Les dix mélanges, Paris
et auxquelles il ne peut suffire. La comtesse de Stainville se perd pour Clairval le comédien, et tant d'autres qu'on pourrait citer.
La dépravation chez la femme a fait de tels progrès qu'elle imite l'homme dans tous ses excès. De même que l'homme a de petites maisons pour recevoir ses maîtresses, la femme en a aussi pour recevoir ses amants. C'est ce qui faisait dire à M. du Bucq : « Les femmes sont à présent si décriées qu'il n'y a même plus d'hommes à bonnes fortunes. »
Cette immorahté générale montre bien quel était l'état des mœurs à cette époque. Le règne de l'amour a amené le règne du plaisir; le sentiment passionné et élevé a été usé par l'abus même que l'on en a fait, on en plaisante les exagérations, on le raille agréablement; il est remplacé par la volupté et aux sentiments éternels a succédé le caprice, la fantaisie : « C'est une passade et rien de plus, dit une femme en parlant d'un amant heureux. » On en arrive à ce que Chamfort a si brutalement, mais si justement caractérisé : « l'échange de deux fantaisies et le contact de deux épidermes ».
Il n'était peut-être pas inutile de rappeler cet
état moral de la seconde moitié du xvm" siècle pour pouvoir porter un jugement plus équitable sur nos personnages et sur leur singulière désinvolture.
Chaque siècle a ses qualités et ses défauts, ses vertus et ses vices, ils en font la couleur et la personnalité ; mais pour en juger sainement, il faut savoir s'isoler de l'époque dans laquelle on vit, faire abstraction de tout ce que le temps a apporté de modifications dans les mœurs, se transporter enfm par la pensée dans le milieu qu'on étudie, sous peine de tomber dans d'étranges confusions.
Nous sommes en plein;^iu° siècle, il ne faut pas qu'on s'y méprenne.