. de Voltaire et que ce philosophe met encore tous les jours en pratique. La charlatanerie est devenue fort à la mode dans notre monde littéraire. »

Il se peut que Golardeau ait en effet employé ce moyen pour se venger d'un affront ; cependant on se demande, pourquoi, ayant à se plaindre de Marie de Verrières, il aurait attendu huit ans pour le faire.

En 1776, lorsque le duc de Saint-Aignan en mourant laissa une place vacante à l'Académie, on résolut de la donner à un homme de lettres pour relever un peu le prestige de la Compagnie fort diminué par les choix regrettables qui avaient été faits dans les dernières années. L'Académie en effet ne prenait plus ses élus que dans la noblesse, et encore, dans ce cercle restreint, faisait-elle les choix les plus médiocres. C'était à ce point que les grands seigneurs eux-mêmes dédaignaient les fauteuils académiques, tant ils étaient tombés en discrédit. On disait à cette époque à M. de Ximénès : « Allons Ximénès, nous n'avons point de temps à perdre, apprenons l'orthographe, nous aurons une place à l'Académie. »

On montrait alors à Paris pour de l'argent un

jeune éléphant de cinq ans qui excitait une vive curiosité*. Aussitôt ce quatrain de courir :

Cet éléphant sorti d'Asie, Vient-il amuser nos badauds?

Non, il vient avec ses rivaux Concourir à l'Académie.

« Ma foi, dit Grimm railleur, la plupart de ceux qui se présentent en ce moment-ci pour l'Académie seraient fort heureux d'avoir autant d'intelligence que cet animal en a dans sa trompe 2. »

Pour mettre un terme aux quolibets dont elle était l'objet, l'Académie résolut d'élire un homme de lettres.

Colardeau vivait alors chez une marquise de la Vieuville à laquelle il s'était attaché depuis plusieurs années. Elle donnait dans le bel esprit et la philosophie et s'efforçait de former un centre littéraire. Elle était veuve et le bruit courait qu'elle allait épouser le poète.

Le rêve de Mme de la Vieuville fut Ijientôt

1. C'est à propos de lui que Duclos disait dans une société : « Messieurs, parlons de l'éléphant, c'est la seule bête un peu considérable dont on puisse parler en ce temps-ci sans danger. »

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